Depuis le 1er avril, le festival de l’Oeil Urbain envahit la ville de Corbeil-Essonnes. Cet évènement, très attendu par tous les férus de photographie, est l’occasion de découvrir différents photographes venant de la France et d’autres pays, mais également les artistes en résidence à l’Oeil Urbain.

Pour cette quatrième édition, le festival met l’accent sur la Belgique à travers quatre photographes qui ont travaillé sur des thématiques différentes. Ce thème, choisi bien avant les attentats de Bruxelles, met en lumière des zones d’ombre sur ce pays frontalier. En effet, bien que ce soit juste à côté, les photographes ont mis en avant un aspect, des pays et des messages différents. Tous venus de la Belgique, chacun a étudié, à sa guise, une thématique qui lui tenait à coeur.

Ainsi, depuis le 1er avril, le public a le choix de découvrir, gratuitement, toutes les photographies racontant une histoire et voulant faire passer un message dans plusieurs lieux de la commune. Au Théâtre de Corbeil-Essonnes, une exposition attire particulièrement l’attention : celle de Sébastien Van Malleghem qui, de 2011 à 2014, a pu se rendre dans les prisons belges afin d’y voir ce qu’il s’y cachait. Il a, d’ailleurs été récompensé l’année dernière par le Prix Lucas Dolega pour son travail de long terme. Et on comprend pourquoi.

Des photos pour prendre conscience

Qu’est-ce-qu’une prison ? Il est parfois difficile d’imaginer l’intérieur, les coulisses, les personnes y travaillant, mais également ceux qui y sont enfermés. Sans avoir visité de prison, les stéréotypes sont dans toutes les têtes. Prisonniers tatoués, gardiens intransigeants, cellules minuscules, tels sont les clichés que nous avons. Certains diront que les personnes enfermées le méritent, loin s’en faut. Pourtant, ce n’est pas ce côté là qu’a voulu montrer Sébastien Van Malleghem. Ce travail, autofinancé au sein d’une dizaine d’établissements pénitentiaires, a pour but d’ouvrir les yeux sur les détenus et mettre en avant les failles, les problèmes d’un système judiciaire et carcéral vieillot et obsolète.

Credit photo : Sébastien Van Malleghem

Credit photo : Sébastien Van Malleghem

Il est parfois difficile de s’ouvrir à ce monde très fermé. Raison de sécurité, peur ou, tout simplement, non intérêt, il est pourtant important de comprendre comment fonctionnent ces prisons. Des destins brisés : c’est ce que révèle le photographe à travers ses clichés. Mieux vaut ne pas être claustrophobe car en regardant ces photos, on peut voir la moiteur, la saleté se dégager des cellules. Ces images mettent en avant des fractures évidentes et révèlent un modèle carcéral qui ne fait qu’exacerber la violence, l’échec, l’excès ou même la folie. La solitude rend fou, c’est prouvé. Pour exemple, la prison d’ADX aux Etats-Unis qui renferme les individus les plus dangereux au monde. Aucun contact humain, 9h de sortie par semaine et pas de contact téléphonique. Au bout du compte, les prisonniers se suicident ou s’affament pour mourir. C’est dans cette forme là que les images de Sébastien Van Malleghem sont frappantes. « Ce n’est pas la nécessité d’écarter et d’encadrer les criminels qui est ici remise en question : mes images visent à dénoncer la clôture archaïque et opaque dressée autour de ces hommes et de ces femmes en rupture; ce mur sur lequel s’étiole leur part d’humanité, masquée par le crime ou la folie » explique-t-il de ces photos.

C’est un reportage qui démontre ce que peuvent vivre ces gens pour des crimes parfois graves et quelquefois très minimes. « Ce reportage vise à montrer la détresse générée par la privation de liberté et de relations, par la claustration dans des cellules aux relents de roman gothique ou de film d’horreur, par l’échec aussi ». Des prisons surpeuplées de surcroît qui ne sont plus aussi efficaces que pendant leur création. N’y a-t-il pas un moyen de faire autrement ? Le photographe met donc en avant un système devenu vieux qui n’évolue pas avec son temps. Après huit mois de recherche et de demande adressées à une administration frileuse, il a réalisé ce reportage afin de mieux comprendre l’intérieur des lieux les plus secrets. « Cette réalité est sordide ; elle ébranle la notion d’être humain non plus dans le questionnement posé par le crime lui-­même, mais par la réponse apportée par la société et le système judiciaire dans les modalités de la sanction ». Une exposition à voir absolument.

Exposition au Théâtre de Corbeil-Essonnes
22 Rue Félicien Rops, 91100 Corbeil-Essonnes