De nombreuses règles et obligations existent autour de la présence du CEA à Saclay. Ouvert en 1947, le site est composé de dizaines de bâtiments de recherche des diverses directions de l’institut et des entreprises présentes sur place. On compte surtout sur place 9 installations nucléaires de base (INB), de petits réacteurs d’essais exploités par le CEA et la société Cis-Bio, ce qui entraîne des restrictions en matière d’aménagement local. C’est l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui contrôle et vérifie que les mesures de sécurité sont suffisantes pour éviter tout risque autour de ces installations.

Un PPI, ou Plan particulier d’intervention, dessiné autour du CEA dans un rayon de 2,5 kilomètres, concerne les communes de Saint-Aubin, Villiers-le-Bâcle, le bourg de Saclay et le nord de Gif (secteur Moulon). Des exercices y sont organisés régulièrement pour parer à tout incident. C’est dans ces zones que sont distribuées les fameuses pastilles d’iode en cas d’accident nucléaire. Distributions qui ont lieu tous les 3 ans et qui reprennent à l’automne prochain. Dans ce contexte, la Société du Grand Paris (SGP) en charge de la construction du nouveau métro, a présenté son dossier d’information de la ligne 18 en enlevant de son périmètre la gare « CEA-Saint-Aubin » prévue à proximité du Christ de Saclay.

Pour l’enquête publique, le projet de gare située à proximité immédiate du site de recherche n’a donc pas été inclus, car selon la SGP, « sa réalisation dépend, en effet, de l’évolution des activités du CEA ». Toutefois poursuit le constructeur du métro, « des mesures conservatoires permettront d’achever ultérieurement sa réalisation », évoquant également « une enquête complémentaire » sur cet ouvrage spécifique. La question n’a en tout cas pas manqué d’apparaître au cours du débat public sur le projet de métro, organisé le mois dernier par la commission d’enquête publique (lire notre article). Sur les quelques 4000 avis déposés en ligne ou envoyés à la commission, certains ont pointé les risques afférents à la présence le long du tracé des installations nucléaires du CEA.

Des restrictions liées à la « zone de danger »

C’est le cas de la CLI de Saclay, la Commission locale d’information des installations nucléaires du Plateau. Composée d’élus, institutionnels et associatifs du territoire, elle est présidée par la vice-présidente en charge de l’environnement au Département, Brigitte Vermillet. Dans son avis envoyé à la commission d’enquête publique le 26 avril, la CLI ne se prononce pas sur l’utilité du métro, mais se permet d’alerter sur « plusieurs aspects du dossier préoccupant ses membres ». Elle relève ainsi plusieurs problématiques en lien avec les zones de danger autour du CEA et les problèmes de sécurité liés au métro en cas d’accident à proximité d’équipements à risque.

Dans cette procédure d’enquête publique du métro 18, « la CLI s’est auto-saisie » indique sa présidente, « même si l’objectif c’est l’utilité de la ligne, et que la sécurité viendra dans un deuxième temps ». C’est donc dans une logique « d’information et de sécurité » que la commission s’exprime. « L’ASN (ndlr : Autorité de sûreté nucléaire) a émis un avis défavorable à la ligne, et nous soulignons certaines incohérences du dossier : on nous parle d’une gare, un ERP (établissement recevant du public) de catégorie 5, ce à moins d’un kilomètre du CEA, au sein de la zone de danger » explique Brigitte Vermillet, « il faut prévoir des mesures, ça n’avait pas l’air d’interpeller la SGP ».

Le président de la SGP Philippe Yvin présente la future gare du Moulon. (JM/EI)

Le président de la SGP Philippe Yvin présente la future gare du Moulon. (JM/EI)

Du côté de la Société du Grand Paris, le directeur territorial 91–78 pour le projet de métro 18, Antoine Dupin dresse le constat suivant : « le tracé prévoit cette gare CEA Saint-Aubin, qui fait partie du programme, mais il existe ce périmètre de danger, qui interdit autour d’Osiris dans un rayon de 1000 mètres la construction d’un établissement de 5ème catégorie. Tant que cette zone existe, la gare ne peut pas être édifiée ». Osiris, c’est le nom de ce réacteur de recherche, qui a finalement été mis à l’arrêt fin 2015. Le représentant de la SGP attend donc « l’issue du processus de démantèlement, ce qui réduira la zone de danger et permettra de construire la gare ».

