Leur présence était attendue pour l’ouverture du procès, mais les deux hommes n’ont pas montré le bout de leur nez. Mardi 10 mai à 9h30, lors de l’appel des témoins, les noms de Serge Dassault et Jean-Pierre Bechter ont bien résonné, mais dans le vide. Le sénateur de l’Essonne et son successeur à la tête de la mairie de Corbeil-Essonnes étaient en effet absents des débats et ont fait savoir qu’ils ne pourraient pas témoigner durant le procès de Younès Bounouara, l’ancien relais de l’industriel dans les quartiers de Corbeil, et accusé d’avoir tenté d’assassiner par balles l’ancien boxeur professionnel Fatah Hou. Les deux hommes devaient notamment être entendus à propos des 2 millions d’euros versés par Serge Dassault à Younès Bounouara pour le remercier des ses services rendus depuis 1995. Une somme qui serait à l’origine des tensions entre le prévenu et la victime, et qui aurait également pu servir au sénateur pour acheter des voix lors des élections municipales de 2008 invalidées par le Conseil d’État pour « l’existence de pratiques de dons en argent d’une ampleur significative à destination des habitants de la commune ».

Serge Dassault, « un ascenseur social »

Au cours de l’audience, Younès Bounouara, 43 ans, a rappelé qu’il avait rencontré l’avionneur en 1995 lors d’une visite de ce dernier aux Tarterêts, le quartier dans lequel il a grandi. Serge Dassault venait d’être blessé par un jet de pierre et il l’aurait emmené à la pharmacie. Une rencontre qui changera sa vie. « Il a été un véritable ascenseur social pour moi , a expliqué le prévenu. Il m’a aidé à faire travailler les jeunes de la cité, à les sortir de là alors que seul le destin de voyou les faisait rêver. Mais ça s’est retourné contre moi  ».

Quant à l’argent qu’il a touché de la part de Serge Dassault, il a précisé qu’il lui avait servi à créer une entreprise d’eau potable en Algérie, son pays d’origine, mais que sa proximité avec le sénateur de l’Essonne avait « entraîné des jalousies et du harcèlement de la part de personnes qui avaient grandi dans le même quartier » que lui.

D’après l’accusé, ce sont ces circonstances qui auraient entraîné l’incident du 19 février 2013, lorsqu’il tira « sur la voiture » de Fatah Hou, habitant lui aussi Corbeil, à la suite de menaces de mort qu’aurait proféré la victime quelques heures plus tôt. « Je n’ai jamais voulu tuer cette personne », a tenu à préciser Younès Bounouara devant la cour. Reste que Fatah Hou sera grièvement blessé et s’en tirera avec « 93 jours d’ITT » et des séquelles « supérieures à 10% de déficit fonctionnel ».

Cités comme témoins dans l'affaire Bounouara, Serge Dassault (à gauche) et Jean-Pierre Bechter (à droite) ne se présenteront pas devant la cour (DR/EI).

Cités comme témoins dans l’affaire Bounouara, Serge Dassault (à gauche) et Jean-Pierre Bechter (à droite), ne se présenteront pas devant la cour (DR/EI).

Par courrier, l’avocat de Serge Dassault a fait valoir à la cour que son client était retenu à l’étranger « pour des raisons professionnelles » et qu’il n’a pas pu modifier son agenda car la requête était trop tardive. De son côté, l’avocat de Jean-Pierre Bechter à quant à lui communiqué aux jurés un certificat médical attestant le fait que son client « souffre de graves problèmes de santé dus à une pathologie lourde  » qui l’empêche de comparaître devant le tribunal. La partie civile a regretté l’absence de Serge Dassault qui aurait pu apporter « un témoignage essentiel à l’affaire ».
Alors que le procès doit se conclure le 18 mai prochain, les autres témoins de la sphère corbeil-essonnoise, comme Jacques Lebigre, ancien adjoint de Serge Dassault, devraient s’exprimer le vendredi 13 mai.