« Assos de solidarité et établissements, pas banquiers ! ». Avec ce slogan, le décor est rapidement planté. Car ce jeudi 7 avril, plusieurs dizaines d’associations agissant dans le milieu de l’aide social ont manifesté à proximité du Conseil départemental de l’Essonne. En tout, entre 200 et 300 personnes ont fait le déplacement pour affirmer haut et fort leurs revendications. Signe que ce mouvement est encore très actif quelques semaines après son lancement.

Pour rappel, cette mobilisation des acteurs sociaux agissant sur le département prend ses racines en décembre 2015. Elle fait suite à l’annonce du Conseil départemental de revoir le mode de financement de ces structures initié par l’ancienne majorité. « Au total, nous avons hérité de nos prédécesseurs de 108 millions d’euros de factures impayées, expliquait récemment François Durovray, le président du Département. Les budgets votés au Département sous l’ancienne mandature prévoyaient de ne payer les factures que sur onze mois. Chaque année, cela s’est décalé d’un mois, et cela s’est empiré jusqu’en 2015, où nous n’avions plus les crédits à partir du mois d’août pour payer les établissements ». Afin d’opérer à un rééquilibrage rapide de la situation, ce dernier avec sa majorité a donc fait le choix d’étaler sur 6 ans les paiements dus à plusieurs centaines de structures dépendant du Département. Or, le protocole du CD n’a pas fait que des heureux. Plusieurs fédérations s’étaient alors liguées pour proposer une alternative au Département, afin de soulager les associations les plus en difficulté. Ces dernières proposaient au Conseil départemental de régler avant le 30 avril 2016 toutes les créances qui sont nées des dépenses au titre de l’exercice 2015.

« On a passé une étape »

Néanmoins, près de trois semaines après ces annonces, c’est le statu quo, ou presque. En effet, si aucune entrevue n’a pu être organisée durant ce laps de temps, une date semble arrêtée pour cette semaine. « Sauf incident de dernière minute, nous aurons enfin un rendez-vous avec le président du Conseil départemental ce jeudi [14 avril], se félicite Maryse Lépée, présidente de l’Uriopss IDF. Mais pour en arriver là, il faut constamment faire monter la pression ».

Maintenir la pression, voilà quel était le but du rassemblement du 7 avril dernier. Plus de 200 personnes étaient présentes devant le bâtiment du Conseil départemental, ou plutôt, devant les portes de la Cité administrative d’Évry. Les portes menant au Conseil départemental étant restées closes et gardées par les forces de l’ordre. « Il faut croire que nous leur faisons peur », ironise la présidente de l’Uriopss IDF, satisfaite de voir autant de monde à ce rendez-vous improvisé il y a peu. « C’est une belle mobilisation, note Maryse Lépée. Mais le plus important, c’est que le personnel associatif n’est plus seul à manifester. Désormais, les personnes qui fréquentent ces associations et même leur famille se battent à leur tour à nos côtés. On peut vraiment dire que nous avons passé une étape », se congratule cette dernière.

03

Outre le personnel associatifs, les personnes qui transitent par ces structures et leurs familles étaient mobilisées aussi (JL/EI)

Au cœur de cette foule, plusieurs associations qui agissent en Essonne sont ainsi représentées. Parmi elles se trouve une structure yerroise : l’établissement et service d’aide par le travail (ESAT) de la Châtaigneraie. Cet établissement rattaché à l’association Altérité a pour but de « favoriser l’insertion de personnes en situation de handicap dans le cadre d’une embauche en milieu ordinaire, relate une de ses membres. Notre but est de faire en sorte que ces personnes puissent avoir un emploi, un salaire, un logement et donc d’être insérées dans la société ». Or, le protocole présenté ne peut convenir à cette structure qui ne pourrait supporter l’effort budgétaire demandé par le Conseil départemental. « Avec des moyens financiers en moins, cela signifie que l’organisation serait remaniée et revue à la baisse, continue la membre de l’association. L’accueil des personnes pourrait être gravement impacté ». « Sans cette association, je serais au RSA et peut-être à la rue, lance un homme de 47 ans rattaché à cette structure. Aujourd’hui, l’association m’a permis de trouver un travail aux espaces verts de la commune. Je suis placé en famille d’accueil. C’est important d’avoir des piliers comme eux, car la vie est très dure ». Des associations comme celle-ci, il y en avait des dizaines dans la foule ce jeudi soir.

Certaines associations ont dit « oui »

Même si ce mouvement semble s’intensifier avec le temps, toutes les fédérations évoluant dans le milieu de l’aide sociale ne figurent pas parmi les « manifestants ». Quelques-unes d’entre elles ont d’ailleurs fait le choix inverse en signant le protocole du Conseil départemental. Ce lundi 11 avril, neuf associations se sont vu valider un paiement des créances impayées à l’égard du Département. Ces dernières se sont partagé plus de 9 millions d’euros. Outre la Croix-Rouge française ou l’association Œuvre normande des mères, figure l’association des amis de la fondation Serge Dassault de Corbeil-Essonnes et de Mennecy. Son directeur général se dit d’ailleurs « très satisfait » de la signature de ce protocole. « Nous faisons notre entrée dans un contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens avec le Département. Nous allons bénéficier d’une négociation pour les cinq prochaines années. Cela sous-entend qu’il y aura une automaticité des versements durant 5 ans », résume Pierre Rius. À l’inverse des autres fédérations qui poursuivent leur combat, celui-ci semble donc conquis par cette formule. « J’apprécie la décision de nous appliquer le tarif moyen dès janvier, ajoute Pierre Rius. Avant la dotation était très haute ou très basse ».

05

L’association des amis de la fondation Serge Dassault de Corbeil-Essonnes fait partie des premiers signataires du protocole du CD (JL/EI)

Si ce dernier ne commente pas le mouvement de contestation, Maryse Lépée de l’Uriopss se permet un commentaire sur les structures signataires du protocole de l’ex-CG. « Pour ces associations-là, le problème est différent du nôtre. Celles-ci peuvent supporter un effort de trésorerie, alors que nous, non ». Un facteur qui fait la différence pour cette dernière. Reste maintenant à savoir si le rendez-vous du 14 avril permettra aux différents acteurs de trouver une issue favorable pour tous sur ce dossier brûlant.