Une quinzaine de points à l’ordre du jour. Voilà ce qui attend les membres du conseil municipal de Corbeil-Essonnes ce lundi 2 mai. Avec un menu aussi peu fourni, on pourrait vite croire que cette séance municipale ne s’inscrira pas dans la durée. Or, l’un d’entre eux promet de faire réagir. En effet, les élus de la ville doivent se prononcer sur la délibération concernant la restauration scolaire et municipale de la commune pour une durée de six ans, à compter du 1er septembre prochain. Le but de cette délibération ? Créer une délégation de service public, plus communément appelé DSP. Qu’est-ce que cela va changer par rapport à la gestion actuelle ? La ville délègue à une seule société (Ndlr : Sodexo) la gestion de la restauration scolaire avec ses effectifs propres notamment de A à Z. De la conception des plats, à la livraison en passant par le service ou par la facturation qu’elle enverra directement aux parents d’enfants scolarisés ou aux personnes qui fréquentent les cantines municipales, la société gérera tout. « Cela se fait en accord avec ce que fixera la municipalité », tient à préciser le maire Jean-Pierre Bechter (LR) qui met au vote cette délibération ce lundi soir. Toutefois, ce nouveau système plébiscité par le maire est loin de faire l’unanimité parmi les membres du conseil municipal et d’une partie de la population.

La DSP : la solution pour faire des économies

« C’est pour faire des économies. C’est clair, net et précis ». Par c’est mots, Jean-Pierre Bechter n’y va pas par quatre chemins pour annoncer la raison de la mise en place d’une DSP dans sa commune. L’objectif recherché serait selon lui « d’économiser 500 000 euros par an. Avec ces estimations sur six ans, ça fait 3 millions d’euros d’économisé », commente le maire. Pourquoi en est-il arrivé à ce constat ? La raison est simple pour l’édile corbeil-essonnois. « C’est pour compenser des pertes de dotations de l’Etat. Entre 2014 et 2017, l’Etat a choisi de nous retirer pour près de 22,5 millions d’euros de subventions. Maintenant, il faut réussir à les trouver quelque part », justifie Jean-Pierre Bechter.

Un argument qui ne passe pas auprès de l’opposition, notamment pour le conseiller municipal Ulysse Rabaté (Printemps de Corbeil). « C’est facile de taper sur l’Etat, mais si on en est là, c’est surtout à cause de leur gestion catastrophique. Surtout, cela ne peut pas justifier des économies faites à la hache », clame ce dernier qui voit la mise en place de la DSP d’un mauvais œil. « Ces grosses entreprises sont là pour faire des bénéfices sur les villes qui sont en difficulté, reprend Ulysse Rabaté. Sur le long terme, ce n’est même pas sûr que nous fassions des économies ». Des propos que reprend un autre membre de l’opposition, en la personne de Sylvain Dantu. Le centriste, ex-maire adjoint en charge du scolaire avant d’être mis à l’écart de la majorité il y presqu’un an assure être « très inquiet ». « Le coût global de la DSP se voit dans le temps. Peut-être qu’il y aura des économies dans les premiers temps, mais à la fin du contrat, y en aura-t-il ? Mais le plus gros problème avec les DSP, c’est qu’il y a souvent des impacts humains, et dans ce cas, cela touchera le quotidien des gens de près ».

Face à ces attaques, Jean-Pierre Bechter tient à clarifier les choses. « Je ne souhaite pas faire d’économies sur le dos des enfants et de la qualité des services, garantit le maire. Ce projet résulte de six à huit mois de travail en amont ».

La facture de cantine inchangée ?

Qu’est-ce que cela va changer concrètement pour les enfants ? « Rien », note le maire. « Dommage, rétorque Ulysse Rabaté. Nous aurions pu privilégier des produits locaux plutôt que de prendre une société qui est basée à 100 km d’ici ». « Cette société livre les produits sous un délai de 24h, alors que le concurrent le faisait sous un délai de trois jours », répond le maire justifiant là encore son choix de favoriser Sodexo plutôt que le second prestataire qui avait postulé pour cet appel d’offres, Elior.

Même constat pour les factures envoyées aux parents et à ceux qui bénéficient de ces repas portés à domicile. « Depuis 2009, le prix des repas demeure inchangé. Il le restera avec la mise en place de la DSP », rassure Jean-Pierre Bechter. Malgré tout, des parents d’élèves s’interrogent sur cette affirmation lancée par la municipalité, ils étaient quelques uns à se réunir la semaine dernière, et appellent à un rassemblement dès 18h30 devant la mairie. « Les entreprises comme Sodexo ne sont pas là pour faire dans le social. Je crains que cette tarification n’augmente avec le temps », lâche une mère de famille. « Il est hors de question de payer plus qu’aujourd’hui. Et comment vont se calculer les différents quotients familiaux », renchérit un autre parent.

