A Montgeron, cela fait déjà quelques semaines que le torchon brûle entre Sylvie Carillon, la maire de la commune, et une de ses adjointes, Martine Boulay. Soutenue par sa majorité, la maire mettra au vote le retrait des délégations de cette dernière lors du prochain conseil municipal de ce lundi 4 avril.

Comment en est-on arrivé là ? Élue sur la liste du candidat soutenu par l’UMP en 2014, un certain François Durovray, Martine Boulay prend place au sein de l’exécutif communal et récupère une délégation importante, celle regroupant les affaires générales et les finances. « Durant cette période, même si la charge de travail était lourde, j’ai tout donné pour les habitants. J’y ai pris beaucoup de plaisir », se souvient celle qui a été par le passé maire adjointe dans la commune voisine de Crosne. Or, cela va se gâter sur la deuxième année du mandat. En effet, suite à l’élection de François Durovray à la tête du Conseil départemental de l’Essonne, celui-ci démissionne de ses fonctions de maire de Montgeron. C’est finalement sa première adjointe de l’époque, Sylvie Carillon qui lui succède, François Durovray prenant la place de premier adjoint et une partie des délégations de Martine Boulay, celles concernant les finances. « C’est à partir de ce moment-là que tout a changé au sein de l’équipe municipale en termes relationnels », déplore Martine Boulay. Un sentiment que partage également pour d’autres raisons la nouvelle maire qui a donc décidé de mettre à l’index Martine Boulay.

L’intérêt personnel plutôt que l’intérêt général ?

« Quand nous avons pris nos fonctions, nous avons tous signé une charte déontologique de bonne conduite. Or, Madame Boulay l’a outrepassé à plusieurs reprises, affirme Sylvie Carillon. Voilà pourquoi j’ai choisi de lui retirer ses délégations ». Que lui est-il reproché ? « Madame Carillon me reproche le fait que je veuille respecter les engagements que nous avons pris durant la campagne pour les Montgeronnais », lance Martine Boulay. Cette dernière s’est opposée au reste de la majorité sur des questions de fiscalité, notamment contre la hausse des impôts votée par le Département, et sur des dossiers concernant l’urbanisme. « Je me suis dressée notamment contre la construction d’un immeuble de 57 logements en entrée de ville. Nous avions promis son annulation. Toutefois, Madame Carillon souhaite modifier le règlement d’urbanisme pour autoriser sa création et qui nuira à la circulation dans cette zone », rappelle la maire adjointe. « Ce qu’elle avance est faux ! J’ai personnellement refusé le permis de construire. Je me bats pour que nous puissions réduire ses bâtiments en hauteur. On ne veut pas non plus modifier le PLU », rétorque Sylvie Carillon.

S’appuyant sur cet exemple, Martine Boulay tente de dénoncer la manière de faire de la maire de Montgeron. « Quand François Durovray était maire, on pouvait discuter et exprimer nos convictions. Il y avait parfois des avis divergents, mais on se respectait. Avec Sylvie Carillon, cela n’existe plus », regrette-t-elle. « Par ses remarques, c’est elle qui s’est mise en marge de la majorité. Et c’est ma responsabilité de maire de prendre des décisions comme celle-ci pour favoriser la cohérence de l’équipe. Cela n’a pas été si simple que cela », analyse Sylvie Carillon. « Elle fait passer son intérêt personnel avant l’intérêt général. Quel gâchis ! », peste Martine Boulay. Ironie du sort ou pur des hasards, c’est exactement cette même maxime qu’utilise la maire pour qualifier le caractère de son adjointe.

Évincée à cause de sa proximité avec NDA ?

La sanction devrait donc tomber ce lundi 4 avril pour Martine Boulay. Alors qu’elle s’apprête à redevenir simple conseillère municipale, celle-ci s’était déjà fait évincer quelques semaines auparavant du conseil communautaire. Avec la création de la nouvelle intercommunalité Val d’Yerres Val de Seine, la commune de Montgeron devait élire ses nouveaux conseillers. Vice-présidente sortante en charge de l’environnement à la CASVS, celle-ci a pourtant dû assister à l’installation du nouveau conseil communautaire des tribunes. « Au mois de novembre, je figurais sur la liste des personnes souhaitant intégrer le nouveau conseil de communauté. Au moment du vote en conseil municipal (Ndlr : le 7 mars dernier), j’ai découvert une heure et demie avant le vote que je ne figurais plus dans cette liste. J’ai trouvé que c’était une attitude cavalière et très lâche », assure Martine Boulay. « La ville est passée de 16 représentants à 10. Il a fallu faire des choix », indique Sylvie Carillon qui fait mention des différends entre Martine Boulay et le reste de la majorité sur certains dossiers pour justifier ce choix. Une absence que certains ont souhaité faire remarquer le soir de l’installation du nouveau conseil. « Je souhaite rendre hommage à Martine Boulay qui ne siège plus ici alors qu’elle était vice-présidente dans l’une des anciennes agglos », avait alors lancé Christophe Joseph (MRC), membre de l’opposition montgeronnaise.

Enfin, cette série d’évictions pourrait aussi s’expliquer par sa proximité avec le député-maire de Yerres et président de Debout La France (DLF), Nicolas Dupont-Aignan. Martine Boulay apparaissait d’ailleurs en deuxième position sur la dernière liste essonnienne conduite par NDA aux dernières élections régionales. « Nicolas Dupont-Aignan est droit, loyal et constant. Seulement, il dérange, car il pèse sur le département. Pour certaines personnes, il n’est pas bon de figurer à ses côtés », explique l’adjointe. Ainsi, Martine Boulay paierait-elle sa proximité avec NDA comme d’autres avant elle à Brunoy ou à Saintry-sur-Seine ? « Non », répond la maire. « Au sein de mon conseil municipal, j’ai des gens de DLF, et je n’ai aucun problème avec eux. Ils ont même soutenu unanimement ma demande de retirer les délégations de Martine Boulay ».

Le prochain conseil risque donc d’être mouvementé ce lundi soir. Ayant déjà anticipé le résultat du vote, Martine Boulay a pris les devants pour expliquer à la population ce qu’elle comptait faire par la suite par le biais d’une lettre. « Je reste conseillère municipale et fidèle à l’engagement que j’ai pris devant les Montgeronnais. Je soutiendrai la municipalité lorsqu’elle restera fidèle au pacte qu’elle s’est fixé en 2014, car je ne souhaite pas créer de divisions », conclut-elle.