Evolutions attendues dans les règles d’urbanisme

C’est ce qu’on espère aussi au sein du CEA. L’organisme qui a émis un avis favorable dans l’enquête publique pour la construction du métro 18 souhaite la venue de ce moyen de transport sur le plateau, car le sujet des transports « a un impact direct sur la vie quotidienne de ses salariés (environ 7000 personnes) et sur les conditions d’accès de son site pour ses visiteurs et prestataires ». Pour Raphael Lecomte, adjoint au directeur du CEA-Saclay, ce projet de métro est « incontournable pour le projet campus ». Selon lui, il n’y aura plus de problème avec Osiris d’ici l’arrivée du métro car « le combustible sera totalement évacué » et dès lors, « la zone de danger sera amenée à évoluer ». L’ASN doit de nouveau expertiser le site, et une fois sa validation seulement, les règles d’urbanisme des communes de Saclay et Villiers-le-Bâcle pourront évoluer : « elles doivent être mises à jour, mais ça prend un certain délai ».

Une démarche et un calendrier qui laisse sceptique Renée Delattre, membre de la CLI au titre d’une association sur les risques environnementaux, et ancienne maire de Vauhallan : « dans l’état actuel des choses il n’est pas possible de construire ce métro et la gare, d’ailleurs la fiche d’aménagement du Christ de Saclay a été retirée du dernier CDT, le démantèlement d’Osiris va prendre 10 à 15 ans, donc le périmètre de la zone de danger peut être déplacé, mais seulement après une longue procédure ». De plus selon elle, cela ne règlerait pas la question des autres installations à risque du CEA, « il reste 8 INB, les installations nucléaires de base, qui nécessitent des précautions spéciales », principalement sur la partie nord du site spécifiquement, donc proche du tracé du métro, « ce qui fait un gros périmètre de risques, l’ASN a donc demandé des études renforcées ».

02

Autre équipement sensible relevé par la CLI, la chaufferie/gaz située à proximité de l’INB 50, qui serait exposée en cas de scénario catastrophe. « Cela aurait des répercussions non négligeables, si un train qui déraille venait à percuter la chaufferie » appuie Brigitte Vermillet, pour qui il faut être « prudent » concernant la sûreté nucléaire. Même situation pour le réacteur exploité par Cis-Bio, dont la présence fait l’objet d’une « zone non aedificandi » de 500 mètres concernée par le métro. La CLI se demande donc dans quelle mesure « le projet présenté de ligne 18 est compatible avec la traversée de cette zone ».

Changer le tracé du métro?

« C’était une zone correspondant aux précautions de l’époque, qui date de 1947 , aujourd’hui cela n’a pas d’intérêt, même si elle apparaît dans les documents d’urbanisme » réagit Raphael Lecomte. L’adjoint au directeur du CEA indique ainsi que son organisme travaille avec l’ASN et qu’un dossier pour mettre à jour la sûreté du site est « en cours ». L’autorité de sûreté nucléaire se prononcera donc, et seul le préfet pourra apporter les évolutions attendues qui permettront la construction du métro. Il ajoute toutefois quant à la proximité des installations avec les moyens de transports que « le site propre de bus emprunte déjà le tracé ».

Autre possibilité évoquée par la SGP : détourner l’actuel projet de tracé de la ligne 18, pour l’établir plus au nord et donc plus éloigné du CEA, plutôt que le long de la RD 36 : « on a tout intérêt d’être le plus éloigné possible, en cas de déraillement, on peut se situer plus au nord, il y a un dialogue avec l’ASN, pas abouti, et un travail technique avec le CD 91 et le préfet pour voir le meilleur positionnement de la ligne » assure Antoine Dupin. Pour Renée Delattre, qui rappelle « qu’au début, le premier tracé passait au sud du CEA, au niveau du golf, avant de s’établir au nord, là où se trouvent les INB », il ne faut pas oublier qu’il existe « un gros périmètre de risques » autour du CEA.

C’est ainsi que l’institution scientifique préconise désormais des mesures pour « éviter toute possibilité d’impact du métro sur les installations nucléaires de base en fonctionnement et toute perturbation vibratoire ou électromagnétique sur les appareils de laboratoires ». Parmi celles-ci, comme elle l’a indiqué dans un avis complémentaire relatif à l’enquête publique : « privilégier l’éloignement maximum du tracé effectif en viaduc au nord de la RD 36, sans empiéter sur la ZPNAF ». Reste à savoir dans le cas où cette option est retenue, ce qu’en pensera l’ASN, qui aura toujours, en matière nucléaire, le dernier mot.

Document : ci-dessous, les remarques formulées par la CLI du Plateau de Saclay à la Commission d’enquête

Avis de la CLI du Plateau de Saclay dans le cadre de l'enquête publique sur le métro 18

Avis de la CLI du Plateau de Saclay dans le cadre de l'enquête publique sur le métro 18

Avis de la CLI du Plateau de Saclay dans le cadre de l’enquête publique sur le métro 18 (Capture)