Pour la présentation de leur résidence photographique dans le cadre de l’Oeil Urbain, le duo Epectase a livré une prestation haute en couleur, vendredi soir à la Commanderie de Corbeil-Essonnes. Leur exposition Le candidat est un clin d’oeil appuyé à un autre « monarque » local, l’industriel et ancien maire Serge Dassault.

L'artiste d'Epectase dévoile une plaque symbolique dédiée au "Roi de Corbeil"

L’artiste d’Epectase dévoile une plaque symbolique dédiée au « Roi de Corbeil » (DR)

Il flotte comme une ambiance surréaliste, devant la Commanderie Saint-Jean, ce vendredi soir. A l’heure du lancement de la 4ème édition du festival photographique l’Oeil Urbain, le public investit peu à peu les lieux, et déjà, un bruit sourd parvient de l’intérieur de l’ancienne chapelle. Une fois la porte de l’édifice passée, le son se précise. Comme une bande sonore, des slogans sont débités par un mégaphone. « Je vous ai compris », « La France forte », « je vous aime », le performer d’Epectase matraque ses tirades, installé sur un cheval rose à bascule et en tenue « royale ». Dès les premiers mètres de la galerie d’exposition, l’un des compères du duo distribue quant à lui des enveloppes aux visiteurs. A l’intérieur de celles-ci, des (faux) billets de banque, le cadre est posé.

La vingtaine de clichés exposés de la série Le candidat mettent en scène le personnage dans des différentes situations loufoques voire absurdes au sein de la ville et son environnement. Car la particularité d’Epectase, c’est ce travail entre le photographe et son modèle, qui forment le duo, à la recherche du cadre qui va bousculer notre entendement. Epectase va réussir à se saisir de chaque lieu et ses aspérités, bien souvent atypique, comme terrain de jeu de ce mystérieux candidat. Au milieu des champs, sur son cheval en bas d’habitations, au cimetière comme avec des enfants, et bien sûr devant la mairie de Corbeil-Essonnes, le personnage semble déambuler comme chez lui dans cette diversité de cadres et situations. Une approche photographique qui possède des similitudes avec certaines pratiques d’art contemporain.

Et l’artiste est complètement dans son rôle en ce soir d’inauguration de l’exposition. « Corbeillois, Corbeilloises, je vous ai compris. Vous avez eu un roi, vous en aurez un autre » lâche Epectase 1er au public venu découvrir l’exposition. Sur son cheval rose, cette fois en bois (à dos de poney peint en rose sur les photographies), le performer harangue les spectateurs derrière une vitre. Puis vient le temps des discours officiels. La situation cocasse n’empêche pas le représentant de la municipalité de rappeler qu’il a « participé à choisir » le duo pour la résidence de l’Oeil Urbain. Imperturbable, le premier adjoint au maire de Corbeil-Essonnes et chargé de la culture, Jean-Michel Fritz vante plutôt le travail d’Epectase, « franchissant les clôtures de la bien-séance, et qui sait détourner les codes, pratiquer la dérision ». Non sans ajouter que dans pareille situation, « si d’aucun font mauvaise figure, c’est qu’ils se sont levés du mauvais pied. Il faut souvent être déraisonnable pour comprendre un monde qui marche sur la tête ».

Après la petite cérémonie d’ouverture, Epectase 1er revient au milieu des clichés le représentant. Un second événement est mis symboliquement à l’honneur par les artistes. Au dessus des photographies exposées, un drap blanc tenu d’un bout de ficelle attend d’être enlevé. Le roi de la soirée dévoile une première plaque au nom de « avenue du Roi de Corbeil », puis une seconde où l’on peut lire « avenue Serge Dassault ». Après quelques applaudissements et selfies avec ses nouveaux fans, Epectase 1er nous en dit plus sur la signification de cet hommage :

« Quand un roi arrive au pouvoir, il est normal qu’il rende hommage à son prédécesseur. Serge Dassault a apporté à cette ville un certain élan démocratique. Je le considère un peu comme un grand frère, un parrain »

Ironie du sort, on apprenait le même soir que l’inauguration de la bien réelle avenue Serge Dassault, prévue à l’origine ce 4 avril, avait été repoussée à une date ultérieure en attente de l’avancée des travaux. Cette nouvelle voie doit commencer au niveau de la N7 (actuel boulevard Jean Jaurès) puis rejoindra la gare par la Montagne des Glaises.

Avant de partir, le nouveau « roi » Epectase 1er n’oublie pas de glisser à son public : « n’hésitez pas à hashtaguer #Epectase, je suis un roi de la modernité ».

le "Roi" Epectase durant le discours de l'adjoint au maire Jean-Michel Fritz

Le « Roi » Epectase durant le discours de l’adjoint au maire de Corbeil-Essonnes (DR)

Le candidat & L’étranger d’Epectase, à la Commanderie Saint-Jean (rue Widmer à Corbeil-Essonnes), jusqu’au 22  mai 2016. Entrée libre, ouverture du mercredi au dimanche, de 14h à 18h

Les expositions du festival l’Oeil Urbain