La démarche n’est pas très assurée, le pas est hésitant. Les bras tendus vers l’avant comme pour éviter un mur, Nawfel, 11 ans, préfère parcourir la piste d’athlétisme en marchant. Les yeux en partie bandés, il tente maladroitement de franchir plusieurs haies : « Je ne peux pas le faire, lance-t-il, je ne vois rien !  ». Jean-Claude Malonga, coordinateur enfance et jeunesse à la maison de quartier Bois Sauvage – Bois Guillaume, observe la scène de loin. Initiateur de la semaine du handicap, il organise l’évènement pour la deuxième année consécutive : « Toutes nos activités poursuivent les mêmes objectifs, explique-t-il, mettre les enfants valides en situation de handicap pour qu’ils se rendent compte des contraintes que cela implique. Nous travaillons aussi sur le regard des autres, sur la tolérance et la solidarité en valorisant le travail des éducateurs et la capacité à se dépasser des personnes handicapées  ».

Avec le Comité handisport de l’Essonne, l’Union sportive des écoles primaires (USEP), la Ligue de l’enseignement et l’Union française des œuvres laïques d’éducation physique (UFOLEP), il a accueilli toute la journée des enfants issus de centres de loisirs, de maisons de quartier, mais aussi d’instituts spécialisés : « Plus on mélange les publics, mieux c’est, précise-t-il. Cela permet une meilleure connaissance d’autrui ».

Dépasser le handicap

Si le petit Nawfel a finalement réussi à franchir toutes les haies du parcours, certains sont confrontés à d’autres difficultés. Sur le parquet du gymnase, Rayane, 10 ans, essaie tant bien que mal d’inscrire un panier assis au fond d’un fauteuil roulant : « Il faut beaucoup de force pour se déplacer, admet-il, je m’attendais à ce que ce soit difficile, mais pas à ce point  ». D’autant qu’il faut aussi s’occuper du ballon : « On doit à la fois maîtriser notre déplacement et dribbler avec la balle. On a joué avec un joueur handisport professionnel, c’était impressionnant, il faisait ça avec une telle agilité ! Ça prouve qu’on peut dépasser le handicap  ».
Même constat sur le terrain d’à côté. Cette fois-ci, la passe se fait au pied. Directrice du centre aéré du Bois Guillaume, Christelle Quellier vient de tester le football adapté. Pour simuler le handicap, elle a dû garder ses mains dans le dos : « C’est assez épuisant, confit-elle, il faut garder l’équilibre, on se rend compte que nos bras sont plus utiles qu’il n’y paraît  ».
Alors qu’elle accueille déjà quelques enfants handicapés au sein de sa structure, elle reste consciente qu’il y a encore du travail à faire : « Les choses bougent petit à petit, mais il faut que les regards évoluent. Une journée comme celle-là, qui allie découverte et jeux ludiques, peut y participer  ». Youssef, 23 ans, membre de l’équipe handisport du Diamant futsal d’Evry, a encadré l’atelier. Handicapé du bras gauche, il confirme que les jeunes ont été réceptifs : « Il est important de les sensibiliser aux conséquences du handicap sur le quotidien. Mais mieux encore, ils ont vu aujourd’hui qu’on peut être porteur d’un handicap et continuer à exercer un loisir sportif ».

Vivre le sport autrement

Outre les sports traditionnels, les jeunes participants ont pu découvrir des pratiques spécialement adaptées aux personnes handicapées, telle la Boccia, un dérivé de la pétanque. Le principe ? Utiliser une grande gouttière que l’on pose sur son épaule pour guider des boules en cuir lestées de sable vers le cochonnet : « Ce sport se pratique en fauteuil roulant, raconte Arnaud Rizzo, agent de développement pour l’UFOLEP, la personne handicapée peut être assistée d’un aidant valide ». Ayoub, 11 ans, découvre cette pratique, enthousiaste : « Je ne connaissais pas, mais j’ai bien aimé. Maintenant, je pourrais partager ce sport avec un enfant handicapé  ».
Même objectif sur le tatami. En kimono, les yeux partiellement bandés pour les uns, ou totalement masqués pour les plus téméraires, les jeunes Evryens s’initient au cécijudo : « L’idée est de les pousser à trouver de nouvelles astuces pour s’orienter dans l’espace, expose Maxime, conseiller technique auprès du Comité départemental du sport adapté. Ils vont davantage écouter leurs autres sens, avec la peur de chuter en moins puisqu’ils travaillent déjà au sol ».

Parmi les activités sportives proposées : du basket en fauteuils, du football adapté mais aussi du cécijudo (MB/EI).

Parmi les activités sportives proposées : du basket en fauteuils, du football adapté mais aussi du cécijudo (MB/EI).

Enfin, la journée fut l’occasion pour des jeunes en situation de handicap de se changer les idées. Notamment par le biais de parcours de motricité. Cerceaux, plots, haies, tunnels, tout était réuni pour qu’ils puissent s’épanouir : « Ils ont travaillé ce qu’on appelle la motricité fine, explique Arnaud Rizzo, notamment l’équilibre ».
Douce Laachi, éducatrice sportive à l’Institut médico-spécialisé (IMP) Marie Auxiliatrice de Draveil, est venue avec plusieurs enfants : « Ils apprécient les activités extérieures, cela leur permet de découvrir des sports et de rencontrer d’autres jeunes de leur âge ».

Si le parcours du mal voyant, avec lunettes opaques et cannes d’aveugle, a de loin connu le plus de succès, les jeunes Evryens ont aussi pu s’exercer au tennis de table en fauteuils et au lancé de poids. « Les écoles nous ont demandé si on envisageait de programmer ce genre d’activités en dehors des vacances scolaires de façon à pouvoir participer, conclut Jean-Claude Malonga. Ce sera une piste de réflexion pour les prochaines années  ».