La pièce n’est pas bien grande : neuf mètres carrés, quatre murs vert pastel, des tapis au sol, un trampoline, un ballon, et même un hamac suspendu au plafond. Voilà le petit jardin secret d’Alexis, sa salle d’éveil, son chez-lui. Âgé de cinq ans, le petit bonhomme souffre d’un autisme régressif diagnostiqué peu après ses deux ans. Depuis, ses parents, sa grand-mère et ses proches, font tout leur possible pour l’aider à se développer normalement. Jusqu’à délaisser les thérapies traditionnelles pour expérimenter une nouvelle méthode venue des Etats-Unis : celle dite « des 3i ».

S’épanouir par le jeu

Pour cela, ils se sont tournés vers l’association Autisme espoir vers l’école (AEVE) créée en 2005, qui forme des bénévoles pour mettre en place cette méthode. L’idée est simple : aider les personnes autistes à sortir de leur bulle par le jeu et l’éveil plus que par la volonté de « faire apprendre » : « La méthode a vu le jour il y a une dizaine d’années, explique Catherine de La Presle, directrice de l’association, l’idée est de stimuler les personnes autistes par le jeu pour rattraper leur retard de développement, notamment en ce qui concerne les connexions neuronales qui, chez eux, ne s’établissent pas toujours correctement ».

Un travail réalisé individuellement avec l’enfant, contrairement aux structures collectives qui rassemblent des personnes atteintes de types d’autismes différents. « Nous avons essayé plusieurs choses, raconte Lauranne Liechti, la mère d’Alexis, je me suis battu pour qu’il aille à la maternelle comme les autres enfants de son âge. On nous a aussi proposé de l’envoyer en Belgique dans une structure spécialisée où je ne l’aurais vu que les week-ends, mais il n’en était pas question. Je ne voulais surtout pas qu’il soit au contact d’enfants autistes plus atteints que lui, il aurait pu régresser  ». Pire, elle a vu son fils subir la pratique du « packing », qui consiste à envelopper les personnes autistes dans des draps mouillés et froids pour leur faire prendre conscience des limites de leur corps : « C’était dans un hôpital parisien, se souvient-elle, je ne les ai jamais rappelé  ».

Si Alexis bénéficie d’1h30 d’école par jour, il la passe la plupart du temps à jouer avec son auxiliaire de vie scolaire : « Il est encore un peu agité, c’est plus comme s’il était à la garderie, poursuit sa maman, alors lorsqu’une amie dont la sœur est bénévole pour l’AEVE m’a parlé de la méthode des 3i, je n’ai pas hésité. Quitte à jouer seul à seul avec quelqu’un, autant que ce soit avec nous  ».

En février dernier, elle a donc suivi la formation proposée par l’AEVE et aménagé une salle d’éveil avec vidéo pour filmer toutes les séances de jeu partagées avec son fils : « Nous avons réellement commencé il y a trois semaines, précise-t-elle, nous allons tester la méthode sur un an. Pour le moment, Alexis bénéficie de deux séances par jour, mais il lui en faudrait au moins le double. C’est pourquoi nous recherchons 30 à 40 bénévoles. Plus il sera stimulé, mieux ce sera  ».

Pour le moment, seule une quinzaine de personnes a répondu aux affiches placardées dans Evry et aux annonces passées sur les réseaux sociaux : « Ce sont surtout des membres de la famille ou des gens déjà sensibilisés à l’autisme  », admet Lauranne Liechti.

Sans bénévoles, rien n’est possible

Car c’est là que le bât blesse. La méthode des 3i fonctionne sur le triptyque « Intensive », « Individuelle » et « Interactive ». Pour qu’elle soit efficace, il faut que l’enfant puisse en bénéficier au moins 40 heures par semaine. Une prise en charge qui demande du temps, ce que tout le monde n’a pas : «  Il est très difficile de trouver des bénévoles dans la région parisienne, observe Catherine de La Presle, il s’agit de banlieues dortoir. Dans les villes comme Evry, il y a peu de retraités, les gens n’ont pas le temps de se mobiliser et il y a moins de lien social qu’ailleurs ».
Pourtant, la formation est gratuite et peu contraignante. Les bénévoles sont formés lors d’une première demi-journée théorique, puis au cours d’une seconde consacrée à la pratique et au jeu avec l’enfant. Ils sont ensuite suivis en continue et encadrés par le psychologue coordinateur. Le tout pour un total de 30 heures de formation annuelle la première année, puis 20 heures par la suite : « Le fait que ça repose sur du bénévolat n’encourage pas les gens, reconnaît Lauranne Liechti, mais on ne demande pas grand chose, simplement de la patience et de la compréhension  ».

Depuis 2005, l’AEVE a formé 15 000 bénévoles, 100 psychologues et pris en charge plus de 500 enfants dont 51% ont réintégré l’école ordinaire. La méthode, pas encore reconnue officiellement en France, pourrait l’être dans les prochaines années. Dans son rapport 2012, la Haute autorité de santé (HAS) recommande en effet la thérapie échange-développement dont l’approche, bien que moins intensive (2×20 min/semaine), est la même que pour les 3i. « Je crois que les professionnels du secteur, ou ceux qui souhaitent le devenir, devraient s’intéresser à cette méthode, estime Laëtitia, la tante d’Alexis. On leur donne une formation gratuite qui dans quelques années sera peut-être payante. Si la méthode devient reconnue, elle pourrait coûter jusqu’à 9 000 euros !  ».

Une méthode qui porte déjà ses fruits

Aujourd’hui, Alexis partage sa semaine entre rendez-vous chez le psychomotricien, séance de piscine, consultation chez le psychologue et séance de jeu et d’éveil avec ses parents et les bénévoles : « Ça prendra du temps, mais je suis optimiste, explique Lauranne Liechti. Il a déjà fait des progrès. Il est propre, je lui ai appris à se changer, il nous regarde plus souvent, il nous comprend. Les séances individuelles l’aident beaucoup  ». Il ne se comporterait d’ailleurs pas de la même façon avec sa famille qu’avec les bénévoles : « Il fait la différence, avec eux, il se permet moins de choses  », sourit Laëtitia.

Pour Alison Bardy, psychologue affiliée à l’AEVE qui suit Alexis depuis février, les choses sont sur la bonne voie : « Je ne l’ai vu que trois fois, mais il a déjà beaucoup d’outils pour progresser. Il aime jouer, croise nos regards, imite beaucoup et reste propre. Ça peut paraître anodin mais c’est une donnée importante. Souvent, nous remarquons que le langage ne se développe qu’après l’acquisition de la propreté  ». Elle dressera d’ailleurs un premier bilan début mai lors d’une réunion avec les parents et les bénévoles.

Alors que le petit « Spiderman », comme le surnomme sa mère car «  il grimpe partout  », remonte jouer dans sa salle d’éveil, il explique vouloir aller faire «  pipi  » : « Il arrive maintenant à prononcer ce mot, nous espérons que grâce au travail des bénévoles il communiquera davantage, qu’il trouvera un début d’autonomie et qu’il pourra retourner en milieu scolaire ordinaire, Lauranne Liechti. Avant son dépistage, il arrivait à prononcer les mots ‘’papa’’ et ‘’maman’’. Nous aimerions pouvoir revivre ça ».

Pour contacter M. et Mme Liechti :
Tel : 06 61 11 57 66
e-mail : yoshi16@live.fr
Plus d’information sur la page facebook « Pour qu’Alexis sorte de sa bulle » et sur www.autisme-espoir.org