« Odieuse », « manipulatrice », « perverse narcissique ». Les membres démissionnaires du Conseil municipal d’Angervilliers ne manquent pas de superlatifs pour qualifier Dany Boyer, la maire (LR) du village. Depuis quelques semaines, cette dernière est en effet au cœur d’une tempête politique. Contestée au sein de sa majorité, elle a dû faire face à dix démissions en l’espace de sept mois. Pourtant, tout avait bien commencé.

Elue avec 60,96 % des voix dès le premier tour lors des municipales de 2014, Dany Boyer faisait l’unanimité dans son propre camp. L’opposition était même disposée à travailler avec elle : « Nous nous appelions ‘‘la minorité’’ et non ‘‘l’opposition’’ car nous voulions que les choses soient constructives, se souvient Olivier Thérond, nommé conseiller municipal d’opposition après le déménagement en février 2016 de Martine Chapon-Dupont, candidate contre Dany Boyer en 2014. Mais voilà, on s’est heurté à un mur  ».

Avec l’opposition, ils auraient ensuite été tenus à l’écart des commissions les plus importantes, sans parler des documents nécessaires à la préparation des Conseils municipaux envoyés au dernier moment : « Madame le Maire s’arrangeait toujours pour que ce soit dans les délais autorisés, raconte-t-il, mais nous n’avions pas le temps de travailler les dossiers  ». Des accusations balayées par l’intéressée : « Depuis le premier Conseil municipal de ma mandature, j’ai dû faire face à une opposition violente qui n’a pas présenté de candidat pour les commissions, rétorque Dany Boyer. Si bien que les comptes-rendus de l’époque témoignent de commissions incomplètes. Dès lors où vous n’êtes pas présents, il est en effet difficile de se tenir au courant  ».

Le pouvoir sans partage ?

Quelques mois avant la démission d’Olivier Thérond et de ses collègues de l’opposition le 16 avril, David Doussot, membre de la majorité adjoint en charge des affaires scolaires et de la communication, claquait la porte le premier : « Fin 2013, Dany Boyer est venue me demander d’être sur sa liste pour les municipales, se rappelle-t-il, je connaissais sa personnalité clivante car elle avait déjà des ennemis. Mais je la trouvais sympathique  ». Il écrira la profession de foi de la candidate, fera « 80% du boulot de la campagne », jusqu’à ce qu’elle accède à la mairie et que le climat de confiance ne se détériore : « Elle a décidé de serrer la vis sur le budget, ce qui était normal vu le contexte, poursuit-il. Mais à côté, elle faisait des dépenses sans consulter le Conseil municipal. Les décisions étaient prises unilatéralement, sans discussion. ‘‘Les commissions ne sont que consultatives, c’est le maire qui décide’’ disait-elle  ». « Les choses traînaient tellement qu’il fallait bien avancer, se justifie Dany Boyer, je me suis adressée à la Sous-Préfecture pour tenter de trouver une solution, on m’a conseillé de trancher, ce que j’ai fait ».

Après avoir longuement réfléchi, David Doussot décide d’aller s’expliquer avec l’élue et se voit aussitôt retirer ses délégations : « C’était fin octobre 2015, ça faisait un bon moment que ça n’allait pas, je ne voulais pas démissionner par rapport à mes responsabilités. Mais il y avait des problèmes dans les écoles et elle perdait pied. J’étais obligé de réagir. Je crois qu’elle a voulu faire un exemple ».

La maire avance d’autres explications pour expliquer sa décision : « C’est vrai que tout a bien commencé avec David Doussot, contrairement à ce qu’il semble dire, nous tenions compte de son avis, même quand il n’était pas partagé par la majorité. Mais il a commencé à me faire passer pour une folle auprès des gens, il jouait contre moi et la majorité, ça ne pouvait plus durer  ».
Le Conseil municipal convoqué pour lui retirer son mandat d’adjoint le maintiendra par 10 voix contre 6, mais il démissionnera dans la foulée. Un résultats jugé « hypocrite » par la maire sortante : « les membres de l’opposition ont voté pour le maintien de M. Doussot car il s’opposait à moi. Mais ce qu’ils ne disent pas c’est qu’ils votaient systématiquement contre ce qu’il proposait quand il était encore dans la majorité  ».

