Chaque année, c’est l’un des votes les plus importants et les plus attendus au sein des collectivités territoriales. Que ce soit au niveau communal, communautaire ou à l’échelon du département, ce vote influe sur les actions politiques à mener sur un an, voire plus. Ce vote, c’est celui du budget. Ce lundi 11 avril, quelques collectivités entérinaient le leur. Parmi elles, figure la commune de Longpont-sur-Orge. À l’inverse de la nouvelle communauté d’agglomération Val d’Yerres Val de Seine qui votait le même soir, celle-ci a choisi de rejeter le budget proposé. Et sur cette décision, on peut dire qu’il n’y a pas eu photo. Au total, seuls sept élus, dont le maire, ont voté pour l’adoption du budget sur les 29 membres qui composent le conseil municipal longipontain. Une situation qui risque de placer la commune sous la tutelle du Préfet de l’Essonne dans les prochains jours, mais qui dénote aussi un profond malaise au sein du conseil municipal.

Un budget cohérent ?

« Ne pas valider son budget est un cas assez rare, mais voir le maire adjoint en charge des finances ne pas l’adopter l’est encore plus ! », remarque Alain Lamour, chef de l’opposition de gauche. Car oui, l’adjoint en charge des finances, Patrick Gamache, qui a présenté le budget à ses collègues a choisi de ne pas l’approuver. Un geste que ne comprend pas le maire de la commune Philippe Hamon. « Voter contre le budget qu’il a lui-même élaboré est hallucinant ! », explique-t-il abasourdi. De son côté, l’adjoint tient à clarifier les choses. « Ce budget, ce n’est pas le mien, mais celui du maire. Sur ce dossier, je ne suis que le bras armé du maire. J’ai eu très peu de consignes et très peu de cadrages de sa part pour le composer, et le résultat ne me plaît pas. Voilà pourquoi je ne l’ai pas approuvé », confie Patrick Gamache.

À quoi peut-on résumer ce rejet massif de ce budget ? À une hausse importante des impôts. « Avec le contexte financier difficile pour notre commune et la baisse des dotations de l’Etat qui se chiffre à 500 000 euros, nous n’avions pas d’autres choix que d’augmenter les impôts pour se sortir de cette impasse », commente le maire. Ainsi, l’objectif annoncé était d’augmenter la taxe d’habitation de 20% et la taxe foncière de 22%. Sur le papier, peu de membres du conseil municipal remettent en cause une hausse des taux d’imposition. Par contre, c’est sur le niveau de cette hausse que les avis s’opposent. « Certes, nous sommes en faillite, reconnaît Patrick Gamache. Toutefois, la seule solution, c’est d’augmenter les impôts. Mais il faut que cela soit accompagné par d’autres mesures phares, sinon nous sommes amenés à augmenter encore les impôts de 20% dans deux ans ». Parmi ces mesures, celui-ci préconise notamment de baisser les charges concernant le personnel. Un argument repris en partie par le membre de l’opposition Alain Lamour. « Depuis son arrivée au pouvoir, M. Hamon a fait tout l’inverse. Il a augmenté les frais de personnels de 12,5% et recruté 20 personnes, passant de 78 à 98 postes ». Des remarques que le maire rejette. « Notre équipe n’a pas fait n’importe quoi en termes d’investissements. Nous avons réalisé des économies au maximum sur les charges de personnel et les charges générales, rapporte Philippe Hamon. C’est un budget cohérent ».

N’ayant pu adopter ce budget lundi dernier, le maire se résigne donc à voir sa commune placée sous tutelle du Préfet. « Le Préfet va saisir la Chambre régionale des comptes. Elle devra élaborer un budget très certainement sur les bases de celui qui a été refusé. Normalement, elle devrait l’approuver, car il est rationnel », assure Philippe Hamon. Une mise sous tutelle qui inquiète d’autres membres de la majorité qui ont choisi de rejeter le budget, parmi lesquels Michel Garcia. Ce dernier, maire adjoint en charge des travaux notamment estime qu’il est encore temps de faire évoluer les choses. « Nous avons jusqu’au 19 avril pour valider un budget. Avec des personnes comme Patrick Gamache, nous avons des pistes pour éviter cette mise sous tutelle avec des hausses d’impôts plus faibles, affirme Michel Garcia. Pour présenter ce plan, nous allons tout faire pour que le maire convoque en urgence un conseil municipal extraordinaire dans les prochaines heures ».

Un maire de plus en plus isolé

Sauf revirement de situation, la mise sous tutelle de Longpont semble inéluctable. En plus de voir les finances de sa commune bientôt inspectées par la Chambre régionale de comptes, le maire s’est donc vu désavoué par la quasitotalité de sa majorité. Un fait auquel, d’une moindre mesure, s’attendait l’édile longipontain. « Cela fait quelques mois que certains membres de mon équipe ont manifesté leur souhait de créer une dissidence dans la majorité. Leur rejet du budget en est l’expression », confie Philippe Hamon. Fin 2015, trois conseils municipaux avaient alors été boycottés par une partie de ces élus dissidents. « Ce qu’ils veulent, c’est la peau du maire », lâche Alain Lamour. Directement visé par l’ensemble de ces propos, Michel Garcia. Leader du groupe dissident « Transparence et démocratie » au sein de la majorité, ce dernier assume clairement son positionnement. « Le problème qui bloque la mairie et qui fait que nous en sommes là aujourd’hui, c’est que le maire n’est pas à la hauteur, lance l’adjoint en charge des travaux. À force d’essayer de le conseiller, on s’essouffle. Il y a une fracture avec le maire, mais pas avec le groupe. À ce titre, nous sommes la risée de toute la communauté d’agglomération ».

Ainsi, ce dernier demande purement et simplement que « le maire prenne ses responsabilités » suite à la non-approbation du budget. « Il serait opportun qu’il donne sa démission », glisse-t-il. Pour sa part, le maire est sans équivoque à ce sujet. « Il n’en est pas question ! », s’insurge Philippe Hamon qui crie à la manipulation. « Il y a une manipulation de grande ampleur motivée par des ambitions personnelles. Par exemple, le groupe Transparence et démocratie avait affirmé que s’il récupérait le poste de maire adjoint aux finances, il rentrerait dans le rang. Ce groupe a obtenu cette délégation, mais au final, ces membres votent contre le budget. Ils sont de mauvaise foi ! », poursuit le maire. De son côté, Alain Lamour voit les choses en grand. « Ils ont été élus ensemble. Qu’ils donnent tous leur démission ensemble ».

Pour le moment, la question d’une nouvelle élection municipale n’est pas d’actualité comme elle peut l’être à Saulx-les-Chartreux notamment. Mais le maire s’y prépare. « Potentiellement, s’il y a des démissions de conseillers municipaux, nous ne sommes pas à l’abri que cela arrive, admet-il. Mais j’espère que certaines personnes de la majorité ouvriront les yeux et verront le risque d’une nouvelle élection municipale à Longpont », conclut le maire. Nul doute que les prochains conseils municipaux seront animés…