Le débat public sur le projet de ligne 18 du métro du Grand Paris se termine ce mardi. D’Orly à Saclay, de Massy à Saint-Quentin, les habitants se sont emparés du sujet, avec 3 500 avis postés sur le site, des centaines de participants aux réunions et des dizaines lors des permanences. Cette mobilisation fera-t-elle évoluer le projet?

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Un militant associatif du territoire le confirme : « ils auront un sacré boulot pour décrypter tout ça ». « Ils », ce sont les commissaires de la Commission d’enquête publique, présidée par Jean-Pierre Chaulet. A l’issue d’un peu plus d’un mois à recueillir avis et témoignages sur le territoire, ils doivent remettre au préfet de région leur rapport à la mi-juillet. Ouverte le 21 mars dernier, la période d’enquête publique relative au projet de métro sur l’axe Orly-Massy-Versailles se termine ce mardi 26 avril.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’enquête a connu un certain succès. Rien que sur le registre électronique, plus de 3 500 contributions ont été postées. Quatre réunions publiques ont permis à la SGP de présenter le projet et de répondre à diverses interrogations de la population, avec à la clé la participation de centaines de personnes. La commission a également tenu une cinquantaine de permanences dans les mairies concernées, en proposant de connaître les détails du projet comme les documents d’urbanisme liés.

Institutions, associations, entreprises et responsables publics se sont aussi tour à tour positionné dans le débat, en publiant des avis ou des cahiers d’acteurs à intégrer dans l’enquête publique. Une diversité de positions et d’opinions avec lesquelles la commission d’enquête va devoir travailler, en vue de synthétiser l’ensemble et rendre compte des différents retours du territoire sur ce projet de ligne de métro. Cette branche sud du Grand Paris express devrait voir le jour en 2024. Selon sa présentation par la Société du Grand Paris (SGP), elle reliera Orly à Versailles par Massy et le plateau de Saclay en 30 minutes, pour un total de 35 kilomètres de ligne et la création de 10 gares (lire notre article).

Le directeur de la SGP Philippe Yvin, les maires Grégoire de Lasteyrie et Michel Bournat, lors d'une visite du tracé du métro 18

Le directeur de la SGP Philippe Yvin, les maires Grégoire de Lasteyrie et Michel Bournat, lors d’une visite du tracé du métro 18 (JM/EI)

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Les arguments en sa faveur sont nombreux et mis en avant par les porteurs de projet. Ils s’inscrivent plus largement dans le projet de développement de la métropole francilienne autour de la « double-boucle » du métro automatique. Comme le résume l’Etablissement public (EPA Paris-Saclay), le métro du Grand Paris répond à « la nécessité de créer des liaisons de banlieue à banlieue » et de relier entre eux « les principaux pôles de l’agglomération et Paris » . Sur le territoire de Saclay où se développe le ‘cluster’ ayant vocation à regrouper 20% de la Recherche française, la ligne 18, dite « ligne verte » est ainsi censée « améliorer de manière significative l’accessibilité d’un territoire ayant vocation à devenir l’un des secteurs-clés au niveau du Grand Paris et au niveau national en matière de recherche et d’enseignement supérieur ».

Il s’agit ainsi d’un élément moteur du projet plus vaste d’installation sur la frange sud du Plateau d’écoles, d’instituts de recherche et d’entreprises. L’arrivée récente d’EDF lab et ses milliers de salariés et stagiaires fait partie des nombreux exemples des besoins de transport à venir sur place. L’accessibilité à Orly, et la desserte de Massy est aussi vantée pour son efficacité et l’amélioration des conditions d’accès à l’aéroport qui devrait en découler. Les acteurs du monde universitaire, les grandes écoles, comme les entreprises installées sur place se montrent ainsi en faveur de l’arrivée du métro.

A l’échelle départementale, la Chambre de commerce et d’industrie se prononce aussi pour le projet, aux côtés d’autres associations d’entreprises locales, plaidant en même temps pour la traversée du Plateau en viaduc : « un enfouissement de la ligne sur cette portion augmenterait le coût de façon très importante et remettrait en cause le calendrier ». Elle ajoute au dossier d’enquête des propositions de voir se construire des « parcs relais et route » à côté des gares et demande une meilleure desserte des zones d’activités proches (Courtaboeuf, Wissous..).

Du côté des élus, cette ligne est souhaitée et même attendue pour le Plateau. Elle « générera de l’attractivité » assure Michel Bournat, le président de la nouvelle agglomération (295 000 habitants) et maire de Gif. Pour son collègue de Palaiseau Grégoire de Lasteyrie, « la ligne 18 structure les nouveaux quartiers et les fait avancer ». Une position défendue majoritairement par les élus, comme le montre l’avis adopté au Département lors de sa séance du 11 avril dernier en soutien au projet, avec les voix de la majorité (LR-UDI-DVD), et celles de l’opposition PS, moins une abstention (PCF) et deux votes contre (EELV).

