« Quel gâchis ! ». Ces mots reviennent fréquemment dans la bouche des élus de Saulx-les-Chartreux ces dernières semaines. En effet, cette petite commune aux accents ruraux du nord du département, rendue tristement célèbre par le crash d’un Boeing de la compagnie Varig en 1973, essuie une vraie crise politique. Si bien que les Salucéens s’apprêtent à voter une nouvelle fois pour élire un nouveau maire dans les prochaines semaines.

La cause de l’organisation de ces élections municipales anticipées ? Des vagues de démissions successives au sein du conseil municipal. Et cela ne date pas d’hier. Les premières démissions ont été enregistrées dès 2014, date de la prise de fonction de cette équipe municipale. À l’époque, c’était Jacques Bisson, le leader de l’opposition salucéenne qui avait claqué la porte du conseil à cause d’une « mauvaise entente » avec les membres de son groupe d’opposition, rappelle-t-il. En 2015, rebelote. Cette fois-ci, il s’agissait de membres de la majorité. Comme le dit le vieil adage : « jamais deux sans trois », l’année 2016 fut donc elle aussi marquée par les démissions des membres de l’opposition. Si bien qu’au total, seuls 19 conseillers sur un total de 29 se sont présentés au dernier conseil municipal de mars dernier. « Le problème, c’est que suite aux démissions, nous avons épuisé les listes et plus personne ne peut remplacer les démissionnaires », explique Jean Flégeo, le maire de la commune. Dans ce cas, la réglementation stipule que pour les communes de plus de 1 000 habitants, « il est procédé à des élections partielles lorsque le conseil municipal a perdu au moins un tiers de ses membres et que le système du suivant de liste ne peut plus être appliqué », indique la Préfecture de l’Essonne. « Le tiers de sièges vacants est atteint de très peu. Ça s’est joué à une démission près », note le maire.

C’est pourquoi la commune se voit contrainte d’organiser une nouvelle élection pour renouveler intégralement son conseil. Celle-ci se tiendra « dans les trois mois qui suivent la dernière vacance », reprend les services de l’Etat.

L’urbanisme a mis le feu aux poudres

Comment en est-on arrivé là ? « C’est la conjugaison de plusieurs facteurs », résume Laurence Auffret-Dème, ancienne maire-adjointe, démissionnaire du conseil en mars 2015. Mais un sujet en particulier semble avoir mis le feu aux poudres. Il s’agit de l’urbanisme. Avec l’Îlot de l’Église, la Grande-Fontaine, la ZAC du Moulin… les projets immobiliers ne manquent pas sur la commune. Et c’est bien là que réside le problème selon certains. « Sur la ZAC du Moulin, c’est un projet de 350 logements à la base. Seulement, on s’est rendu compte par la suite que le projet s’était densifié pour atteindre 600 logements. Je ne suis pas contre le fait de construire, mais il y a un rythme à respecter. Là c’est trop d’un coup », lance Laurence Auffret-Dème. Des remarques que ne digère pas le maire de la commune. « Nous avons composé le programme ensemble. Avant de démissionner, ils avaient donné leur accord pour entamer les travaux », assure Jean Flégeo. Celui-ci reconnaît cependant que le nombre de logements a presque doublé depuis le lancement de l’étude. Toutefois, selon lui, tout est calculé. « Quand on fait une ZAC on parle de surface en mètre carré. A la base, il était question de 40 000 m². Aujourd’hui c’est toujours le cas. Nous avons juste choisi de revoir les plans et de faire moins de logements 5 pièces que prévu, en les remplaçant par des 2 pièces. Voilà pourquoi il y a plus de logements au final. C’est un choix plus judicieux », argumente ce dernier.

Pour autant, le discours du maire ne fait pas l’unanimité auprès des anciens membres du conseil municipal et notamment dans les rangs de l’opposition. « Avec cet essor de construction, cela va à l’encontre de l’esprit village de Saulx-les-Chartreux », ajoute Stéphane Bazile, ancien membre de l’opposition qui a démissionné en février dernier. « Avec ces logements, on va passer de 5 500 habitants à 7 000 en un rien de temps », constate Jacques Bisson, qui pointe du doigt comme Laurence Auffret-Dème et Stéphane Bazile le manque d’infrastructures pour accueillir les nouveaux arrivants. « C’est un nouveau quartier qui est notamment dépourvu de commerces. Le souci se pose aussi pour l’accueil dans les écoles », relate-t-il. « Nous y avons remédié, rétorque le maire. Une nouvelle classe doit ouvrir dès la rentrée prochaine ».

