Aujourd’hui, tout le monde en Essonne et même plus largement dans le Sud-Francilien a au moins entendu parler de la Forêt de Sénart. Véritable poumon vert du département, grand de 3 000 hectares, soit un tiers de la surface de Paris intra-muros, cette forêt fait la joie des sportifs et des familles le week-end et durant les beaux jours. Au total, près de 3 millions de visiteurs viennent fouler chaque année les allées parfois millénaires de ce site d’exception. Mais connaissez-vous bien son histoire, ses mythes et ses légendes ? Il faut dire que ces derniers sont nombreux…

La forêt des Rois

Avant d’être la forêt que nous connaissons tous aujourd’hui, celle-ci a été le théâtre de quelques petites histoires qui contribuent à écrire la grande Histoire. Faisons un bond dans le passé de plus de 2 000 ans. « Cette forêt était courue des druides gaulois qui venaient ici couper le gui dans les arbres », raconte Guy Spagnol, membre de l’Office national des forêts et responsable du site. Autour de cette récolte, il y avait tout un rituel. Car les druides gaulois ne coupaient pas n’importe quelle branche de gui. « Ils recherchaient le gui qui pousse sur les chênes, les plus rares », poursuit ce passionné de la forêt qui ferait presque office d’historien des lieux. La cueillette de cette plante que les Gaulois vénéraient pour ses vertus médicinales s’effectuait toujours le sixième jour de l’année celtique avec  « avec leur serpe d’or, précise Guy Spagnol. Les auteurs d’Astérix n’ont rien inventé », ironise-t-il.

Outre ce passé druidique, la Forêt de Sénart va écrire quelques-unes de ses plus nobles pages sous le règne des Rois de France. Depuis Philippe le Bel au début du XIVe siècle, la quasitotalité des Rois de France sont venus chasser sur les terres de la forêt de Sénart. « Les rois changeaient régulièrement de forêts, mais ils avaient pour habitude de passer un mois entier ici chaque année », relate Guy Spagnol. Pour les besoins de la chasse, ceux-ci vont d’ailleurs laisser leur empreinte, encore visible de nos jours. Les célèbres allées rectilignes et les carrefours en étoiles vont notamment voir le jour avec Louis XIV. Cela servait à la chasse du gibier. « Pendant la chasse, le roi se tenait avec ses invités au centre du carrefour. Il pouvait ainsi voir les cerfs et les loups entrecouper les différents chemins suivis de la meute de chiens qui courraient à leurs trousses. Pendant ce temps, le roi et ses invités pouvaient attendre que les animaux se fatiguent avant d’aller eux-mêmes les achever », explique le garde forestier.

La Forêt de Sénart recèle de secrets et d'histoires oubliées. (JL/EI)

La Forêt de Sénart recèle de secrets et d’histoires oubliées. (JL/EI)

Véritable terrain de jeu des Rois de France et de la Cour, on raconte que cette forêt a aussi été le témoin d’une des plus importantes rencontres de l’époque. Nous sommes à l’été 1743. Cette année, le roi Louis XV chasse fréquemment aux abords de la propriété des Le Normant d’Etiolles au sein de laquelle réside une certaine Jeanne Poisson. « Elle venait assister à la chasse en calèche et elle faisait tout pour attirer le regard du roi, indique le responsable de la forêt. C’est ainsi qu’ils se sont rencontrés et que l’histoire d’amour entre ces deux personnes est née ». Nommée marquise de Pompadour, la jeune femme d’Etiolles restera la favorite de Louis XV pendant près de vingt ans.

