Il n’aura pas fallu longtemps aux Etampois pour aborder le sujet mercredi soir, lors de la réunion publique organisée à l’école Eric Tabarly. Marie-Claude Girardeau, adjointe aux affaires scolaires, avait à peine conclu son discours de présentation que la première question tomba : « Excusez-moi, mais la priorité n’est pas le budget, l’interrompît une participante, nous avons beaucoup d’interrogations sur ce qu’il s’est passé vendredi à l’école Jacques Prévert. Des enfants se sont retrouvés à l’hôpital sans leurs parents car ces derniers n’ont pas été prévenus  ».

Vendredi 15 avril dans la matinée, 33 élèves et deux enseignants de l’école élémentaire Jacques Prévert ont en effet été hospitalisés pour des vomissements, des maux de gorge et des migraines dont les causes sont encore inconnues. Si tous ont pu regagner leur foyer en bonne santé, les parents, inquiets, sont venus chercher des réponses : « Où en sont les analyses ?, s’interroge la mère d’un des enfants hospitalisés. Vous nous dîtes que les causes des symptômes sont encore inconnues alors que je suis sortie de l’hôpital avec un rapport du médecin concluant à une intoxication au monoxyde de carbone… ».

D’autres exigent des garanties quant à la sécurité de l’école avant d’y remettre leurs enfants. Certains envisageraient même de boycotter la rentrée des classes le 2 mai prochain. « Une réunion d’information aura lieu mercredi 27 avril à 18h à la salle des fêtes en présence des responsables de l’Agence régionale de santé (ARS) en charge des analyses et du directeur de l’école, précise Marie-Claude Girardeau. Si nous ne communiquons pas, c’est simplement parce que nous n’en savons pas plus que vous  ».

« Pas de fuite de gaz »

La municipalité l’affirme, tous les parents ont été prévenus le jour de l’incident : « La liste complète des enfants hospitalisés a été communiquée à la mairie par les pompiers à 15h le jour même, poursuit l’adjointe à l’Education, le directeur de l’établissement m’a ensuite confirmé avoir contacté toutes les familles. Je les ai moi-même appelé dans la journée de samedi, avant de leur faire parvenir une lettre en début de semaine. Le problème, c’est que certains numéros, dont une partie de ceux donnés à l’école en début d’année, n’ont pas fonctionné ».

La mairie explique également avoir suivi les instructions des pompiers en charge des opérations. Aucune information non confirmée ne devait circuler sans l’accord des services d’intervention : « Il fallait avoir tous les éléments en main avant de communiquer, rajoute le cabinet de Franck Marlin, le député-maire de la ville, ce qui n’était pas le cas sur le moment  ».

Alors que l’Agence régionale de santé doit publier les résultats de ses analyses en fin de semaine, les premières investigations déjà réalisées se sont avérées infructueuses : « L’unité chimique des pompiers de Seine-et-Marne, les services de Gaz de France mais aussi Dalkia, l’entreprise en charge de la maintenance des installations de chauffage, sont venus effectuer des contrôles à plusieurs reprises depuis l’incident, indique Marie-Claude Girardeau. L’eau, l’air et le réseau d’assainissement ont été passés au crible, mais rien d’anormal n’a été décelé. Nous avons même fait nettoyer l’école sur conseil des pompiers. Ce dont nous sommes sur, c’est qu’il ne s’agit pas d’une fuite de gaz et donc pas d’une intoxication au monoxyde de carbone ».

Des parents sceptiques

Malgré l’assurance de la municipalité, les parents ne semblent pas convaincus : « On peut vous apporter le rapport du médecin, propose ironiquement la mère d’un enfant touché. « A quand les détecteurs de monoxyde de carbone dans les écoles ?  », lance de son côté un Etampois.

Et lorsque l’adjointe aux affaires scolaires se trouve dans l’incapacité de donner le date précise du dernier contrôle effectué sur les chaudières de l’école avant l’incident, les esprits s’échauffent : « La communication est désastreuse, vous venez à une réunion publique sans éléments ! » , s’agace-t-on dans l’assistance. « Je gère 20 écoles et des centaines élèves, je ne peux pas avoir toutes les dates en tête », s’excuse l’élue.

La question du suivi psychologique des enfants a aussi été abordée. L’important dispositif mis en place dans le cadre du plan NOVI (Nombreuses Victimes) a en effet mobilisé soixante-dix pompiers venus de treize casernes, épaulés par la protection civile et la croix rouge : « Les enfants regardent la télévision, voient ce qui se passe avec les attentats, remarque un participant, peut être que certains d’entre eux ont été affectés ».

Reste une certitude, en attendant les résultats des analyses de l’ARS : « Les enfants ne seront pas remis dans un établissement qui n’est pas à 100% sain, assure la mairie, la jeunesse a toujours été une de nos priorités et nous ne prendrons aucun risque  ».

La vie du quartier reléguée au second plan

Après plus d’une heure de discussions passionnées, seule une trentaine d’irréductibles Etampois sont toujours là pour aborder les sujets propres au quartier de Guinette. Au programme notamment, le budget 2016, mais surtout le projet de requalification du quartier : « Je comprends l’inquiétude des parents, admet Marie-Claude Girardeau, également en charge de la politique de la ville depuis le décès de Gilles Baudouin en février dernier, mais je regrette de ne pas avoir eu plus de temps pour présenter le projet de réhabilitation du quartier. Il s’agit d’un projet sur dix ans qui va profondément améliorer le quotidien et la qualité de vie des Etampois ».

Validé par l’État, le projet doit permettre de revaloriser les logements, les commerces, la circulation et le stationnement. Il sera prochainement soumis à une phase d’études et de diagnostics avec comme objectif le début des travaux courant 2017. « Tout va être repensé, à l’image de ce qui a déjà été fait du côté du quartier Saint-Michel, conclut-elle. Les écoles, qui sont au cœur du quartier, seront bien évidemment incluses dans le projet  ». Une précision de circonstance.