L’entente n’a pas toujours été au beau fixe entre les deux quartiers et les jeunes d’aujourd’hui le savent mieux que quiconque. Mais depuis la mort de Synan, 17 ans, abattu en 1998, beaucoup de travail a été fait pour pacifier et améliorer les relations entre les Pyramides et les Tarterêts. Notamment en fédérant autour de la culture ou du sport : « L’idée est de consolider la démarche dynamique inter-quartier initiée depuis plusieurs années, explique Joël Mathurin, le préfet délégué à l’égalité des chances. Le but est d’attirer la jeunesse autour des valeurs citoyennes du sport comme la fraternité ou la mixité ».
Organisée en partenariat avec les associations Génération femmes, Tremplin Foot, mais aussi avec le Comité départemental de rugby et la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS), l’après-midi a donc permis à 38 Evryens et 44 Corbeil-Essonnois, âgés de 10 à 15 ans, de s’initier au rugby et au football, ensemble.

Faire un pas vers l’autre

Au programme de la journée, ballon ovale et ballon rond, le tout lors d’ateliers et de mini-matches dans lesquels les enfants sont mélangés : « Ce genre de manifestations évitent aux jeunes de retomber dans les travers des anciennes générations, constate Morad, éducateur sportif pour l’association Génération femmes. Ils échangent avec des personnes d’autres villes, découvrent de nouveaux sports, ça permet de les occuper  ». Lui et ses collègues laissent d’ailleurs les jeunes sportifs faire connaissance sans interférer : « Il y a forcément de la timidité au début, mais ça ne dure jamais longtemps  ».
Djilali, 15 ans, originaire du quartier des Pyramides, apprécie : « Ça nous permet de nous rassembler, d’être avec d’autres jeunes, de les découvrir. On n’a pas vraiment l’habitude de le faire ». Un sentiment partagé du côté de Corbeil-Essonnes. Modibo, 12 ans, est essoufflé, mais content : « J’ai adoré le rugby ! , lance-t-il. On a joué avec des gens qu’on ne connaissait pas. C’est toujours un peu bizarre au début, mais ça s’est très bien passé  ».
Le projet a déjà été expérimenté dans plusieurs villes du département comme aux Ulis et à Massy, où des initiations handball et rugby ont été proposées, avec notamment la participation du Rugby club Massy Essonne (RCME) : « Le projet est né en 2011 sous le nom de ‘’Rugby des cités’’, raconte Dominique Lebailly de la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS), puis l’opération ‘’Collèges Unis’’ a vu le jour grâce notamment à l’action de l’association évryenne Génération femmes et au soutien du Comité départemental rugby de l’Essonne qui travaillent ensemble depuis six ans  ».

« Les jeunes filles doivent pouvoir pratiquer »

L’objectif de la journée était le mélange inter-quartier, mais l’accent a également été mis sur la mixité des sexes. Près de vingt filles des Pyramides étaient en effet présentes avec la volonté de montrer qu’elles aussi peuvent pratiquer une activité sportive en dehors de l’école : « Aux Pyramides, peu d’entre elles ont en effet la possibilité de faire du sport après les cours, observe Morad, elles n’osent pas, ne sont pas à l’aise et ne font pas le premier pas par manque de repères  ».
Les participantes ont pu profiter de l’engagement et des conseils d’Houda Vernhet, stagiaire de l’Ecole nationale d’administration (ENA) au sein de la préfecture d’Evry et ancienne joueuse de l’Équipe de France de rugby : « Lorsque M. le Préfet a vu mon C.V. , il m’a immédiatement associé au projet, se souvient-elle. J’ai habité dans pas mal de villes et j’ai pu voir des jeunes de quartiers difficiles s’en sortir grâce au sport et ses valeurs telles que l’esprit d’équipe ou le dépassement de soi ». Au cour de l’après-midi, elle discutera avec une des participantes et sera surprise par sa réponse : « Je la trouvais très talentueuse alors je lui ai proposé de venir faire un essais avec moi. Elle m’a alors répondu : ‘’Mais je suis une fille’’. Les actions que nous menons sont justement là pour sortir ces jeunes de leurs murs, pour leur prouver qu’il n’y a pas de déterminisme. Les jeunes filles doivent pouvoir pratiquer  ».

Et ce travail de fond commence à porter ses fruits. Les filles étaient majoritaires lors de l’édition 2015 de « Collèges Unis » et elles étaient près d’une centaine la semaine dernière à Massy pour un intervilles foot-hand qui leur était réservé : « Les jeunes qui participent ne sont pas uniquement repérés au sein des quartiers parce qu’ils posent problème, explique Isma Hocini, directrice de Génération Femmes. Ils sont aussi volontaires car ils s’ennuient. Au début de « Collèges Unis », il n’y avait que des garçons, puis les filles se sont manifestées ».
La respiration haletante, le sourire aux lèvres et le ton assuré, Djeneba symbolise la réussite de l’association. Après avoir découvert la boxe lors d’une initiation organisée par Génération femmes, elle pratique désormais la discipline en club : « Ça m’a permis de découvrir un sport qui m’était inconnu, reconnaît-elle, mais je dois être la seule du quartier à en faire. Il faudrait plus de journées comme aujourd’hui pour partager et se divertir. Quand on s’amuse ensemble, les liens se créent naturellement ».
L’association, qui propose également du soutien scolaire et des ateliers lecture-écriture, va plus loin : « Quand ils sortent de leur quartier, ils rencontrent du monde, poursuit Isma Hocini, cela peut permettre de lutter contre le décrochage scolaire lorsque certains jeunes préfèrent arrêter l’école plutôt que de s’inscrire dans un établissement voisin où ils risquent d’être mal vus  ».

D’autres évènements de ce type devraient être organisés dans le département dans les mois qui viennent. Houda Vernhet a d’ores et déjà annoncé une journée universités-entreprises le 19 mai prochain. Le préfet délégué à l’égalité des chances a lui aussi donné quelques pistes : « Ces opérations se multiplient, s’est-il félicité. Dans quelques semaines, un autre rassemblement autour du football pourrait voir le jour du côté de Grigny ».