Le lieu de célèbres larcins

La Forêt de Sénart ne restera pas que le domaine des rois et de la chasse. Elle connut aussi des heures plus sombres. Dans cette forêt se sont déroulées quelques-unes des plus impressionnantes affaires criminelles de France. Dans la nuit du 8 au 9 floréal de l’an IV, comprenez du 27 au 28 avril 1796, va se produire « l’un des premiers hold-up de France, lâche le garde forestier. C’est l’affaire du Courrier de Lyon ». La malle-poste qui transportait alors plus de 7 millions d’assignats (Ndlr : Une monnaie fiduciaire de la Révolution) devait rejoindre Lyon, en empruntant la Forêt de Sénart. Parti de Paris, le chariot fit un premier arrêt à Montgeron-Lieusaint. Reparti sur la route, celui-ci ne rallia jamais l’autre étape prévue à Melun. « Le courrier qui voyageait sans escorte fut attaqué par quatre cavaliers aperçus la veille à l’auberge de la Chasse à Montgeron et Lieusaint. Ils tuèrent les deux hommes et partirent avec le butin », informe Guy Spagnol.

Autre affaire célèbre, qui a vu également vu le jour sur la commune de Montgeron, le mythe de la Bande à Bonnot. Le 25 mars 1912, le célèbre brigand Bonnot « agite sur la route un mouchoir blanc au passage d’une limousine De Dion-Bouton. La voiture s’arrêta et le reste de la bande fusilla le conducteur et le propriétaire, assure le garde forestier. Ça s’est passé juste en bordure de cette forêt. C’était quelques semaines avant la fin de cette bande qui reste encore gravée dans nos mémoires ».

Cet endroit serait le lieux où Delacroix aurait poser son chevalet pour peindre sa toile Les Baigneuses. ( JL/EI)

Cet endroit serait le lieux où Delacroix aurait posé son chevalet pour peindre sa toile Les Baigneuses. ( JL/EI)

D’autres histoires tumultueuses firent encore parler de la Forêt de Sénart, comme notamment la création de tranchées lors de la Première Guerre mondiale, car il s’agissait « du camp retranché de Paris », souligne Guy Spagnol. Ou encore certaines histoires autour de l’enlèvement du Baron Empain en 1978 circulent autour de ce site.

Un site qui a inspiré quelques-uns des plus grands artistes

Hormis les quelques temps sombres connus dans la longue vie de cette forêt, celle-ci aura été la « muse » de quelques grands artistes de l’époque contemporaine. Outre l’écrivain Alphonse Daudet qui a écrit trois livres dont l’intrigue se passe dans cette forêt ou encore le renommé photographe Nadar qui a immortalisé à quelques reprises ce site, Sénart était aussi le terrain de jeu d’un peintre. Ce dernier s’appelle Eugène Delacroix. Rendu célèbre dans le monde entier de par certaines de ses toiles comme La Barque de Dante ou La Liberté guidant le peuple, celui-ci est venu peindre le paysage sénartais peu avant sa mort en 1863. « Sur la fin de sa vie, Delacroix s’est mis à peintre la nature. Pour certains de ses tableaux, il a choisi la Forêt de Sénart comme modèle, confirme Guy Spagnol. Nous en avons d’ailleurs retrouvé un », indique-t-il fièrement. Nichée loin des allées, une des 800 mares de la forêt apparaît entourée de fougères. « C’est là qu’a été peint le tableau intitulé Les Baigneuses », lâche le garde forestier qui prend comme repère les quelques arbres encore debout présents sur la toile. « Celui de gauche est aujourd’hui tombé et se trouve allongé au milieu de la mare », fait même remarquer ce dernier.

« La liste des secrets et des anecdotes sur la forêt est encore longue », garantit Guy Spagnol qui se charge de ce site depuis maintenant 25 ans. « C’est une chance pour les habitants du coin de bénéficier d’un espace comme celui-ci, reprend ce dernier. Il faut que ce type de forêt périurbaine puisse s’inscrire dans la durée ». Sauf gros bouleversements dans les directives, que les futures générations d’Essonniens se rassurent, la Forêt de Sénart n’est pas prête de disparaître. Ses secrets, mythes et légendes non plus d’ailleurs…

Des visites commentées de la Forêt de Sénart sont régulièrement organisées par l’Office du Tourisme de Seine-Essonne. Pour plus de renseignements, c’est ici