Les opposants au métro aérien sur le Plateau de Saclay se sont fait voir ces derniers mois

Les opposants au métro aérien se sont fait voir ces derniers mois (JM/EI)

Positions irreconciliables

Chez les partis, les écologistes se sont montrés les plus farouches opposants au projet de métro, le définissant dans son cahier d’acteur comme un « projet coûteux et disproportionné, totalement inadapté aux besoins réels de mobilités. Il ne se justifiera financièrement que par une urbanisation accrue du plateau ». Une position qu’a défendue la conseillère départementale Anne Launay lors de la séance au Département : « la SGP attend 100 000 voyageurs/jour, alors que pour rentabiliser la ligne il en faudrait 400 000 ». Avec d’autres, EELV mettre en avant des solutions alternatives à la construction de cette infrastructure, « sobres, plus rapides à mettre en place et moins coûteuses » : transformer le site propre de bus en tramway, créer un téléphérique au Guichet, ou encore prolonger la ligne 14 d’Orly à Massy.

Les membres du parti écologiste se retrouvent sur les mêmes positions que les associations opposées au métro sur le Plateau. C’est le cas du CAS d’Orsay qui pointe d’emblée d’inutilité du projet et pense que la commission rendra un avis défavorable : « il suffit de voir que les plus importants organismes publics ou parapublics experts sur la question des transports en déconseillent l’implantation, car il s’agit d’un investissement disproportionné par rapport au besoin de transport de voyageurs et qui sera donc déficitaire : le STIF, le Cercle des Transports, le Commissariat général à l’investissement ou auparavant le rapport Auzannet se sont tous exprimés dans ce sens ».

Même questionnement sur l’utilité du projet pour Colos, le collectif associatif du Plateau. Son coordinateur Harm Smit juge qu’en « pesant les avantages et inconvénients du métro, ça n’en vaut pas la peine, si on prend la définition de l’utilité publique ». C’est le sens de la contribution qu’a déposé son collectif, tout en se déclarant sceptique sur le débouché de l’enquête publique : « ils nous parlent de concertation, mais on ne peut que choisir la couleur des rames, sur le métro, ils n’ont jamais étudié d’autres solutions que la leur, alors que tous les arguments de la SGP sont démontés ». D’autres interrogations sont par ailleurs apparues depuis la précédente enquête renforcée de juin 2015, comme la question de la gare devant se trouver à proximité du CEA, qui serait « incompatible avec la sûreté nucléaire » assurent plusieurs associatifs.

Cet échange d’arguments s’est largement reflété au cours des débats publics qui se sont déroulés dans le cadre de la concertation. Le 8 avril dernier, c’est au sein de l’école Supelec, à Gif-sur-Yvette, que la commission d’enquête a tenu un débat. Les questions environnementales et d’impacts pour le voisinage ont été longuement soulevées au cours de la soirée. Des habitants de Villiers-le-Bâcle ont à plusieurs reprises critiqué le projet de viaduc, qui aura des conséquences « en terme de bruit et de paysage » résume l’un d’eux. « Il y aura une étude d’impact suite aux nouveaux éléments de l’avancement du projet » répond la SGP. « Le Plateau, il est beau, il faut le préserver » ajoute un autre, tandis que le directeur de la SGP renvoie vers « la ZPNAF » (zone de protection de 2 300 hectares).

Pour enterrer le métro, certains proposent des économies à réaliser ailleurs, « on a fait venir des arbres d’Allemagne » illustre le maire de Saint-Aubin Pierre-Alexandre Mouret. « Pourquoi ne pas enterrer sous les voies de la RD 36 qui va être élargie? » se demande un participant, avant qu’un autre interpelle directement Philippe Yvin sur le projet : « en 2011, vous disiez que le métro serait enterré ». Les différentes remarques et critiques sont consignées par les enquêteurs, qui répondent au micro « on a noté, oui » ou « ça sera ajouté au dossier ». Les remarques nombreuses et particulières, dont les 3 500 contributions en ligne, doivent être regroupées par thème, assure la commission d’enquête. L’un de ses membres, M. Bardere, qui tient la permanence de la commission samedi 23 avril à la mairie de Massy, note que sur les avis recueillis, « de manière générale, ce sont des personnes qui ont un soucis personnel avec le projet, parce que la ligne passe sous leur maison, ou en aérien à proximité de chez eux ».

Concernant Massy, la commune est traversée de tout son long, pour un total de 3,9 km. Le métro doit passer à 20 mètres sous terre en moyenne. Certains y voient des avantages : « la nouvelle station devant l’hôpital, c’est judicieux, on fera Massy-Pal – Opéra en un jet », tandis que d’autres, habitants d’Antony craignent que leur bien « subisse une décote avec le métro sous leurs pieds ». Des débats qui pourraient bien se poursuivre dans les prochains mois ou années, en attendant l’avis que rendra la commission en juillet. Un avis sous nul doute scruté dans le détail, qui débouchera sur des premiers travaux préparatoires mi-2017 dans le cas où le projet est déclaré d’utilité publique.