« Au-delà des actes symboliques, ne devions-nous pas aller plus loin en mettant en place un moment de dialogue, de rencontre, où chacun pourrait faire des propositions légitimes ? ». C’est en ces termes que le maire d’Evry, Francis Chouat, a ouvert le conseil municipal extraordinaire qui se tenait jeudi 7 avril à la l’Hôtel de ville. Faisant suite aux terribles attentats survenus durant l’année 2015, ce débat devait permettre aux habitants, élus et représentants de la société civile de s’exprimer sur les valeurs de la République. L’invitation à cette discussion se voulait large. « C’est un rendez-vous où les gens de tous âges, de toutes origines et de toutes confessions sont conviés à venir débattre », reprend le maire d’Evry. La salle du Conseil de la mairie d’Evry était même trop petite pour accueillir tout le public qui pouvait suivre cette séance du conseil municipal dans le hall.

Pour préparer cette rencontre, plusieurs ateliers préparatoires ont eu lieu en janvier et février derniers et certains élus de la ville ont même bénéficié de formations sur le sujet. Divisée en trois temps, cette séance devait permettre aux Evryens de discuter de sujets comme le vivre-ensemble, le phénomène de la radicalisation ou encore de la laïcité. Et c’est précisément cette dernière qui était au centre des échanges. « Nous devons faire vivre la laïcité par des actes, a rappelé le premier magistrat de la ville. Mon ressenti, c’est qu’elle s’étiole. C’est devenu, au mieux une option possible dans l’appartenance à la République française, au pire une atteinte à la liberté et à l’égalité réelle entre hommes et femmes ».

Se questionner sur la lutte contre la radicalisation

Cette soirée était ainsi l’occasion de pouvoir comprendre la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Une société dont certains ont choisi de se mettre en marge en choisissant la voie de la radicalisation. C’est pourquoi de nombreux intervenants en début de ce temps ont choisi de faire le point sur les grandes valeurs de la République et du vivre-ensemble, parmi lesquelles la laïcité. « La laïcité ne signifie pas l’athéisme d’Etat. C’est une formule qui permet de vivre ensemble en bonne harmonie. Je suis d’ailleurs choqué de devoir le rappeler si souvent, mais dans le contexte actuel, cela paraît plus que nécessaire », lance le préfet de l’Essonne Bernard Schmeltz. « Je suis surpris du sens que certains donnent au terme de la laïcité, rétorque un homme évoluant dans le milieu associatif d’Evry. Dans certains quartiers, ne pas comprendre le mot ‘’laïcité’’ peut créer d’énormes conflits ».

Même constat pour une autre membre de maison de quartier. Si celle-ci affirme savoir quoi faire pour remédier à ce problème, un autre souci pour le moment sans réponse se présente à elle. « Sur la radicalisation des personnes et des jeunes notamment, je ne sais pas trop comment faire, confesse-t-elle. Et le vrai problème, c’est le désengagement de certaines associations sur ce sujet-là. Il faut des associations actives ! ». Comme solution, les acteurs institutionnels avancent la mise en place de formations à ce sujet. « La préfecture donne des formations aux organismes qui en font la demande, assure Joël Mathurin, préfet délégué à l’égalité des chances. Il faut que ces enjeux rentrent dans l’esprit des associations, mais aussi des collectivités territoriales, car c’est un projet sur le long terme ».

Au cours de cette soirée, quelques solutions vont être émises à ce sujet par les différents intervenants pour endiguer la progression du phénomène de radicalisation. Des soirées-débats autour de documentaires ou encore le rôle de l’école dans la transmission des valeurs républicaines sont notamment évoqués. « Nous apportons un complément d’information sur ces valeurs auprès des enfants. Mais l’école ne peut pas tout faire, il y a aussi le rôle de la famille, explique une professeure de collège. Cependant, nous pourrions améliorer notre accompagnement de cette jeunesse ». « La laïcité ne va pas de soi, elle s’apprend. Toutefois, on ne fera pas de discipline s’appelant le ‘’vivre-ensemble’’, car on le fait chaque jour avec les équipes pédagogiques », renchérit Lionel Tarlet, le directeur académique de l’Essonne.

Des solutions pour prévenir la radicalisation, il en faut, mais « il en faut aussi pour déradicaliser », lance Joseph Nouvellon, conseiller municipal d’opposition. « J’ai d’ailleurs eu un entretien avec des jeunes qui me laisse penser que ce sera difficile », poursuit ce dernier.

Evry approuve son pacte

Des idées et des pistes pour envisager un meilleur ‘’vivre-ensemble’’ ont donc été avancées ce jeudi soir en plus de trois heures de discussion. Pourtant, si cette soirée a pu ravir une partie de l’assemblée « malgré la relative difficulté pour lancer les débats en début de soirée », rappelle Francis Chouat, ce temps en a laissé quelques-uns perplexes. « Tous les intervenants de cette soirée sont des représentants institutionnels ou des associatifs. Dommage qu’il n’y ait pas plus d’habitants qui ne soient pas militants lors de cette soirée », regrette un homme engagé dans le quartier du Champtier du Coq. « C’était un peu trop institutionnalisé à mon sens. Cela ne pouvait pas permettre la tenue d’un vrai débat, même si cela était intéressant », ajoute une femme à la sortie.

Cette soirée inédite aura tout de même débouché sur le vote concernant l’approbation du « pacte républicain et laïque d’Evry ». Considérant que « l’ignorance de l’autre, la violence et le non-respect de la dignité de la personne ainsi que les injustices sociales et économiques sont le terreau des replis identitaires, Evry s’engage par le présent pacte républicain laïc à respecter et faire vivre les principes de la laïcité tels qu’ils résultent de l’histoire et des lois de la République », peut-on lire en préambule. « C’est un socle sur lequel nous allons encore travailler », résume Francis Chouat qui garantit que d’autres soirées de ce genre suivront. Les Evryens seront donc mis à contribution. Une chose que souhaite aussi l’opposition communale. Celle-ci en a profité pour inviter le conseil municipal à se pencher sur une motion relative « à la mise en place d’un temps de parole au public en fin de chaque conseil municipal ». Cependant, elle n’a pas été mise au vote.