Si la majorité municipale se veut rassurante sur ces points, il est pourtant écrit noir sur blanc dans le projet de DSP qu’Essonne Info a pu consulter et qui est mis au vote ce lundi que « chaque année, et pour la première fois le 1er janvier 2017, les prix de repas définis au contrat ainsi que les prestations annexes seront révisés ». Si aucune augmentation n’est à prévoir dans les premiers mois, il est possible qu’elle intervienne dans les cinq années restantes du contrat. « Pas de craintes, c’est la municipalité qui fixe les prix », insiste Jean-Pierre Bechter. Un constat que ne partage pas Sylvain Dantu. « Il faut prendre en compte tout ce qui se cache derrière. Il y a les infrastructures, les amortissements et les questions concernant le personnel notamment qui risquent de faire gonfler les totaux », informe ce dernier. Bref, plusieurs potentielles dépenses qui pourraient modifier les plans de la municipalité.

Corbeil-Essonnes - Bechter

Jean-Pierre Bechter avance des économies avec ce projet (MM/EI)

Quid du personnel ?

Et les économies dans tout ça, sur quoi reposent-elles ? Ces dernières devraient en partie concerner la masse salariale. En délégant ce service public à Sodexo, c’est maintenant cette dernière qui gère avec son propre personnel la question des repas de A à Z. Ainsi, le personnel communal peut faire le choix de passer dans le privé auprès de Sodexo, ou de rester sur la commune, mais a priori dans un autre service que celui de la restauration. Sur ce point, le maire de Corbeil-Essonnes se veut une fois de plus rassurant. « Pour les titulaires, c’est sur la base du volontariat. Ils peuvent demander à être détachés. Dans ce cas, une prime de 10% sera allouée à chaque titulaire qui choisira cette option, certifie l’édile corbeil-essonnois. Les autres resteront naturellement titulaires au sein de la mairie, mais ils seront répartis dans les autres services ».

Plus d’une cinquantaine de personnes sont ainsi concernées par ce programme. Mais pour l’heure, leur avenir à court terme reste assez opaque. Le nombre de places disponibles chez Sodexo n’est pas encore communiqué, mais « par rapport à son concurrent, Sodexo accordait plus de postes qu’Elior », indique Jean-Pierre Bechter. Cette liste devra pourtant être prête d’ici le 24 juin prochain comme le confirme le projet qui est voté ce lundi 2 mai. Cette situation inquiète quelques titulaires. « Je ne sais toujours pas où je vais me retrouver à la rentrée septembre. Je n’en sais pas plus sur ce qui va m’arriver si je refuse le privé, raconte cette femme, titulaire depuis plus de 25 ans. J’aimerais avoir des réponses avant de formuler mes vœux, car à mon âge, je ne me vois pas être réorientée dans un autre service ». Une problématique soulignée par Sylvain Dantu. «  Quand on a des gens qui arrivent à la cinquantaine, ce n’est jamais simple de se réorienter. Ils vont aller dans l’animation, le ménage, dans les crèches, dans les services techniques, derrière un bureau. Bref, ce n’est pas ce qu’ils veulent. Ils sont pris en étau », s’offusque ce dernier. Pour sa part, le maire assure « qu’il ne devrait pas y avoir besoin de formation pour ce personnel, car ce sont des tâches qu’ils avaient déjà l’habitude d’exercer ».

Si pour les titulaires l’avenir est flou, il l’est encore plus concernant les contractuels de la restauration scolaire. « Depuis plusieurs semaines, nous n’avons pas beaucoup d’informations à ce sujet. Un coup on nous dit de ne pas nous en faire, l’autre coup c’est l’inverse », résume une contractuelle travaillant pour la mairie depuis cinq ans. Sur ce point, Jean-Pierre Bechter apporte les réponses à ces questions. « Les contractuels sont soit repris par le délégataire, soit leur contrat se termine », tranche le maire à ce sujet. De quoi plonger l’ensemble du personnel – titulaires et contractuels – en rogne contre la mairie. Un mouvement que pourraient rejoindre les parents d’élèves. « Une pétition électronique circule déjà à ce propos, confirme Carla Dugault, membre de l’opposition et présidente de la FCPE 91, remontée contre l’installation d’une DSP. La majorité a certainement fait exprès de caser cette décision au retour des vacances pour éviter qu’un mouvement de contestation ne prenne forme, mais nous ne nous laisserons pas faire ». Un rassemblement doit par ailleurs avoir lieu devant la mairie peu avant le conseil municipal de ce soir.

Si le maire se veut confiant sur le fait que la DSP soit votée ce lundi, certains préfèrent se référer au passé pour « éviter de commettre les mêmes erreurs, lance Ulysse Rabaté. Rappelez-vous la dernière fois que le prédécesseur de Jean-Pierre Bechter, Monsieur Dassault, avait dit qu’il était mieux de faire du privé plutôt que du public, c’était pour le PPP (Ndlr : partenariat public-privé) du centre hospitalier sud-francilien. Résultat, on a bien vu comment ça s’est fini », conclut ce dernier. Bref, le conseil municipal de ce lundi 2 mai risque d’être fort mouvementé pour plus d’un titre.