Du 10 au 18 mai 2016, la Cour d’assises de l’Essonne a jugé un homme coupable d’avoir tiré volontairement sur un autre. Mais durant les huit jours qu’a duré le procès de Younès Bounouara, c’est bien l’ombre de Serge Dassault et de son « système » qui a plané sur le tribunal d’Evry.

« Les investigations ont révélé une gestion municipale à Corbeil-Essonnes pas totalement exempt de clientélisme », rappelait dès le début du procès François Sottet, le président de la Cour.

Invalidées par le Conseil d’État, les élections municipales de 2008 et 2009 à Corbeil-Essonnes ont en effet laissé transparaître la mise en place d’un système d’achat de voix (lire notre article) en faveur de Serge Dassault alors maire sortant, et de son successeur Jean-Pierre Bechter. La plus haute juridiction administrative du pays avait alors conclu à « l’existence de pratiques de dons en argent d’une ampleur significative à destination des habitants de la commune  ».

C’est dans ce contexte que Younès Bounouara, 43 ans, a dérapé le 19 février 2013, en tirant à deux reprises sur Fatah Hou, originaire comme lui des Tarterêts, un des quartiers de Corbeil. Un acte qu’il justifiera par plusieurs années de « harcèlement » et de « menaces » dont l’origine serait le versement de 2 millions d’euros de la part de Serge Dassault pour « le remercier de son travail  » dans les quartiers de la ville depuis 1995 (lire notre article).
Mais pour Fatah Hou, blessé grièvement, et son entourage, cet argent devait plutôt servir à payer les rabatteurs de voix et « n’aurait pas été redistribué correctement  » par Younès Bounouara. La victime avait d’ailleurs dénoncé « le système Dassault  » en 2009, avouant aux enquêteurs « avoir touché 2 000 euros  » pour acheter « 25 votes » en faveur de l’avionneur en vue des élections municipales de 2008.

Si Serge Dassault et Jean-Pierre Becheter, pourtant appelés à la barre, ne sont pas venus témoigner (lire notre article), d’autres membres de la sphère corbeil-essonnoise ont été entendus. Tous ont fait bloc derrière l’accusé (lire notre article) et leur ancien patron, préférant pointer du doigt le comportement de Fatah Hou et de son entourage. Ni Serge Dassault, ni Jean-Pierre Bechter n’ont donc été directement inquiétés par les témoignages des uns et des autres, faute de preuves suffisantes.

Reste que le verdict prononcé par la Cour s’est avéré bien plus élevé que ce qu’avait requis le parquet, venant sanctionner, pour certains, un système de défense qui a « tenté de faire entrer en force  »la loi de Corbeil » et  »le système Dassault » devant une Cour d’assises  ». (lire notre article)
La condamnation de Younès Bounouara, dépeint pendant le procès comme « le soldat » de Serge Dassault, est le premier accroc au système mis en place par l’avionneur depuis son arrivée à la mairie de Corbeil-Essonnes en 1995. Ce dernier est d’ailleurs toujours mise en examen pour « complicité de financement illicite de campagne électorale et financement de campagne électorale en dépassement du plafond autorisé » dans le cadre des élections municipales de 2008, 2009 et 2010 (lire notre article).