Tout a débuté vendredi 8 avril au soir, lorsqu’Alban et une de ses camarades décident de créer un groupe de mobilisation sur Facebook pour organiser un blocus contre la réforme de la loi du Travail : « Ça a été très vite, nous avons comptabilisé près de 650 personnes, raconte le lycéen, le proviseur a été mis au courant et n’a pas apprécié la démarche  ». Résultat, les deux élèves sont convoqués par l’administration le lundi suivant : « Le proviseur nous a expliqué que c’était dangereux et illégal car nous ne lui avions pas demandé son accord. Il nous a notifié que nous comparaîtrions en conseil de discipline le 17 mai prochain ».

Mais pour Dominique Nguyen Duc Long, le chef d’établissement, le mot d’ordre publié sur le réseau social était tout autre : « Ils expliquaient vouloir faire comme dans tous les autres établissements, rameuter les foules. Sur les 650 inscrits que comptait le groupe (il a depuis été supprimé) , certains n’étaient même pas du lycée. Je suis avant tout responsable de la sécurité des élèves. Ces dernières semaines, il y a eu des incidents dans plusieurs lycées d’Île-de-France, je ne souhaitais pas que ce genre de choses arrivent à Longjumeau ».

Les syndicats jeunes vent debout

Dès lors, la mobilisation s’enclenche. Le collectif « Loi travail : les jeunes de l’Essonne disent non ! »* publie un communiqué dénonçant fermement « toutes tentatives d’intimidations mises en place par les administrations des lycées  », ainsi qu’ « une politique de régression et de répression » mettant « gravement en danger les droits des lycéens et lycéennes de se mobiliser  ».
Il y est également précisé que la décision de créer le groupe Facebook résulte des « maintes demandes refusées d’organiser une Assemblée générale dans l’établissement contre la loi du Travail ». Des accusations que réfute le chef d’établissement : « Aucun lycéen n’est jamais venu me voir pour me demander s’il pouvait organiser une action citoyenne. Ils ont contacté une des Conseillères principales d’éducation qui leur a dit de prendre rendez-vous avec moi. Chose qu’ils n’ont jamais fait ».

Reste qu’une pétition circule au sein du lycée et que le rassemblement contre la loi du Travail, prévu jeudi 14 avril au matin, s’est transformé en mouvement de soutien aux deux lycéens : « La pétition a déjà recueilli plus de 550 signatures, nous réfléchissons à la diffuser dans d’autres lycées de la région, prévient Antoine Petitmangin, membre du collectif et coordinateur du Mouvement des jeunes socialistes de l’Essonne. Nous avons discuté avec le proviseur, il a autorisé la tenue du rassemblement mais a refusé d’annuler les procédures disciplinaires comme nous le demandions. Nous allons rester aux côtés des deux lycéens jusqu’au 17 mai, nous les aiderons sous toutes les formes que ce soit, y compris pour les démarches administratives ».

Une sanction « pédagogique »

Pourtant, Dominique Nguyen Duc Long se dit ouvert au dialogue. Il est même à l’origine du rassemblement de jeudi matin : « Que les choses soient claires, j’encourage les lycéens à s’exprimer quand ils le souhaitent mais seulement s’ils restent dans le cadre légal, ce qui n’est pas le cas d’un blocus qui s’établit sous la contrainte du nombre. Mais ma décision est aussi éducative, nous savons qui sont les deux élèves organisateurs, il faudra que ça serve d’exemple. La preuve, lorsque je les ai rencontré lundi, je leur ai proposé de tenir une assemblée générale pour qu’ils puissent organiser le rassemblement de jeudi correctement. Et tout s’est très bien passé  ».

Quant au renvoi possible des deux lycéens, il préfère calmer les esprits : « Mais non, je ne comprends pas que l’on puisse parler de ça alors que les conseils de discipline ne sont pas encore passés. J’ai rencontré les parents et les élèves concernés. Tout le monde a compris la démarche  ».

Le chef d’établissement est en revanche plus critique vis-à-vis du collectif : « Avant de publier leur communiqué, ils auraient dû me contacter, nous aurions discuté. En expliquant, à tort, que j’avais refusé « à maintes reprises » la tenue d’une assemblée générale, ils m’ont traîné dans la boue. Je leur laisse jusqu’au vendredi midi pour apporter un démenti, sans quoi je suis prêt à les attaquer pour diffamation  ».

Le collectif admet son erreur et promet de publier un rectificatif : « C’est une coquille, reconnaît Antoine Petitmangin, jeudi matin, nous avons publié un nouveau communiqué corrigé. j’ai le sentiment que M. Nguyen Duc Long utilise notre petite erreur pour masquer le fait que sa réponse disciplinaire soit disproportionnée. Mais nous allons continuer de nous mobiliser  ». La suite au prochain épisode.


* Le collectif « Loi travail : les jeunes de l’Essonne disent non !* » est composé des représentants essonniens de : l’Union nationale lycéenne (UNL), l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) et des Jeunes communistes (JC). Le Syndicat général des lycéens (SGL), a de son côté signé le deuxième communiqué n’incluant pas les propos contestés par le proviseur de l’établissement.