Un jeu de dupes. Voilà ce à quoi se livrent depuis quelques mois François Pelletant (UDI), maire de Linas, et les membres de l’opposition linoise. Le 14 mars dernier, le premier magistrat de la ville était en effet condamné en correctionnelle par le tribunal de grande instance de Créteil. Verdict : trois ans de prison avec sursis, cinq ans d’inéligibilité et 20 000 euros d’amende pour la bagatelle de onze chefs d’accusation dont « la prise illégale d’intérêts », « l’escroquerie », « l’abus de confiance » et « l’exécution d’un travail dissimulé ».

S’il a immédiatement fait appel et reste pour le moment en poste, ce nouveau feuilleton judiciaire est celui de trop pour Christian Lardière (SE), tête de liste de l’opposition face au maire sortant en 2014 : « On ne parle pas d’excès de vitesse, il s’agit de faits graves !, s’indigne-t-il. Comment voulez-vous que nous conservions notre confiance envers un escroc ? ». Lors du dernier Conseil municipal, il a donc décidé d’interpeller les élus de la majorité pour qu’ils se désolidarisent du maire : « Ce n’est plus possible, on ne peut pas être condamné de la sorte et continuer à gérer les caisses de la commune, il faut une prise de conscience ».

« 1209 signatures et je m’en vais »

Fatigué par « les esclandres de l’opposition  », François Pelletant a décidé de jouer le jeu en proposant de laisser la main si cette dernière réussissait à obtenir 1 209 signatures, soit le même nombre de voix qui lui ont permis d’être réélu maire de Linas en 2014 : « C’est une opposition malsaine, il n’y a pas un Conseil municipal qui se passe normalement, explique-t-il. Ils ne font que fouiller dans les poubelles, mais en attendant, les dossiers en cours prennent du retard. J’ai donc joué cartes sur table  ».

Pour prouver sa bonne foi, l’édile a mis à la disposition de l’opposition à la mairie, le papier nécessaire à la pétition, et même les panneaux d’affichage de la ville : « initialement, nous leur avions donné trois semaines, c’est-à-dire jusqu’au 21 mai, poursuit-il, mais ils ont réclamé plus de temps. Nous avons donc accepté de leur laisser jusqu’à début juin. S’ils ont leurs 1 209 signatures à cette date, je m’en vais  ».

Pour l’opposition, cet ultimatum n’a aucune valeur. Pire, il est la preuve que le maire se croit au-dessus de tout : « Qui est-il pour nous fixer ses règles comme cela ?, s’interroge Christian Lardière, ça ne tient pas la route, il demande en plus la copie de la carte d’électeur pour chaque signature recueillie, c’est comme si on votait à bulletin découvert. S’il veut un vrai défi, il n’a qu’à convoquer les Linois lors d’un référendum. Là, il risquerait d’être surpris  ».

François Pelletant, qui sur son blog explique « détester les combines politiques », préfère camper sur ses positions et balaie cette initiative d’un revers de main. Pour lui, un référendum serait inopportun, même s’il reconnaît que ses affaires judiciaires compliquent les choses : « ce qu’il se passe actuellement autour de moi n’est pas très glorieux pour Linas, mais un référendum, c’est une grosse organisation, on ne va pas revoter une deuxième fois. Et je ne suis pas persuadé que les gens s’interrogent à mon sujet  ».

Reste que l’opposition continue de mobiliser contre le maintien du maire dans ses fonctions. « M. le Maire a fait appel de son jugement, ce qui suspend de fait ses condamnations et notamment son inéligibilité, remarque Christian Lardière. Mais tous les membres du Conseil municipal ont pu consulter le compte-rendu du procès en correctionnelle. Certains ignoraient une partie des chefs d’accusation et commencent à sérieusement se poser des questions ». Et les mois qui viennent ne vont probablement pas les rassurer…

Après le tribunal correctionnel, les Prud’Hommes

François Pelletant est en effet loin d’en avoir fini avec la justice. Déjà condamné en 2006 à 4 000 euros d’amende et 12 000 euros de dommages et intérêts pour atteinte à l’égalité des candidats à l’occasion d’un marché public, il est désormais dans le collimateur du Conseil des Prud’Hommes de Paris dans une affaire opposant l’association Carrefour des communes, dont il était le président jusqu’en janvier 2016, à un de ses anciens salariés. Et là encore, ce ne sont pas les chefs d’accusation qui manquent : « Ce qui lui est reproché tient aussi bien du non-respect du contrat de travail que du pénal puisqu’on parle aussi de harcèlement moral et sexuel », révèle Jean-Marc Vincent, défenseur syndical de la victime en charge de l’affaire depuis novembre 2015.

Lors d’un premier jugement en référé le 16 février dernier, l’association Carrefour des communes a déjà été condamnée à payer 1 240 euros à son ancien salarié à titre de solde de salaire net pour le mois de novembre 2015, 1 000 euros à titre de provision sur indemnité de logement, 508,63 euros à titre de rappel de salaire pour la période du 8 avril au 14 décembre 2015 et 23 euros d’indemnités de repas : « l’association, donc M. Pelletant, refusait de verser une partie du salaire sur le compte personnel du salarié, raconte Jean-Marc Vincent. Ce dernier a également été employé illégalement et à des fins personnelles par son patron. Il a notamment été utilisé pour contacter les adhérents de l’Association des maires franciliens (AMF) créée par François Pelletant  ».

Des accusations de harcèlement moral et sexuel

Et ce n’est pas tout, l’actuel maire de Linas aurait selon Jean-Marc Vincent harcelé moralement et sexuellement son salarié pour le forcer à coucher avec lui : « S’il refusait, il devait reverser une partie de son salaire au maire, soit environ 1 200 euros par mois », dénonce le défenseur de la victime.

Pour l’élu, le premier jugement en référé ne semble pas suffire à son ancien salarié qui fait monter les enchères : « nous l’avons recruté puis nous l’avons licencié, car ça ne se passait pas bien, expose-t-il. Aujourd’hui, il demande 70 000 euros pour six mois alors que nous ne l’avons vu que deux mois. Il agite une liste d’accusations un peu évasives pour toucher plus d’argent  ». Concernant le harcèlement moral et sexuel, le maire s’inscrit en faux : « Je réfute catégoriquement ces accusations. Cette personne a travaillé à la mairie, elle y avait une pièce de travail qu’elle partageait avec une collègue. Je ne vois pas quand, ni comment, il y aurait pu avoir harcèlement  ».

D’après le syndicaliste, le maire oublierait pourtant de préciser qu’il a hébergé le salarié durant un mois dans un appartement lui appartenant : « Une pratique à laquelle le parquet d’Evry s’est d’ailleurs déjà intéressé en 2013  », rappelle Jean-Marc Vincent.

Après le bureau de conciliation organisé ce lundi 9 mai par le Conseil des Prud’Hommes, le juge a décidé de renvoyer l’affaire en bureau de jugement le 18 octobre prochain. Les chefs d’accusation portés seront alors le harcèlement moral, le harcèlement sexuel et le travail dissimulé : « je compte porter l’affaire au pénal, conclut Jean-Marc Vincent, j’ai donc demandé à ce que le procureur de la République soit saisi ».