Depuis douze jours maintenant, une partie des salariés d’OTUS-Véolia a cessé ses activités. Une grève à durée illimitée qui a des répercussions sur l’état du ramassage des déchets dans les communes du Nord du département.

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Les camions-bennes sont restés sur le parking ce vendredi 26 février (JL/EI)

On n’en est pas encore aux cas de Marseille ou de Naples, mais si la situation n’évolue pas rapidement, les rues de certaines communes du Nord-Essonne pourraient se retrouver encombrées de déchets. Car cela fait maintenant douze jours qu’ils sont mobilisés devant leur entrepôt. Ces derniers, ce sont les salariés du groupe OTUS-Véolia de l’agence de Wissous, chargés de la collecte des déchets. Depuis le 18 février, la majeure partie d’entre eux a entamé une « grève à durée illimitée », affirment les représentants du personnel. Ainsi, près de 80% des salariés présents sur deux des antennes du groupe, à savoir celles de Wissous et de Châtillon dans les Hauts-de-Seine ont totalement stoppé leurs activités. « Les deux agences regroupent près de 300 salariés. Ça fait donc beaucoup », résume un éboueur gréviste. Un mouvement social qui a déjà des répercussions sur les communes des Hauts-de-Seine ou du Val-de-Marne, ainsi que sur les communes de Draveil, Verrières-le-Buisson, Chilly-Mazarin et donc Wissous.

Des conditions de travail jugées « exécrables »

Les raisons de ce mouvement social sont nombreuses. Pas ou peu d’augmentations de salaires, un pouvoir d’achat qui n’évolue pas, de mauvaises conditions de travail… Bref, la liste de ces doléances est longue. Pour autant, une d’entre elles revient en premier dans toutes les bouches, tel l’élément déclencheur de tout ceci. « Le gros problème, c’est le directeur de l’agence, lâche un gréviste. Il a créé depuis son arrivée un climat délétère au sein du groupe ». « C’est un manipulateur et un menteur, clame un autre. On ne peut plus travailler comme ça. Il y a eu une erreur de casting avec cette personne. Il n’est pas fait pour travailler dans à ce poste ». Ainsi, ces derniers font état de « pressions et de menaces » reçues par le directeur de l’agence, ainsi qu’un « favoritisme » à propos de l’attribution de primes. « Tout part de cette personne, reprend le délégué syndical CGT. Toutefois, il n’est nullement question de demander son licenciement. Nous demandons juste son transfert dans un autre établissement du groupe ».

Après plus de dix jours de mouvement, le dialogue entre les grévistes et la société de collecte de déchets est toujours au point mort. « Nous tiendrons le temps qu’il faudra, lance un représentant du personnel. Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige, nous sommes toujours là derrière les bennes. Alors ce n’est pas le climat ni la durée qui va nous affaiblir ».

Un combat que certains admirent. C’est notamment le cas de Jean-Luc Touly, l’ancien conseiller régional et municipal de Wissous. « Au sein de cette entreprise, le grève de cette durée sont assez rares », note-t-il. Ce dernier connaît bien Véolia étant donné qu’il y est également employé dans un autre service. Licencié en 2006 par l’entreprise après la publication d’un livre à son sujet, il l’avait finalement été réintégré quelques années plus tard après plusieurs mois de combat. Un exemple sur lequel veulent s’appuyer quelques grévistes. « Il n’a rien lâché et il a obtenu gain de cause. Voilà pourquoi on y croit ! ». En plus du soutien de Jean-Luc Touly, les salariés grévistes peuvent s’appuyer sur l’aide de certains élus. « On est là pour vous soutenir !, scande Eric Coquerel, le conseiller régional d’Ile-de-France coordinateur du Parti de Gauche. Il y a de la combativité à Goodyear et dans toute la France. On vous soutiendra », a expliqué ce dernier, entouré de nombreux représentants locaux du Front de Gauche.

Quid du ramassage des déchets ?

Autre argument sur lequel veulent jouer les grévistes : le ramassage des déchets dans les communes clientes d’OTUS-Véolia. Car avec un taux de grévistes aussi important, il est bien difficile pour la société spécialisée dans la propreté d’honorer sa mission. « Les poubelles pleines commencent à s’amonceler dans certains quartiers de Wissous », indique un éboueur. Même constat du côté de Verrières-le-Buisson. « Pendant une semaine, nous n’avons pas eu de ramassage des ordures. Il y a des bacs qui sont pleins et pour couronner le tout, il s’agit de la semaine des encombrants, énumère le maire Thomas Joly. J’ai cependant réussi à obtenir de la direction qu’un ramassage soit assuré pour les habitats collectifs et pour le centre-ville ».

Car oui, même si les bennes ne sortent que très rarement de l’entrepôt de Wissous, la société OTUS-Véolia a choisi de remédier à ce problème en faisant appel à des intérimaires. Une solution loin d’être la meilleure selon les salariés grévistes. « Parfois, des équipages sont formés uniquement d’intérimaires, ce qui est interdit par notre règlement intérieur, explique le représentant du personnel. Ils ne possèdent pas les formations fondamentales à la sécurité et à la collecte. A cause de cela, certains ont déjà abîmés les bennes et même les véhicules de certains riverains ».

Le pourrissement de cette situation pourrait faire évoluer les choses, mais dans quel sens ? « Soit c’est la société qui craque, soit ce sont les habitants qui peuvent se retourner contre nous », résume un agent gréviste. Pour cela, ces derniers affirment qu’ils sont prêts à aller rencontrer la population pour leur expliquer en détail les conditions dans lesquelles ils travaillent. « Il faut bien comprendre que nous ne faisons pas ça par mépris de la population », assure le délégué syndical. Toutefois, il faudra bien que les négociations reprennent un jour. « On sent bien que si ça ne reprend pas, cela va vite dépasser le cadre de la société », présage Jean-Luc Touly. Aux dernières nouvelles, ce dimanche 28 février, cela n’en prenait pas le chemin.

Contactée, la direction n’a pu répondre à nos sollicitations avant la publication de cet article