Le 3 mars dernier, Médiapart révélait au sein d’une de leurs investigations qu’une assistante parlementaire serait mêlée à une affaire de « dépenses frauduleuses au sein de l’Assemblée ». Cette personne n’est autre que Fatoumata Koïta. Bien connue à Évry, ville dans laquelle elle siège au conseil municipal en tant que maire-adjointe en charge de l’enfance et des services périscolaires, cette dernière est au cœur d’une polémique dont la presse fait état depuis près d’un mois. En effet, celle-ci est suspectée d’avoir détourné l’argent de Saïd Boinali, député apparenté PS de Mayotte dont elle est l’attachée parlementaire à l’Assemblée.

Comme le révèle Médiapart, l’élue évryenne aurait réalisé des « achats sur internet, des sorties cinéma, ou encore des sorties shopping chez Mango, Zara ou Sephora, voire des achats de billets d’avion » pour un montant qui « pourrait atteindre quelques dizaines de milliers d’euros ». Le problème selon le site d’information, c’est que pour effectuer ces achats, la jeune femme de 32 ans aurait utilisé le « compte personnel, mais aussi le compte IRFM (Ndlr : Indemnité représentative de frais de mandat) du député ». Ce compte étant approvisionné chaque mois par l’Assemblée nationale à hauteur de 5 700 euros par mois « pour couvrir les dépenses exclusivement « professionnelles » du député ».

L’enquête suit son cours

Une enquête a ainsi été ouverte par le tribunal d’Évry. « Courant juin 2015, le parquet d’Évry a été saisi par le procureur de la République du tribunal de grande instance de Mamoudzou à Mayotte, d’une enquête relative à des faits de falsification de chèques et usage dénoncés par M. Saïd Boinali », confirme Éric Lallement, procureur de la République d’Évry. Ces faits portent sur l’utilisation frauduleuse de « deux chéquiers mis à disposition de ce parlementaire » qui pouvaient avoir en partie été « utilisés par Fatoumata Koïta », ajoute-t-il. Dans le cadre des investigations menées, l’élue évryenne a été entendue et « a reconnu avoir frauduleusement utilisé six formules de chèques et la carte bancaire mise à disposition » du député de Mayotte, reprend le procureur de la République d’Évry. Ce dernier a notamment annoncé qu’une enquête préliminaire complémentaire avait été demandée, car « il y a avait besoin d’un complément d’information, concernant le montant exact des détournements opérés ».

Restée muette sur le sujet depuis sa parution dans la presse, Fatoumata Koïta ne souhaite pour l’heure toujours pas communiquer directement sur cette affaire. De son côté, son avocat souhaite remettre les choses dans leur contexte. « Pour le moment, elle n’est accusée de rien, lance Me Hugo Pouillaude. Nous sommes encore au stade de l’enquête préliminaire dont l’objectif est de contrôler à qui est imputable ces différentes dépenses », précise ce dernier confiant sur les débouchés de cette affaire.

« Elle doit prendre ses responsabilités »

L’enquête suit donc son cours. Toutefois, cette affaire a déjà fait quelques remous dans la classe politique locale. Suite à la parution de l’article de Médiapart, celle-ci a choisi de prendre du recul. Au Conseil départemental où elle a été élue il y tout juste un an, elle a ainsi manqué la dernière séance publique. « Elle est en retrait en attendant les avancées de la procédure », relate son binôme sur le canton d’Évry, Ronan Fleury. Même constat lors du dernier conseil municipal d’Évry qui s’est tenu le 24 mars dernier.

Si François Durovray, le président du Conseil départemental ne souhaite pour le moment pas réagir sur cette affaire à l’échelon du Département, ce n’est pas forcément le cas du maire d’Évry Francis Chouat qui a lancé un pic à son adjointe lors du dernier conseil. Bien que celui-ci indique « ne pas vouloir commenter cette enquête », car cela ne concerne « ni de près ni de loin la commune », ce dernier en a profité pour rappeler à l’élue évryenne « qu’il lui appartient de prendre ses responsabilités ». Rappelant son souhait de garantir « l’exemplarité et l’intégrité des élus sur la commune », Francis Chouat a tout de même choisi de lui retirer temporairement ses délégations. Une décision que ne semble pas digérer la jeune femme. « Je comprends les paroles lancées par Francis Chouat. Pourtant, je pense avoir droit à la présomption d’innocence dans cette histoire. Je ne suis pas mise en examen à l’inverse d’autres élus en France », s’insurge cette dernière qui n’envisage pas de rendre ses mandats. « Loin de moi cette idée, glisse-t-elle. C’est une affaire traitant du domaine professionnel, mais qui n’interagit pas sur mes fonctions à la ville d’Évry et au Département ». Des propos relayés par son avocat. « Il ne s’agit pas d’un dossier politico-judiciaire », renchérit Me Pouillaude. Ainsi, laissons le temps judiciaire faire son œuvre dans cette affaire.