Il y a une semaine, Joël Aknin a reçu un coup de téléphone de Toutadom, qui l’informe de sa situation préoccupante : la société est en dépôt de bilan et éprouve de grandes difficultés à assurer le salaire de son personnel. Toutadom est une entreprise de services à domicile pour les personnes handicapées. Elle est régie par le code du travail privé, mais est financée par le Conseil départemental par le biais de la MDPH. Après l’annonce par la direction d’une Déclaration de cessation de paiement, plusieurs salariés ont arrêté le travail par mécontentement et crainte de ne pas être payés, se mettant pour certains en arrêt maladie.

Les interventions à domicile se trouvent ainsi réduites depuis une semaine. De quoi rendre difficile le suivi des clients handicapés de Toutadom : « Le mieux aurait été qu’ils fassent front commun avec la direction et les patients », regrette Joël Aknin. Ce sont nous, les clients, qui en pâtissent. » Parmi eux, des personnes myopathes, hémiplégiques, paraplégiques, qui souffriraient de la non présence des salariés de l’entreprise.

« On m’a dit « vous devez trouver une solution » », précise l’homme de 63 ans, handicapé moteur suite à des séquelles de la poliomyélite depuis ses 5 ans. Une maladie qui détruit entre autre le système nerveux. Il est suivi par Toutadom depuis plusieurs années et pour lui, pas question de se passer de ses services, indispensables. Mercredi dernier, il se fait donc médiateur et provoque un rendez-vous au Conseil départemental, avec les responsables de la structure. « Une ébauche de solution a été trouvée, le Conseil départemental, qui subventionnait jusqu’ici la structure à hauteur de 19,80 euros de l’heure, a accepté de passer ce montant à 22,26 euros de l’heure », explique Joël.

6 personnes sont habitantes d'appartements aménagés à Evry dans ce foyer de vie avec la présence de personnes de Toutadom 24h sur 24

6 personnes sont habitantes d’appartements aménagés à Evry avec la présence de personnes de Toutadom 24h sur 24 (JM/EI)

Vendredi soir dernier, une réunion tendue entre direction et salariés s’est déroulée dans les locaux gérés par l’entreprise à Evry, là où sont installées plusieurs personnes suivies 24h sur 24h et habitant des appartements aménagés. Du côté de Toutadom, le message envoyé au personnel est celui d’un souci venant des financeurs : « il nous manque de l’argent du Département, on les a alertés sur notre situation, personne ne bouge ». Des accusations balayées par le président du Conseil départemental François Durovray, pour qui « Toutadom a refusé en juillet dernier notre proposition de prise en charge à 22,26 euros. Maintenant ils se plaignent, ce sont des gens qui ne sont pas très sérieux. »

6 heures de présence par jour

Selon la directrice de l’entreprise Audrey Simon, le refus de cette proposition viendrait de « raisons personnelles », de plus, ajoute-t-elle, « cela n’aurait pas suffit » à régler la situation financière de Toutadom. Celle-ci indique avoir « déposé au tribunal » les documents relatifs à l’entreprise et espère obtenir du soutien, « le député Da Silva va venir nous rencontrer ». Si les comptes de l’entreprise ne se redressent pas, les clients et le personnel devront trouver d’autres solutions. Certaines personnes bénéficiant des services de Toutadom se seraient pour leur part déjà rendus chez d’autres structures pour bénéficier d’aide.

En attendant que la situation se dénoue, Joël fait appel à des amis pour qu’ils l’assistent dans son quotidien. Il bénéficie aussi du soutien de quelques auxiliaires de Toutadom qui viennent le « dépanner » gratuitement. Car Joël Aknin a besoin de plusieurs heures de présence d’un(e) auxiliaire par jour : trois heures le matin pour le lever, la toilette et l’habillement, une heure le midi pour le repas, et deux heures le soir pour la préparation du dîner, le coucher. Joël, qui est sous assistance respiratoire, a également besoin qu’on lui installe les machines respiratoires qui assurent sa sécurité pendant la nuit.

« Joël sait se défendre et faire le médiateur », indique Rémi, l’un de ses amis. « On essaye d’être percutants, rebondit ce dernier, qui ne contient pas sa répartie pendant toute la durée de l’entretien. L’homme, déjà engagé politiquement, sait faire vivre les combats justes. Le monde du handicap est précaire. Je ne touche que 800 euros par mois. Quand j’ai réglé tout ce que j’avais à régler, il me reste à peine 200 euros. »

Article de Mylène Hassany et Julien Monier