L’évènement était attendu depuis le vendredi 15 avril, date à laquelle trente-trois élèves et deux enseignants de l’école élémentaire Jacques Prévert ont été hospitalisés pour des vomissements, des maux de gorge et des migraines. Les premiers examens réalisés sur place par l’unité chimique des pompiers de l’Essonne et de Seine-et-Marne, ainsi que ceux effectués par les services de Gaz de France et de Dalkia en charge des infrastructures de chauffage, avaient déjà exclus une intoxication au monoxyde de carbone (CO). Au grand étonnement de certains parents sortis de l’hôpital avec un certificat des médecins attestant la présence de CO dans l’organisme de leurs enfants. Une fois les résultats de l’ARS connus, Franck Marlin, député-maire de la ville, a donc tenu à faire toute la lumière sur l’incident.

Du monoxyde de carbone détecté sur des enfants, mais pas dans l’école

Le premier magistrat de la ville est formel, aucune trace de monoxyde de carbone n’a été détectée au sein de l’école : « Tout a été contrôlé à plusieurs reprises, assure-t-il. L’ensemble des analyses concluent à des résultats négatifs ».
Pourtant, les pompiers ont diagnostiqué et hospitalisé trente-trois enfants et deux enseignants avec un taux de CO supérieur à 5%. La mère de l’un d’entre eux l’a d’ailleurs rappelé à l’auditoire, rapport médical en main. « Il s’agissait des premières expertises via des capteurs digitaux, précise l’ARS, ils sont efficaces pour détecter les premiers signes mais leur précision est limitée en dessous d’un taux de 10% ». Les analyses sanguines réalisées plus tard seront en effet moins concluantes puisque seulement onze enfants et un adultes présenteront un taux de CO supérieur à 2% : « Ce n’est pas grand-chose, poursuit l’ARS, lors d’intoxications au CO, les taux constatés après prise de sang se situent autour de 6% et plus  ».
Une partie des symptômes déclarés par les enfants interrogent également : « Les nausées, les migraines et les vomissements concordent avec une intoxication au monoxyde de carbone, relèvent les médecins de l’ASR, mais pas les picotements des yeux et de la gorge ressentis par certains enfants ». L’Agence régionale de santé rappelle également que le monoxyde de carbone est inodore, ce qui ne correspond pas à l’odeur incommodante relevée par les membres du groupe scolaire le matin de l’incident : « Des expertises complémentaires sont actuellement menées sur des composés organiques volatiles détectés dans les salles de classe  », complètent les experts. Les résultats définitifs seront connus ce jeudi.

Les familles suivies, l’école ouverte à la rentrée

« Pas de monoxyde de carbone ? Mais alors que s’est-il passé ? Encore une fois, vous n’avez pas la réponse !  » s’impatientent plusieurs parents. Et la suite des évènements ne vont pas les apaiser : « Les analyses mettent l’école hors de cause, explique Franck Marlin, l’autre hypothèse consiste donc à rechercher des réponses à l’extérieur, notamment dans les foyers des enfants ».
L’ARS va donc suivre tous les élèves ayant présenté un taux de CO supérieur à 2% après les analyses sanguines : « Nous appellerons toutes les familles pour une enquête téléphonique, affirme l’agence de santé, certains logements seront contrôlés si nécessaire  ». Une réponse qui a du mal à passer chez certains parents : « On a l’impression qu’ils cachent quelque chose, qu’ils essaient de rejeter la faute sur nous ». D’autres veulent des certitudes avant de remettre leurs enfants à l’école : « Vous n’avez pas trouvé de trace de monoxyde de carbone, mais si vous ne savez pas de quoi ont souffert nos enfants, comment peut-on être sûr qu’il n’y pas quelque chose qui vous a échappé ?, s’inquiète un père de famille. Ma fille à peur de revenir, ses copines qui n’ont pas été touchées, se demandent si ça ne va pas leur tour quand elles reviendront en classe ».
Là encore, le député-maire se veut rassurant : « La chaudière, l’eau, le réseau d’assainissement, et les produits d’entretien ont été passés au crible sans que rien d’anormal ne soit décelé. Il n’y aucune inquiétude à avoir, les enfants peuvent reprendre l’école en toute sécurité ». Présent lors de la réunion, l’inspectrice d’académie plaide la transparence : « Les résultats définitifs des expertises seront affichés devant l’école et disponible sur le site internet du groupe scolaire, annonce-t-elle. Un point sur l’incident sera fait à la rentrée avec les enfants et une cellule d’écoute sera présente pour épauler le psychologue scolaire ».

Malgré les résultats scientifiques des experts de santé et les assurances de la municipalité, un grand nombre de parents sont repartis septiques, envisageant de garder leurs enfants à la maison lors de la rentrée le 2 mai prochain : « Pour avoir des réponses, il faut que personne ne remette ses enfants à l’école, estime la mère d’un des élèves, il n’y a que ça qui les fera bouger ».
L’ARS précise de son côté qu’il arrive parfois qu’on ne parvienne pas à déterminer la cause de symptômes, surtout quand autant d’expertises se sont révélées négatives. Quant aux derniers résultats attendus ce jeudi : « Ils pourraient nous permettre de savoir ce qui a provoqué l’odeur désagréable, concluent les experts, mais ça ne devrait pas suffire à déterminer la cause de l’intoxication ». Les familles, ne se font plus d’illusions : « On sait déjà que ça ne donnera rien », pronostiquent-t-elles, désabusées.