« Un projet privé, on est limité »

Ce serait donc ça, la méthode Boyer : mettre ses collaborateurs devant le fait accompli pour parvenir à ses fins. Le réaménagement du Parc du château, un vaste espace de 50 hectares, avec en son centre deux bâtisses laissées à l’abandon depuis plusieurs années, symboliserait la façon de procéder de la première magistrate de la ville.

Vendu par ses propriétaires à la Société d’aménagement du Domaine d’Angervilliers pour 1,3 million d’euros en 2012, sa réhabilitation constitue le projet d’aménagement phare du village pour les années à venir. Seulement, là encore, la version définitive présentée aux élus n’aurait pas correspondu à celle de départ : « Début 2014, lorsque Mme Boyer, alors adjointe de Roger Cottin, le maire précédent, a repris les discussions avec la société d’aménagement, les élus étaient déjà tenus à l’écart, explique Franck Desserouer, membre de l’opposition et tête de liste pour les élections anticipées de juin prochain. Le duo voulait absolument faire voter le projet avant les élections municipales de 2014 ».

Le terrain devait alors être divisé en deux zones : au nord, cinquante habitations dont 20% de logements sociaux ; au sud, la construction d’une senioriale et d’une zone pavillonnaire. « Mais lorsqu’elle nous a présenté la version finale en septembre 2015, plus rien n’était conforme à ce qui était prévu, s’étonne David Doussot. La circulation douce et les sentiers piétonniers programmés avaient disparu. On se retrouvait avec un parc fermé et des habitations en moins  ».

Des logements prévus initialement derrière la maison du maire auraient aussi été retirés du projet : « Je vais être claire. J’habite depuis 1988 une maison avec un grand parc dans lequel se trouvent les vieilles écuries du château, expose Dany Boyer. Bien sûr que mon intérêt serait d’empêcher les constructions, mais en poussant à la création de logements je prouve tout le contraire. Je ne ferais pas ça si je voulais conserver ma tranquillité  ».

La disparition du projet d’une partie des habitations prévues serait dû à une proposition de la société d’aménagement : « Les écuries étant étroites, le propriétaire a proposé la construction d’un bâtiment plus large mais avec moins de logements, précise la maire, mais l’architecte des Bâtiments de France est revenu sur cette décision. Il y aura donc bien le même nombre de logements qu’au départ  ».

En novembre, Dany Boyer demande le vote de la taxe d’habitation, puis le 14 avril, la signature de la convention fixée avec la société d’aménagement. Une fois n’est pas coutume, aucun élu, à l’exception de l’ancien maire Roger Cottin devenu depuis 1er adjoint, n’aurait pu consulter la convention avant le jour du vote : « Le vote de la convention était en effet à l’ordre du jour, précise-t-elle, et les documents devaient être envoyés aux membres du Conseils municipal par la secrétaire. Lorsque j’ai su que ça n’avait pas été fait, j’ai demandé la lecture de la convention lors du Conseil et non son vote, justement parce que personne n’était au courant. Je n’ai rien imposé du tout, la preuve, il s’agissait seulement d’un ‘‘projet de convention’’  ».

Concernant les changements effectués, elle confirme que les bases posées par la société d’aménagement sont toujours conformes à ce qui était prévu au départ : « C’est un projet privé, on est donc limité. Le propriétaire est libre à partir du moment où il respecte les exigences du Plan local d’urbanisme (PLU) et l’architecte des Bâtiments de France. Ce qu’il a fait  ».

Le projet de réaménagement du Parc du château cristallise les divisions (DR/Wikipédia).

Le projet de réaménagement du Parc du château cristallise les divisions (DR/Wikipédia).

Lâchée par les plus fidèles

Dans la bataille, Dany Boyer a néanmoins perdu le gros de ses troupes, notamment les plus fidèles de ses adjoints. En plus de David Doussot et des membres de l’opposition, elle reçoit sur son bureau la démission de son adjointe à la jeunesse, au périscolaire, au sport et au culte, mais surtout celle d’Alban Damars, « un vieux de la vieille », adjoint aux travaux et à l’environnement : « c’est un enfant du village issu d’une des plus vieilles familles d’Angervilliers, remarque Franck Desserouer, il a toujours été avec la majorité. Son départ est plus que symbolique. Elle dégoûte même les plus anciens ». « Il a fait un choix que je respecte », commente de son côté Dany Boyer.

