Une classe du collège l’Ermitage de Soisy-sur-Seine a réalisé un drapeau républicain en hommage aux victimes des fusillades du 13 novembre. Inauguré ce vendredi 25 mars, cet événement a pris une résonance plus forte encore quelques jours après les attentats en Belgique.

 

« Pour leur rendre hommage, les soldats avaient les monuments aux Morts. Mais les victimes des attentats, qu’avaient-elles pour nous permettre de les honorer ? Maintenant, on peut dire qu’elles ont quelque chose ». Par ces mots, François Durovray, le président du Conseil départemental de l’Essonne résume la portée de l’action réalisée par des élèves du collège l’Ermitage de Soisy-sur-Seine. Plus précisément, il s’agit du travail des 27 élèves de la classe de 4e5 et de leur enseignante de lettres, Isabelle Perciaux. Mais cette action, quelle est-elle ?

Il s’agit d’un drapeau républicain. Ce dernier trouve ses racines dans les jours qui ont suivi les terribles attentats du 13 novembre. 130 personnes avaient alors trouvé la mort que ce soit au Bataclan, aux terrasses de café ou aux abords du Stade de France. Le premier jour de classe qui suivait ces actes inqualifiables, il a été demandé au corps enseignant « d’accompagner les élèves et de les aider à comprendre les enjeux de ce qu’ils avaient pu voir, rappelle Ludovic Lecos, principal du collège. Telle a été la mission confiée par le ministère de l’Education Nationale. Cela n’aurait pas été le cas, nul doute que le personnel du collège s’en serait acquitté ».

Des témoignages poignants

Ce travail d’accompagnement autour des élèves a donc débuté le lundi 16 novembre dernier. « La 4e5 était ma dernière classe de la matinée. Ils avaient déjà discuté de cela avec deux professeurs avant de venir dans mon cours, mais je n’ai pas hésité, j’ai laissé l’étude des lettres de la Marquise de Sévigné », se remémore Isabelle Perciaux. Mais pour parler de ces événements tragiques, la professeure de lettres a employé un autre moyen que l’oral pour que les jeunes puissent exprimer leurs ressentis. « Il m’est alors apparu évident de leur permettre de s’exprimer par écrit au travers d’une lettre, reprend Isabelle Perciaux. Le passage par l’écrit permet d’ailleurs de dire les choses autrement, voire de dire plus de choses ».

Les jeunes collégiens de cette classe de quatrième se sont donc livrés à un travail de rédaction. Le choix du destinataire était libre. Certains ont donc souhaité rassurer des membres de leur famille, quand d’autres ont choisi d’interpeller directement le Président de la République. À la sortie de ce cours « pas comme les autres », l’enseignante ramasse l’ensemble des lettres. Elle se souvient encore de cet instant. « J’ai été terriblement émue. J’ai pris conscience de leurs peurs, de leurs angoisses et de leurs espérances ». « Tu étais sûrement inquiète, écrit Cédric un jeune, membre de la 4e5 à sa grand-mère. Je voulais juste te dire que tout allait bien. Nous étions à une compétition de tennis de table avec papa ». « Des gens voulaient juste boire un verre. C’est un vendredi 13 qui ne pouvait pas finir plus mal […]. Je viens de faire la minute de silence, et ce silence… c’est comme après les carnages… », transcrit Hanna dans une lettre à destination des proches des victimes. « Nous avons commencé l’année avec l’attentat de Charlie Hebdo et nous la finirons avec ces attentats… Mais il ne faut pas se démoraliser ! Gardons espoir […] Et puis je pense d’abord que tous ces terroristes ne sont ni musulmans, ni juifs, ni chrétiens, ni rien ; mais juste inhumains et incompréhensibles », note Maeva qui interpelle François Hollande.

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Une partie des auteurs de ces courriers, les 4ème5 (JL/EI)

Souhaitant faire partager la lecture de ces textes poignants au plus grand nombre, une idée a finalement germé dans l’esprit de cette enseignante. « Il m’est venu l’idée de confectionner un drapeau bleu-blanc-rouge réunissant les 27 lettres et de l’afficher dans notre collège », indique cette dernière. Avec le concours du principal de l’établissement et d’un parent d’élève imprimeur, ce drapeau tricolore singulier a vu le jour. « Quand nous l’avons déplié début janvier, nous l’avons trouvé bouleversant », réagit Isabelle Perciaux.

Un véritable travail de mémoire

Ainsi, ce drapeau républicain a fait l’objet d’une inauguration en bonne et due forme ce vendredi 25 mars en présence des élèves, professeurs, élus des communes et du département et du directeur académique. Tous ont salué cette initiative qui réaffirme le « vivre ensemble ». C’est même devenu un « véritable travail de mémoire », souligne Lionel Tarlet le directeur académique de l’Essonne. Celui-ci n’hésite pas à comparer ce travail aux courriers écrits par les soldats de la Première Guerre mondiale. « Il y a un vrai parallèle avec les lettres des Poilus. Dans ces lignes, on y retrouve l’espoir, l’angoisse, la dérision, lance Lionel Tarlet. La force des mots est un puissant outil de recul et de dialogue ». À l’instar des courriers des soldats de la Der des ders, ces lettres seront « peut-être étudiées à leur tour un jour », lâche François Durovray.

Mais d’ici là, le drapeau va orner les murs du collège et les textes seront à la vue de tous les enfants qui y passeront. « Il va concourir au prix de l’éducation citoyenne qui sera remis le 14 avril prochain, ajoute le directeur académique, visiblement fier de ce projet. En Essonne, près de 800 projets avaient vu le jour après les attentats de Charlie Hebdo dans les écoles, collèges et lycées. Il y en avait eu beaucoup moins en novembre dernier. Ce constat nous ferait presque croire qu’on s’habitue à des événements pareils ». Ce n’est qu’une apparence…