Le sujet a occupé une grande partie des débats jeudi 14 avril au soir lors de la réunion publique sur le projet « Cœur de ville ». Organisé par la municipalité pour présenter les enjeux du programme phare de la mandature 2014–2020, le rassemblement a en effet permis aux Arpajonnais d’échanger avec leurs élus : « Il y aura des choix à faire, comme savoir si on privilégie les piétons aux voitures, a tenu à rappeler Christian Béraud, le maire de la commune. Mais nous souhaitons nourrir notre réflexion par le vécu des habitants, des commerçants et celui des personnes qui se rendent régulièrement en ville  ».

Alors que le projet définitif du nouveau « Cœur de ville » sera présenté en décembre 2016, la question du stationnement, elle, est déjà d’actualité. La commune a récemment engagé des travaux pour transformer certains parkings de la ville et en créer de nouveaux.

Plus de place, moins de gratuité

« Il y a beaucoup de parkings sur Arpajon, mais les gens se concentrent autour de ceux situés en centre-ville ». Voilà le constat établi par le cabinet d’étude du projet « Cœur de ville », mais aussi par les près de deux-cent personnes interrogées sur le sujet lors d’une enquête d’opinion et de tables-rondes thématiques. La municipalité a donc choisi d’expérimenter une nouvelle politique de stationnement favorisant le recours aux parkings à gratuité limitée.

Ainsi, depuis le 15 avril dernier, les parkings de l’Orge (63 places), de la porte d’Etampes (58 places) et une partie du stationnement du boulevard Abel Cornaton (10 places) auparavant gratuits, sont transformés en zones bleues limitées à 1h30. Le parking de Châtres près du cinéma, et celui de Dauvilliers (106 places) sous l’école Victor Hugo, verront eux aussi leur gratuité réduite. Début mai, ils seront équipés de barrières avec la tarification suivante : 1h30 gratuite puis 0,50 € toutes les quinze minutes. « Ce nouveau dispositif est plus contraignant financièrement, reconnaît le maire, mais cela permettra une meilleure rotation des véhicules. L’avantage avec les barrières, c’est qu’il n’y a pas de discussions possibles. Cela va permettre de lutter contre le stationnement abusif ».

Ce dispositif devrait être étendu aux parkings Victor Hugo (180 places) et Verdié 1 (79 places en souterrain), ainsi qu’aux trois nouvelles aires de stationnement programmées dans les prochains mois : le parking Verdier 2 (40 places livrées courant 2016), le pôle gare (100 places prévues pour 2018) et un parking souterrain sous la place du marché (150 places).

Les riverains divisés

Si dans leur grande majorité les Arpajonnais semblent souhaiter une fluidification de leur centre-ville, certains d’entre eux redoutent en revanche que la nouvelle politique de stationnement ne vide le cœur de ville de ses habitants au profit des personnes extérieures à la ville : « Les habitants vivant dans les anciennes bâtisses dépourvues de parkings privés connaissent de gros problèmes, explique un participant lors de la réunion publique, nous devons la plupart du temps nous garer dans les parkings publics dont une partie va devenir payante !  ».
Même son de cloche pour les riverains de la Porte de Paris, au nord de la ville : « Nous ne pouvons plus nous garer car les places sont prises par les gens qui viennent déposer leurs enfants à l’école chrétienne adjacente ou par ceux qui se rendent à l’hôpital privé Les Charmilles  ».

Pour tenter de répondre à la problématique du stationnement local, la municipalité va donc mettre en place un système d’abonnement pour les riverains et les commerçants disponible dans certains parkings : « Pour les Arpajonnais, la carte sera à 25 euros par mois dans les parkings réservés mais sans garantie de place, précise Martine Braquet, adjointe en charge de l’urbanisme et du renouvellement urbain. Nous nous sommes rendus compte que beaucoup de personnes laissaient leur deuxième ou troisième véhicule stationné toute la semaine. Ce nouveau système va permettre une rotation de façon à ce que les parkings ne soient pas toujours surchargés  ».
De leur côté, les commerçants bénéficieront de places réservées pour 60 euros par mois.

Le parking Dauvilliers, auparavant gratuit, sera limité à 1h30 de stationnement à partir de début mai 2016 (MB/EI).

Le parking Dauvilliers, auparavant gratuit, sera limité à 1h30 de stationnement à partir de début mai 2016 (MB/EI).

Une tarification dénoncée par l’opposition

Avec une agglomération de plus 40 000 habitants, Arpajon a donc choisi d’investir afin de préserver son attractivité. Avec la difficulté de faire converger les intérêts divergents : les commerçants et les personnes extérieures à la ville voulant plus de places en centre-ville, alors que les riverains souhaitent moins de circulation tout en espérant continuer de se garer gratuitement près de leur logement.

« Il est important de garder un centre-ville attractif pour éviter qu’Arpajon ne devienne une ville-dortoir, constate Arnaud Mathieu, conseiller municipal de l’opposition. Oui, il faut inciter ceux qui stationnent toute la journée dans le cœur de ville à le faire en dehors. Mais la gratuité doit être garantie pour les riverains. S’ils doivent payer tous les mois, j’appelle cela un impôt déguisé  ». En décembre dernier, il s’est d’ailleurs abstenu lors du vote du budget alloué à la transformation des parkings de Châtres, Dauvilliers, Victor Hugo et Verdié. Soit 206 580 euros hors taxe, assortis de 1 840 euros de maintenance annuelle les deux premières années, puis 10 440 euros à partir de la troisième.

Le tout « pour des parkings jadis gratuits », rappelle de son côté Alain Buffle, conseiller municipal Front national. Il n’a pas voté le budget et craint que la gratuité réduite à 1h30 ne favorise les grandes surfaces : « La gratuité aurait dû être de minimum deux heures. Cette nouvelle politique ne va en rien pérenniser les commerces de proximité qui souffrent de la concurrence avec les centres commerciaux périphériques dont les parkings sont gratuits. Les gens préfèreront aller dans les grandes surfaces alentours plutôt que de marcher quinze minutes car les seuls parkings gratuits disponibles seront en dehors du centre-ville  ».

Les études menées pour le projet « Cœur de ville » ont montré que 50% du parc de stationnement de la ville est constamment bloqué et que 70% des personnes qui circulent dans Arpajon sont extérieures à la ville. Pour la municipalité « Il fallait donc faire quelque chose ».

Quant au fait qu’il puisse s’agir d’un impôt déguisé : « On ne fait pas ça pour l’argent puisqu’on en perd plus qu’on en gagne, sourit le premier magistrat de la ville. Concernant le projet ‘’Cœur de ville’’, l’ensemble de la réalisation devrait coûter aux alentours de 5 millions d’euros d’ici à 2020. Un investissement que nous sommes en capacité d’amortir ».

Le programme devrait en effet poursuivre la politique de stationnement engagée. La signalisation devrait également être revue avec un code couleur pour chaque parking et la mention du nombre de places disponibles, le stationnement-minute (30 minutes gratuites) déjà présent sur la Grande Rue devrait être étendu et des espaces communs de livraison à horaires fixes pourraient également être envisagés pour libérer des places. « On ne contentera pas tout le monde, a reconnu Christian Béraud, mais chacun devra aussi repenser ses habitudes de façon à rentabiliser ses allées et venues ». Avant de conclure : « On prépare l’avenir. On trouvera des solutions avec tous les Arpajonnais ».