Née en Roumanie, Laura est une jeune femme de 24 ans installée en France depuis quatre ans. Après avoir été ballottée de bidonvilles en hôtels sociaux, elle a désormais trouvé sa voie dans l’association Intermède Robinson. Une nouvelle position qui a considérablement changé sa vie. Retour sur le parcours impressionnant de cette jeune femme issue de la communauté Rom.

La question de la communauté Rom, c’est un débat sans fin. Agaçant certains, émouvant d’autres, elle fait à coup sûr réagir l’opinion publique. Mais pour les concernés, c’est avant tout une condition de vie difficile à supporter. Ballotés de camps en camps au fil des expulsions, les immigrés Roms ont bien du mal à se construire une vie stable. Pourtant, certains parviennent à s’en sortir. C’est le cas de Laura. Installée en France depuis maintenant quatre ans, la jeune femme de 24 ans a écumé la plupart des campements de l’Essonne et de la région d’Île-de-France. De Joinville-le-Pont à Ballainvilliers en passant par Villebon, elle a connu l’ambiance des différents bidonvilles des horizons. Mais un beau jour de 2014, son destin a changé. En croisant la route de l’association Intermède Robinson, qui agit au sein des quartiers sensibles et des campements roms, Laura a vu sa vie basculer.

Les origines de l’Association Intermède Robinson

 

Fondée il y a maintenant dix ans, l’association Intermède Robinson a vu sa ligne directrice évoluer en permanence au fil des années. Née de la reprise d’activité d’une association liquidée en 2005, elle avait pour but initial d’être un lieu d’accueil pour les enfants en difficulté, en dehors des horaires d’ouverture des structures éducatives classiques. Mais avec le temps, le domaine d’expertise de l’association s’est élargi. Partant de simples ateliers de rue dans les quartiers Sud de Longjumeau, l’association veut aujourd’hui permettre aux familles en difficulté de reprendre le contrôle de leur souveraineté alimentaire. Laurent Ott, actuel président d’Intermède Robinson, nous précise davantage son concept. « Nous avons voulu axer notre association sur le fait de produire de l’alimentation et contribuer à l’économie domestique des familles. On s’est donc lancé dans le jardinage grâce à deux champs à Saulx-les-Chartreux. Nous avons ainsi produit 2,7 tonnes de légumes en 2015.  » se réjouit le président. Au départ concentrée sur les quartiers sensibles et le jardinage, rien ne laissait donc penser que l’association s’intéresserait un jour à la condition des communautés Roms des bidonvilles. Et pour cause, c’est tout à fait par hasard que l’association a croisé la route de ces campements sauvages.

La rencontre avec les Roms : Un hasard.

 

Ce désir de travailler avec la communauté rom, c’est avec les ateliers de rues qu’il a surgit. « Nous nous sommes rendus compte que les ateliers auprès des enfants qui n’accèdent pas aux institutions ou ne trouvent pas leur place à l’école avaient encore plus de sens dans les bidonvilles  » explique Laurent Ott. Alors après longue réflexion, l’association a pris la décision de sauter le pas et de se lancer dans l’expérience des campements de Roms. Le premier a avoir été visité par l’association, c’est celui de Moulin-Galant, à Corbeil-Essonnes. Aujourd’hui, après plusieurs années d’actions efficaces, Intermède Robinson est présent sur quatre campements différents. «  Nous sommes passés par de nombreux camps, notamment ceux de Massy et Palaiseau. Désormais, nous travaillons sur ceux de Wissous, qui devraient bientôt être expulsés, Champlan, Chilly-Gare et Ballainvilliers. » détaille Laurent Ott.

Laura, c’est sur le campement de l’usine Galland de Villebon-sur-Yvette que l’association l’a rencontrée. Alors résidente du bidonville, la jeune femme s’était présentée à Laurent Ott, afin de trouver un travail. « Je savais qu’il venait au camp, et j’avais vraiment très envie de travailler alors j’ai beaucoup insisté » se souvient la jeune femme, le sourire aux lèvres. Une initiative osée, mais qui a finalement porté ses fruits puisqu’elle a permis à Laura d’obtenir un contrat de service civique dans l’association de Laurent Ott en tant qu’éducatrice pédagogue.

