Depuis fin 2015 et le début de l’installation des nouveaux compteurs Linky par ERDF (Electricité réseau distribution France), la filiale d’EDF en charge de la distribution d’électricité, les communes dissidentes se multiplient. D’après le site refus.linky.gazpar.free.fr qui les répertorie, elles seraient déjà plus d’une centaine à avoir choisi de conserver leurs anciens compteurs. Dont deux villes essonniennes.

Lundi 11 avril dernier, le conseil municipal de Yerres a, en effet, voté à l’unanimité moins deux abstentions le rejet de ces nouveaux compteurs. La cause, notamment, à des incertitudes concernant la protection des données et les répercussions des ondes sur la santé des habitants. Début mars, la municipalité de Janvry s’y était également opposée.

Contrairement à leurs prédécesseurs, les compteurs Linky doivent permettre d’envoyer à distance les informations sur la consommation des clients, une manœuvre qui se faisait jusque-là manuellement. « ERDF va collecter automatiquement les données de chaque consommateur, s’inquiète-t-on dans l’entourage de Nicolas Dupont-Aignan (DLF), le maire de Yerres. Cela pourrait ouvrir la voie à certains commerçants pour des éventuels démarchages  ». Même inquiétude pour Christian Schoettl (NC), maire de Janvry : « On donne les clés de notre vie privée. On ne sait pas si EDF les utilisera, mais il y a un risque ».

Mieux vaut prévenir que guérir

Les deux communes essonniennes ont donc choisi de mettre en avant le principe de précaution, même si la direction d’ERDF garantit la confidentialité des informations collectées : « Le programme Linky fait l’objet d’échanges réguliers avec la CNIL (Commission nationale informatique et liberté) et l’ANSSI (Agence nationale pour la sécurité des systèmes d’information), explique-t-elle. D’un point de vue réglementaire, les données appartiennent au consommateur et ne peuvent être communiquées à des tiers qu’avec son plein accord. Aucune donnée d’ordre personnel n’est gérée par le compteur, mais plusieurs données agrégées et anonymes pourront être mises à disposition des collectivités territoriales  ».

En ce qui concerne l’impact des ondes sur la santé des habitants, les deux communes essonniennes s’interrogent: « Un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), datant de 2011, précise que les ondes dégagées par ce genre de boîtier peuvent être potentiellement cancérigènes, appuie le cabinet du maire de Yerres, une évaluation menée par l’Agence de sécurité sanitaire (Anse) est d’ailleurs en cours  ». Sur son blog, Christian Schoettl, qui a déjà refusé l’installation d’antennes-relais sur sa commune, s’inquiète pour les personnes électro-sensibles : « Que dira-t-on dans cinq ans, dans dix ans, quand les méfaits destructeurs des ondes que nous émettons comme des apprentis-sorciers révéleront qu’elles sont responsables de maladies qui nous assaillent ?  ».

ERDF rappelle pourtant que Linky n’utilise pas les champs éléctromagnétiques de radiofréquence comme il est question dans le rapport de l’OMS, mais bien les Courants porteurs en ligne (CPL).
L’entreprise précise également que les fréquences d’émission des ondes du nouveau compteur sont de 74 kiloHertz, soit 10 000 fois inférieures à celles d’un téléphone portable et 100 000 fois moins élevées qu’une borne wifi. Un argument pointé du doigt par le maire de Janvry : « C’est un leurre. Ils veulent décrédibiliser nos positions en laissant croire que nous nous opposons à eux simplement à cause d’ondes de faibles fréquences. Mais une fois posés, les compteurs relèvent de la responsabilité de la commune et donc de la mienne. Le Canada et l’Allemagne ont eux aussi combattu ce type de compteurs car certains ont, par exemple, entraîné des incendies. Les assureurs ne veulent pas nous couvrir en cas d’éventuels dommages liés aux Linky, j’estime que je n’ai pas assez de certitudes sur les conséquences que peuvent entrainer ces nouveaux compteurs  ».

Là encore, dans un courrier adressé aux maires de France en février 2016, Philippe Monloubou, président d’ERDF, se veut rassurant : « Aucun problème d’incendie lié à des défauts intrinsèques aux compteurs n’a été observé en France à ce jour (…) Le risque d’incendie est indépendant du type de compteurs posés, il est par contre lié à la qualité du geste technique de serrage mécanique des câbles d’arrivée électrique (…) Toutes les générations de compteurs ERDF ont toujours été conçus à partir de matériaux retardateurs de flammes  ».

« Plus de rapports humains, plus d’interlocuteurs »

Reste que les élus ont du mal à comprendre l’acharnement d’ERDF contre les communes récalcitrantes : « Je n’ai jamais vu une telle campagne de pub, s’étonne Christian Schoettl. Après notre refus, ils ont tenté de nous influencer, de nous convaincre de manière disproportionnée. Quel est leur réel intérêt ? Les 10 000 emplois qu’ils ont promis ?  » La filiale d’EDF, qui doit remplacer les 35 millions de compteurs actuellement utilisés d’ici 2021, a annoncé la création de 10 000 emplois pour la conception, la fabrication du compteur, celle de certains de ses composants et pour la prestation de pose.

À Yerres, c’est la volonté « de vouloir changer à tout prix des compteurs qui fonctionnent encore parfaitement  » qui pose problème. Une décision jugée « non-écologique ». « Les compteurs actuels mesurent la consommation d’électricité de chaque foyer et sont adaptés aux tarifs réglementés, admet-on du côté d’ERDF. Mais ils ne répondent pas à l’évolution des besoins des différents acteurs du marché de l’électricité, en matière de communication d’informations et de diversification des offres par les fournisseurs ». Les nouveaux boîtiers doivent permettre de localiser les pannes à distance et d’intervenir au plus vite pour les réparer. Mais il s’agit aussi pour l’État français de se conformer à la directive européenne de 2009 selon laquelle 80 % des compteurs électriques doivent être communicants d’ici 2020. « Je ne supporte plus cette société où il faut taper ‘1’ ou ‘2’ pour avoir un service, conclut Christian Schoettl. Il n’y a plus de rapports humains, plus d’interlocuteurs. Bientôt, on pourra couper l’électricité à distance sans se préoccuper des problèmes des gens ».

Sur le plan juridique, la décision des deux communes essonniennes ne devrait pas être invalidée car elle résulte de délibérations au sein du conseil municipal. Les deux villes seraient également propriétaires des compteurs s’ils venaient à être installés. « Pour l’instant, nous n’avons reçu aucune réclamation, ajoute la municipalité yerroise. « Nous avons fait savoir notre décision auprès de l’intercommunalité du Pays de Limours (CCPL) en charge de l’électricité, précise pour sa part le village de Janvry. Nous attendons son retour ».