Avec plus du tiers de ses élus démissionnaires, elle est alors contrainte par la Préfecture d’organiser de nouvelles élections municipales les 5 et 12 juin prochains. L’occasion pour l’opposition de tenter de mobiliser autour d’un nouveau projet : « la mairie est gérée par les deux mêmes personnes depuis des années, regrette Olivier Thérond, c’est un petit village dans lequel les gens ne sont pas au courant de ce qui se passe. L’opposition n’a pas de tribune dans le journal de la ville et les Angervilliérois n’ont même pas été prévenus que des membres de la majorité avaient démissionné  ».

Sur la note d’information publiée sur le site internet de la mairie, seules les démissions des élus de l’opposition sont en effet mentionnées : « J’ai averti les Angervilliérois des démissions des membres de la majorité intervenues en novembre-décembre via une note ajoutée dans le bulletin municipal de janvier 2016, se défend Dany Boyer. Depuis, il n’y a eu que la démission d’une conseillère municipale en mars, et celles de l’opposition en avril ».

Franck Desserouer, qui portera la liste Angervilliers, Votre village lors des prochaines élections, souhaite sortir de ces polémiques et mener « une campagne propre » : « Je veux porter une façon nouvelle de piloter les affaires publiques, faire de la ‘’démocratie représentative’’, avec plus de transparence, affirme-t-il. Mais ce ne sera pas facile car les gens ne veulent pas parler ou s’engager de peur de représailles de la part de Mme Boyer  ».

« Menaces sournoises et harcèlement »

Reste que des élus démissionnaires ont accusé le coup. « Pour la première fois de ma vie, j’ai dû consulter un psy, confesse David Doussot. J’ai eu le sentiment d’avoir été trahi  ». D’autres se seraient isolés ou auraient été victimes de problèmes de santé post-somatiques. « Je n’étais pas au courant de cela, réagit Dany Boyer, mais cette situation nous affecte tous. Je suis moi aussi suivie depuis que j’ai reçu une vidéo violente avec des menaces de mort de la part de M. Doussot ». « Il s’agit simplement du début du clip Paparazzi de Lady Gaga, précise l’ancien adjoint, ont y voit la chanteuse se faire balancer par-dessus une balustrade. Je voulais lui faire comprendre qu’elle m’avait viré comme une merde, par dessus bord. C’était ironique, mais elle à cru que je parlais d’elle et a porté plainte ».

En dehors du village, la maire ne jouit pas non plus d’une meilleure image, notamment à la Communauté de commune du pays de Limours (CCPL) où elle occupe depuis 2014 le poste de vice-président à l’Éducation : « Elle a un appétit du pouvoir incroyable et malsain, observe Christian Schoettl, maire de Janvry et ancien président de la CCPL, elle traite ses collaborateurs comme de véritables larbins ».

En 2014, à la fin de son mandat et avant les municipales, il décida même de lui retirer ses délégations: « Elle s’appropriait les projets des autres, je ne supportais plus sa façon de se comporter avec les personnes placées sous son autorité et sa façon de faire les yeux doux aux autres. Ça aurait été malhonnête de ne pas le faire  ».

Les gens qui la côtoient parlent de « despotisme », d’une femme « à la soif de pouvoir démesurée », capable de « menaces sournoises » ou encore de « harcèlement » pour montrer sa supériorité. « Professionnellement, je vis l’enfer  », soupire-t-on dans son entourage.

Des accusations que l’élue ne comprend pas : « C’est mon deuxième mandat à la CCPL, je suis confrontée à des gens qui m’apprécient, d’autres pas. Forcément, ce sont ces derniers qui parlent. Mais je n’harcèle personne. Si j’étais une véritable tortionnaire, je ne pense pas que j’aurais autant de soutiens  ». Avant de conclure : « quand vous dites les choses, ça ne plaît pas. C’est vrai que j’ai du caractère et il en faut pour avancer. Mais s’il y a eu menaces, ça ne venait pas de moi ». Dominique Echaroux, son binôme sur le canton de Dourdan au Département, confirme : « Je travaille avec elle depuis un an et demi, je peux vous assurer qu’elle gère ses dossiers de façon sérieuse. L’opposition à laquelle elle fait face n’est pas toute rose et se comporte parfois avec elle de façon horrible ».

En attendant, ce sont bien les 1 660 habitants d’Angervilliers qui trancheront les dimanches 5 et 12 juin prochains. La campagne, elle, débutera officiellement le 23 mai, « sans match politique, ni de polémiques personnelles », promet Franck Desserouer.