Jeudi 25 février, en présence du Préfet, les lieutenants de Louveterie ont signé la charte qui symbolise leur engagement sur le département. Officiers, fonctionnaires et bénévoles, ces lieutenants de l’ombre veillent sur la faune essonnienne.

Armée

Ils ne sont pas très connus par la population essonnienne, cependant les lieutenants de la Louveterie sont tapis dans l’ombre des forêts. Ils ont pourtant un rôle important sur le territoire. En effet, bien que la louveterie française ait été créée pour gérer les problèmes de loups, vous aurez été les premiers à remarquer qu’il n’y en a plus en Essonne à l’état sauvage. Leur rôle, de nos jours, est donc de se charger essentiellement des renards et des sangliers qui peuvent être des menaces lorsque ceux-ci s’introduisent en milieu urbain.

Nommés par le Préfet pour 5 ans, ces derniers interviennent sur les animaux causant des nuisances ou des dégâts sur le territoire. Pour ce faire, le département essonnien est divisé en cinq circonscriptions. Et pourtant, ils ne sont que quatre à intervenir. « Aujourd’hui, ça ne se justifie pas d’être cinq. Le département est à la fois rural et urbain. Là où on sera le plus sollicité, ce sera en zone urbaine forcément. Donc un louvetier qui est en zone rurale aura moins de problèmes » explique Yannick Villardier, lieutenant de Louveterie sur les zones allant de Montlhéry à Milly-la-Forêt. « On verra au prochain renouvellement si on refait la cartographie avec quatre circonscriptions ou si on prend un cinquième lieutenant » termine-t-il. Etant officier, fonctionnaire et bénévole, ils ont un statut particulier et peuvent être appelés de jour comme de nuit pour des interventions. Cette institution, très ancienne, est chargée d’histoire.

Une institution bien ancrée

La louveterie française est une institution ancienne et historique. Créée en 813 sous Charlemagne, elle servait à protéger les habitants et leurs élevages contre les loups. Reconnue d’utilité publique en 1926, l’association a établi une charte relative aux devoirs de ses agents. Bien qu’aujourd’hui les loups ne soient plus présents sur le département, la louveterie est tout de même restée ancrée que ce soit dans l’Essonne ou dans les autres départements de la France.

Ce jeudi 25 février, les lieutenants ont pu signer la charte avec des engagements très clairs. Ainsi, le lieutenant doit « remplir consciencieusement, avec impartialité et intégrité, son rôle de conseiller cynégétique de l’administration. Il est bénévole et tenu à une obligation de réserve » indique la charte. Il doit également « favoriser les liens entre les chasseurs et le monde rural pour concilier les intérêts réciproques et entretenir avec eux les meilleurs relations » et « être un véritable homme de terrain, connaissant bien son territoire, les hommes et la faune ». Ce ne sont que quelques engagements écrits sur la charte afin de respecter certaines règles pour éviter tout débordement de la part des louvetiers.

A l’occasion de la signature de cette charte, le Préfet, Bernard Schmeltz, était présent. Connaissant bien les louvetiers, il avoue volontiers que c’est « une occasion de mettre en lumière cette activité et les missions des lieutenants, missions importantes de régulation et de gestion de la faune sauvage ». Les trois lieutenants de louveterie ont pu expliquer ce qu’ils vivaient quotidiennement en portant ce costume : avant tout, une passion et non un engagement ; Mais ils ne sont pas tous issus du milieu de la chasse, bien au contraire. L’un est mécanicien à Air France, l’autre est responsable de maintenance dans un laboratoire pharmaceutique, des métiers qui n’ont aucun rapport avec la louveterie. Pourtant, par passion, ils ont pris un engagement en signant la charte.

Des lieutenants investis

Ils étaient trois sur quatre à être présents lors de cette signature. Ils ont ainsi pu rencontrer le Préfet qui était « très heureux de les rencontrer ». Les lieutenants de la louveterie se sont fait connaître par ce biais. « Longtemps, la louveterie a été mise à l’écart non parce qu’il y avait de mauvais rapports mais parce que c’était comme ça » explique Fabrice Sirou, lieutenant de la louveterie. « La charte ne va pas changer quoi que ce soit mais là, on s’engage par écrit donc c’est plus symbolique ».

Fabrice Sirou entame sa 16ème année dans la louveterie ; il s’occupe de la première circonscription qui correspond au nord de l’Essonne. Bien que ce soit un passionné, c’est un engagement prenant. « Parfois je suis obligé de couper mon téléphone le soir sinon ça n’arrête pas ! » explique-t-il. « Pour des personnes qui croisent un chevreuil ou un renard, n’importe qui peut nous appeler ». Ce mécanicien d’Air France effectue plus de 300 heures par an et des milliers de kilomètres pour intervenir lorsqu’il est sollicité.

Didier Goulu, lui, est lieutenant de louveterie depuis 10 ans. « Je m’occupe de la 5ème circonscription donc autour de Dourdan ; c’est une zone rurale donc il n’y a que très peu d’activité » explique-t-il. S’il est à la louveterie aujourd’hui, c’est par passion pour la régulation des renards. « C’est ma motivation première ». Une passion prenante mais qui le satisfait beaucoup.

Enfin, Yannick Villardier est dans cette institution depuis peu : un peu plus d’un an. Il occupe deux circonscriptions qui sont à la fois rurale et urbaine, une difficulté supplémentaire pour ce passionné de chasse. « J’ai été administrateur à la Fédération des chasseurs et on m’a proposé d’intégrer le corps des louvetiers. Ca m’intéressait, donc j’ai démissionné de la fédération et je les ai rejoints ». Sur ces circonscriptions, il a pu voir qu’il y avait beaucoup de travail notamment en milieu urbain, dans le secteur de Corbeil-Essonnes par exemple.

Chacun a une autre vie en dehors de la louveterie. Bien que cette activité soit chronophage, ils l’apprécient. Ils concilient le monde agricole, les élus et les fédérations de chasseurs, ils sont médiateurs de la faune sauvage. De plus, ils doivent être très pédagogues lorsque des personnes les appellent. « Beaucoup de demandes se font par téléphone : si une personne a vu un chevreuil ou un renard, elle ne sait pas quoi faire donc on les informe et on leur explique » reprend Fabrice Sirou. « On passe beaucoup de temps à faire de la pédagogie ». Bien que leur activité soient méconnue, ils permettent d’aider dans des situations qui ne sont pas toujours évidentes. Avec une augmentation des animaux dans le milieu urbain, il faut intervenir rapidement. En janvier dernier, à quelques pas de la gare de Juvisy-sur-Orge, deux sangliers se sont retrouvés sur les routes. « On ne peut pas intervenir si les routes ne sont pas sécurisées par la police, ce serait dangereux pour les riverains » affirme Fabrice Sirou. Ce jour-là, les deux sangliers avaient été abattus. Ainsi, cette tradition vieille de plus de 1 200 ans perdure encore et trouve parfaitement sa place dans la société actuelle.