Thème à l’honneur du dernier salon de l’agriculture, la question du ‘consommer local’ et des circuits courts à de beaux jours devant elle. Une problématique qui concerne aussi bien les producteurs et revendeurs, que l’ensemble des citoyens soucieux de leur qualité de vie.

L’Essonne reste un département à forte connotation rurale : 50% du territoire est ainsi dédié à l’agriculture. Ce sont aujourd’hui 1 300 exploitants, du petit maraîcher au grand céréalier, qui vivent de ces métiers en lien direct avec notre alimentation. Une identité rurale qui se concentre dans un grand sud Essonne mais pas que, et récemment mise à l’honneur lors du Concours général agricole du salon qui se tenait Porte de Versailles la semaine dernière.

Particularité d’une majorité de ces exploitants, le recours aux circuits courts pour écouler tout ou partie de leur production. Chez les producteurs de fruits et légumes par exemple, les 2/3 d’entre eux travailleraient en vente directe selon les données de la chambre régionale d’agriculture. Car ce que l’on appelle « circuits courts » regroupe en réalité deux situations distinctes. « Il y a d’un côté le producteur qui va vendre directement au consommateur, comme un verger qui écoule ses pommes sur place, de l’autre on va trouver un intermédiaire, type dépôt-vente ou bien les Amap » décrit Jean-Baptiste Sorteix, qui anime l’association Produits et Terroir.

Forte de ses 55 adhérents, agriculteurs, artisans, et son caractère institutionnel, Produits et Terroir regroupe sur une plateforme une diversité d’artisans et producteurs locaux, car l’Ile-de-France en général reste « un bassin de production vivrière, avec aussi bien des fruits et légumes, du maraîchage comme de la petite volaille » détaille le responsable de l’association essonnienne. Au quatre coins de l’Essonne se montent des systèmes de vente du producteur au consommateur, à l’image des cueillettes où les clients sont invités à parcourir les vergers et champs pour sélectionner eux-mêmes leurs produits. Ces systèmes de vente directe sont complétés par la présence de maraîchers locaux dans les marchés des principales communes essonniennes.

Les producteurs se tournent aussi vers le système des Amap, les Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne. Il en existe plus de 30 dans le département (lire notre article). Le principe de ces structures consiste à rassembler des groupes de consommateurs, généralement localisés dans les villes, et les mettre en relation avec un producteur du territoire. Les adhérents à l’Amap s’engagent à lui acheter toute l’année des paniers de légumes et fruits de saison. Qualité et proximité pour les uns, sécurité dans la vente des produits pour les autres, un véritable système gagnant-gagnant. Qui inspire d’ailleurs certaines collectivités comme le Département qui y réfléchit pour les cantines des collèges : « pourquoi pas fournir les écoles et les collèges avec ce qui est produit localement? » se demandait récemment le président de l’instance départementale.

'Les 5 fermes', un concept précurseur dans le sud-Essonne

‘Les 5 fermes’, un concept précurseur dans le sud-Essonne (JM/EI)

Des expérimentations essonniennes

Pour Jean-Baptiste Sorteix, « la demande est présente » pour ce genre d’initiative, car nombreux sont ceux aujourd’hui qui « veulent du produit local, connaître le processus de production, rencontrer l’artisan ». C’est également le créneau occupé à sa création par une célèbre enseigne essonnienne, ‘Les 5 fermes’ située à Chamarande au niveau de la N20. Il y a plus de 30 ans maintenant, cinq gérants d’exploitation mettaient en commun leurs production pour ouvrir ce point de vente. Et si le lieu après sa revente est peu à peu devenu une épicerie plus classique en n’effectuant plus le dépôt-vente de base, il conserve quelques traces de son identité d’origine.

Et principalement celle de traiter directement avec les producteurs, sans centrale d’achat. « On a gardé pas mal de fournisseurs locaux, et faisons maintenant beaucoup d’artisanal et du bio, plus des grandes marques » indique sa directrice. Oeufs frais de Chauffour-lès-Etrechy, confitures faites à Boutigny, bières du 77, mais aussi champignons secs des Yvelines ou encore les seuls cornichons français cultivés dans l’Yonne… les artisans et producteurs de la région gardent une place à tous les rayons, tandis que l’enseigne fait aussi travailler un charcutier d’Angerville. Bien que le lien avec tous ces professionnels soit « très lourd à gérer », la directrice des 5 fermes note que « les délais sont raccourcis de 2 ou 3 jours » en se passant ainsi des intermédiaires.

Des épiceries de plus petite taille travaillant avec le territoire existent ici ou là, mais de manière générale, ces filières locales restent peu développées en comparaison des circuits des grandes et moyennes surfaces très bien implantées dans le département. Certains entendent pourtant faire entrer dans les moeurs la diversité des productions locales. Gérant du French Corner, le restaurant du Residhome d’Evry, Jacques Borie a monté une carte avec salades, burgers et bagels composés en partie d’ingrédients locaux. « L’idée était de travailler sur des produits du territoire, vu que nous sommes en Essonne, on fait ça un peu par conviction ». Le restaurateur se fournit ainsi chez des artisans essonniens pour le miel, la bière, les yaourts ou le fromage, et travaille avec un boucher de Seine-et-Marne. Il passe aussi par le système Drive des champs pour les fruits et légumes de saison, à côté de fournisseurs classiques : « on privilégie les distributeurs locaux, cela représente environ 50% de ce que l’on sert, en ce moment il ya les poires, les pommes, et en pomme de terre la Mona lisa du 91 » sourit-il.

La carte très locale du French Corner à Evry

La carte très locale du French Corner à Evry (DR)

  • Les 2 et 3 avril prochains se tient le Salon du tourisme et du terroir en Essonne, sous la halle d’Arpajon en présence d’une dizaine de producteurs locaux