21h15 ce lundi soir, les conseillers municipaux de Corbeil-Essonnes s’apprêtent à entériner la création d’une délégation de service public (DSP) pour la gestion de la restauration scolaire et communale dans une ambiance très pesante. Et pour cause, quelques membres du personnel communal et des parents d’élèves directement impactés par la privatisation de ce service ont fait le déplacement. Ces derniers, accompagnés de leurs enfants, ont tenté de faire entendre leurs voix avant le vote de cette délibération qui confère à Sodexo la gestion des cantines de la ville pour les six prochaines années. Toutefois, sans grand succès étant donné que la municipalité s’est prononcée positivement pour sa mise en place dès le 1er septembre. Retour sur quelques moments clefs de cette soirée.

Un début de conseil chahuté

19h ce lundi soir, Jean-Pierre Bechter ouvre cette séance municipale en présence d’un public qui se remplit au fur et à mesure. Dès le début du conseil, l’élu d’opposition, Bruno Piriou demande à prendre la parole. « Peut-on inverser l’ordre du jour et faire en sorte que le point sur la DSP soit traité d’entrée pour permettre aux parents venus avec leurs enfants de ne pas rentrer trop tard chez eux ? ». « Nous nous en tiendrons à l’ordre du jour », rétorque aussitôt le maire Jean-Pierre Bechter. De quoi fixer les choses et exciter le public qui n’attendait que ça. « Parlons de la DSP maintenant ! », lancent certaines personnes reprises immédiatement par l’ensemble du public face à un Jean-Pierre Bechter inflexible.

Cette scène se répétera plusieurs fois durant la séance, notamment sur le point portant sur la présentation du nouveau parc urbain du quartier de Montconseil récemment rénové. Jugée trop longue par des personnes du public, la présentation est plusieurs fois interrompue par des remarques concernant la DSP. Ce parc évalué à 2,9 millions d’euros pour sa réalisation fait d’ailleurs l’objet de comparaisons avec les économies présentées par la majorité résultant de la mise en place de la DSP, estimées à 3 millions d’euros. « C’est avec les économies dégagées par la privatisation des cantines que vous financerez ce parc ? », crient certains.

Des parents d'élèves de Corbeil-Essonnes ont pu prendre la parole en fin de séance. (JL/EI)

Des parents d’élèves de Corbeil-Essonnes ont pu prendre la parole en fin de séance. (JL/EI)

Afin de gagner du temps et faire avancer les débats, les élus d’opposition optent pour une stratégie. « Nous sommes d’accord avec les élus de la minorité pour ne pas intervenir sur les différents points présentés ce soir pour en venir plus rapidement au point relatif sur la DSP », affirme alors Bruno Piriou. « Sur ce point, je ne peux être que d’accord avec vous, ça nous facilitera le travail », se moque l’édile corbeil-essonnois.

La parole aux parents d’élèves

19h40, vient enfin le moment que beaucoup attendent avec impatience. Après une présentation détaillée du projet par l’élue en charge du scolaire, vient la salve de questions complémentaires et de remarques de la part des membres de l’opposition. Tarifications des repas, avenir du personnel titulaire et contractuel, de la qualité des repas de Sodexo, de la localisation de la société basée à Dreux (Eure-et-Loir)… bref, tout y passe. Après avoir répondu aux demandes de l’opposition, Jean-Pierre Bechter fait une annonce quelque peu surprenante. « De toute façon, comme pour toutes les DSP, on peut y mettre fin au bout d’un an ». Une phrase qui survolte quelques membres du public.

Une fois les questions des élus épuisées, Jean-Pierre Bechter choisit de suspendre la séance du conseil municipal pour donner la parole aux personnes du public. Cinq parents d’élèves répartis sur les écoles Bourgoin, Pasteur, Galiliani, Ferry et Paradis vont se succéder au micro devant les élus. « Vos économies, vous pouvez les faire ailleurs que sur la restauration ! », « La DSP ne faisait pas partie de votre programme », « Cela fait déjà quatre ans que nous avons des retours négatifs concernant Sodexo ! Pourquoi l’avez-vous choisi ? ». L’un d’entre eux demande même à ce que le vote soit reporté au prochain conseil municipal. « On n’a pas l’impression d’avoir été consulté. Notre investissement de parent d’élève ne doit pas se résumer à la préparation de la fête des écoles. On veut avoir un rôle à jouer dans ces décisions importantes pour nos enfants, tonne un parent. S’il vous plaît, ne votez pas la DSP ce soir. Reportez le vote pour réétudier le dossier ».

Une fois les interventions des parents d’élèves terminées, le maire rouvre rapidement la séance, sans pour autant apporter de précisions aux inquiétudes lancées par ceux-ci. « Tout a déjà été dit avant », lâche à ce sujet Jean-Pierre Bechter. La délibération est ainsi mise au vote dans la foulée et approuvée sans difficulté sous une série de huées et de sifflets.

Sodexo aura donc la gestion de la restauration scolaire et municipale à partir du 1er septembre, et ce, jusqu’au 31 août 2022. « Enfin, sauf si vous mettez fin à la DSP dans un an, Monsieur le Maire, relève l’opposant centriste Sylvain Dantu. Nous verrons bien alors comment vous recaserez tout le personnel », conclut ce dernier.