Une terre natale aux conditions de vie difficiles

 

Née en Roumanie, Laura fait partie de ces milliers de femmes qui ont traversé l’Europe afin de rejoindre la France. Immigrée dans l’Hexagone en raison des conditions de vie difficiles au sein de son pays d’origine, la jeune femme nous raconte son quotidien de l’époque. « Là-bas, mon travail consistait à fabriquer des marmites avec du sable et l’aluminium. Mais le prix de l’aluminium était tellement élevé que ça ne me rapportait quasiment rien  » se souvient Laura. Et pour ce qui est des métiers plus qualifiés, la jeune femme assure que le destin est le même en Roumanie. «  J’ai des membres de ma famille qui travaillent à la mairie, ou qui sont professeurs. Mais là-bas, avec des hautes études, soit on ne trouve pas de travail, soit on ne gagne que 200 euros par mois, ce qui n’est pas suffisant  » déplore-t-elle. Alors comme tant d’autres immigrés de sa communauté, la jeune femme a entrepris le pari fou de vivre une vie meilleure en Europe occidentale. Avec sa famille, elle a pris la route direction les campements de Roms de Joinville-le-Pont, à seulement 20 ans.

Un parcours en France aux multiples rebondissements

Depuis son arrivée en France, des expulsions et des déménagements, Laura en a connu beaucoup. Après environ quatre mois au sein du bidonville de Joinville-le-Pont, la jeune femme, alors enceinte, a même fait l’expérience des hôtels sociaux. Un souvenir qu’elle se remémore avec beaucoup d’amertume. «  Nous avions une chambre avec un lit pour quatre personnes. Parfois, mon mari dormait par terre, et moi avec les enfants. Ensuite on inversait » raconte la jeune femme. « Mon fils restait enfermé, il regardait la télé tout le temps, il était très triste de vivre enfermé et seul, sans tous les enfants du camp  » ajoute-t-elle. Alors finalement, après une expérience décevante dans les hôtels sociaux, Laura a repris le chemin des camps, où vit toute sa famille. Une caractéristique qui lui permet aujourd’hui d’exécuter son travail d’éducatrice pédagogue – en contrat d’avenir – comme personne d’autre. Car le métier de Laura, ce n’est autre que de divertir les enfants des camps, grâce à de nombreuses activités.

Chaque mercredi, Laura se rend dans différents bidonvilles afin d'offrir des activités aux plus jeunes.

Chaque mercredi, Laura se rend dans différents bidonvilles afin d’offrir des activités aux plus jeunes.

Un soutien de taille au sein des camps

Si Laura est aussi bonne dans son métier, c’est parce qu’elle a l’avantage de bien comprendre les enjeux de la communauté Rom. Faisant elle-même partie de cette dernière, elle sait très bien comment s’adresser à son public et comprendre son ressentiment. Sans compter que la jeune femme est un véritable dictionnaire de langues, maîtrisant à la fois le roumain, le tzigane, le français et un peu l’anglais. Pour les enfants des camps de Wissous, Chilly-Gare, Champlan, et Ballainvilliers, plus qu’une simple animatrice, elle est donc devenue une véritable amie et confidente. « Quand elle vient, on fait des jeux de poupées, de maquillage, et on aime beaucoup ça. On attends avec impatience le mercredi » raconte une petite fille du camp de Baloche à Wissous. Car avec Laura, mercredi rime avec divertissement. Chargée de gâteaux, boissons et jeux en tous genre, elle permet à ces enfants de s’évader chaque semaine de leur condition précaire dans les bidonvilles.« Il y a certains camps où les enfants savent déjà lire et écrire car ils sont scolarisés. Dans ceux-là, on fait donc surtout des jeux. Dans ceux où les enfants ne savent pas lire, là je leur apprends l’alphabet, on fait des activités éducatives » explique Laura.

En allant au devant même de son public, Laura adopte donc une méthode pédagogique très particulière. Particulière oui, mais qui fait ses preuves. Contrairement aux instances publiques, il ne s’agit plus de fixer des contrats et des délais pour faire avancer le défavorisé, mais bien de l’accompagner dans ses démarches, avec une certaine connaissance de son environnement. « Cette méthode éducative marche bien, parce qu’on tente de résoudre les problèmes directement avec eux, il n’y a pas d’intermédiaire. On va dans des endroits ou les services sociaux ne se rendent pas et on ne s’entoure que de personnes qui ont une expérience de la vie de Rom » assure Laura.

Comme elle a elle-même été aidée par Intermède Robinson, Laura cherche donc à son tour à tendre la main aux membres de sa communauté. Un drôle de destin qui profite à de nombreux camps, souvent victimes, comme le regrette la jeune femme, de nombreux amalgames. Aujourd’hui en emploi d’avenir au sein de l’association et avec son diplôme du BAFA en poche, Laura espère prochainement devenir monitrice-éducatrice. Une entreprise qu’on espérera fructueuse, pour cette jeune femme qui compte bien faire changer le regard des autres sur sa communauté.