Ainsi, l’ensemble des démissionnaires du conseil municipal – toute couleur confondue – met en avant un manque de concertation entre le maire entouré de quelques élus et le reste de l’équipe municipale de l’autre sur des dossiers aussi brûlants que ceux concernant l’urbanisme. Des paroles que ne comprend pas l’édile salucéen. « Soi-disant je ne discute pas avec eux, or, c’est faux !, affirme Jean Flégeo. Tout le monde peut participer lors des bureaux municipaux notamment. Je crois juste que c’est un problème de personnalité ». « Des problèmes de communication existent entre les élus, mais aussi entre la mairie et le personnel, comme peut en témoigner les différentes grèves dans le passé », renchérit Stéphane Bazile.

Dans la préparation du sprint final

Quoiqu’il en soit, c’est désormais aux Salucéens de trancher. Même si la date des élections n’est pas encore officielle, elles pourraient se tenir dans la première quinzaine de juin. Après les querelles et les démissions, c’est maintenant un autre ballet qui se met en place à Saulx-les-Chartreux : celui de la campagne. Chaque camp bat le rappel pour former sa liste. Alors qu’il n’y avait que deux listes en 2014, ce nouveau scrutin prévoit d’être animé avec trois à cinq listes dans la grille de départ. Impliqué dans la vie communale depuis près d’un demi-siècle, Jean Flégeo a choisi de se présenter une nouvelle fois. « Ce n’est pas parce qu’une partie de l’équipe de 2014 nous a quittés qu’il faut s’arrêter là. Les 17 conseillers qui siègent encore repartent avec moi. Il faut que nous terminions notre travail », insiste le maire communiste qui avait été élu sur une liste d’union de la gauche.

Face à lui, il retrouvera donc les démissionnaires de sa majorité et anciens compagnons de liste. Réunis au sein d’une association citoyenne, intitulée le Printemps de Saulx-les-Chartreux, ces derniers vont eux aussi se présenter aux suffrages des habitants. « Suite à ce que nous avons pu dénoncer ces derniers mois, il était naturel que nous prenions nos responsabilités. On veut apporter une voix différente avec une liste citoyenne », confie Laurence Auffret-Dème qui est par ailleurs pressentie pour incarner la tête de liste.

Autre liste dans les starting-blocks, celle de l’ancien membre de l’opposition Stéphane Bazile. « Bien que je sois soutenu par le parti Les Républicains, je vais conduire une liste qui ira bien plus loin que les clivages politiques », certifie ce dernier qui compte faire campagne sur des thématiques comme le social, les finances, le sport et évidement sur l’urbanisme. « Ce sera avant tout un mouvement citoyen, réunissant des gens de qualité ».

Outre ces candidats déclarés, d’autres ne se sont pas encore fixées sur leurs intentions. C’est notamment le cas de l’ancien chef de file UMP de 2014, Jacques Bisson. « Ce qui est sûr à mon sujet, c’est que je ne serai pas tête de liste, commente ce dernier. Nous essayons de construire un groupe citoyen intitulé Agir pour l’avenir, mais il y a peu de chance que nous soyons prêts pour juin. Normalement, nous serons de la partie pour 2020, mais si c’est possible avant, on ne se refuse rien ».

Si d’autres bruits circulent sur des membres de la majorité, l’incertitude plane sur la présence ou non d’une liste estampillée Front National à Saulx-les-Chartreux. Le secrétaire frontiste de la 4ème circonscription de l’Essonne n’infirme ni ne confirme ces rumeurs. « On se pose actuellement la question de l’opportunité d’en faire une. On se donne encore quelques jours pour analyser cela », précise Franck Beeldens-Da Silva. « Reste maintenant à savoir si tout le monde réussira à trouver 29 colistiers », conclut Jean Flégeo, confiant sur ses chances de trouver les douze noms manquants pour clôturer sa liste.