Le Collectif Des Corps des rails, en partenariat depuis 1 an et demi avec l’Opéra de Massy vous propose de découvrir son spectacle, ou sa « performance interactive » comme ils l’appellent. Mais c’est quoi le Collectif des corps des rails ? C’est Mathieu, Anaïs, Vincent et Hermine, collectif tourné vers le partage, l’échange et la création collective. « Dans collectif, on englobe le public, le public est obligé de participer à nos créations », explique Anaïs, scénographe et costumière. Cela fait 3 ans qu’ils ont monté le concept, à l’initiative de Mathieu, danseur et directeur artistique. Aujourd’hui, ils présentent « Minuterie ». Performance où le public fait partie intégrante du spectacle. « On s’est demandé : Comment intégrer le public à cet espace-là ? Nous voulons éviter le rapport frontal scène-public », précise Anaïs. Ils exigent que le public fasse partie de l’environnement. « Dans Minuterie, c’est une disposition en arrondie, où ils sont tous autour de Mathieu ». ajoute-t-elle.

Un projet atypique

Minuterie, c’est un projet créé suite à la lecture du livre « Aliénation et accélération » du sociologue et philosophe Hartmut Rosa, où il décrit l’homme moderne voulant toujours se rajouter des tâches à réaliser. « La technologie nous permet de faire plus de choses en moins de temps, tout le monde se plaint de ne jamais avoir le temps mais on se rajoute constamment des actions à faire, on est toujours connecté aux autres », explique Mathieu.

Le concept de ce projet, c’est d’illustrer ce constat du comportement humain. Nous vivons dans un monde où les dépressions, les suicides, les burn-out sont de plus en plus fréquents, phénomènes non observés dans les générations passées. L’étude du sociologue soulève également la frustration de l’homme liée à la mort, et qui donc essaie de vivre plusieurs vies en une seule, d’où l’accumulation de tâches dans notre quotidien. Combien d’entre nous exercent la procrastination ? La procrastination, c’est la tendance à tout remettre au lendemain. Mais quand est-il du jour J où l’on doit tout faire, où l’on ne peut plus repousser les tâches à effectuer ? « A force de tout faire, que devient notre corps ? Il faut en avoir conscience », réplique Mathieu.

« Minuterie, ce n’est pas une réponse à ce phénomène, c’est un constat » précise Anaïs. C’est une mise en lumière de l’état physique et mental dans lequel nous nous trouvons, êtres humains, lorsque l’on fait de plus en plus de choses, lorsque l’on cumule de plus en plus d’actions. Pour ce faire, le collectif a imaginé une disposition du public en arrondie tout autour du danseur Mathieu. Chaque participant tient un minuteur à la main ; Mathieu doit réaliser 4 actions principales que l’on retrouve en général dans la vie de chacun, qui font partie d’un quotidien, à savoir se nourrir, s’habiller, communiquer (à travers le téléphone) et lire. Le danseur doit combiner toutes ces actions dans un temps imparti. Au début du spectacle, on voit que ces tâches sont gérables mais au cumule, saturent complètement le temps. Mathieu est de plus en plus épuisé mentalement et physiquement. C’est le reflet de notre quotidien. Le tout chorégraphié par des enchaînements et mouvements artistiques, pour rendre le spectacle surprenant.

Ce spectacle de 35 minutes et qui accueille 30 personnes au maximum, se joue dans un décor imaginé et réalisé par Anaïs. Des compresses teintes de différentes couleurs, « dans le but de créer quelque chose qui vibre », précise-t-elle, « pour un atmosphère médicale, voire asile psychiatrique ». Le public se retrouve enfermé dans une ambiance particulière, avec ce personnage un peu fou, au départ très normal mais qui au final se transforme en être morcelé, blessé.

« Un spectacle impressionnant »

Diana, 20 ans et étudiante au lycée Parc de Vilgenis de Massy a pu participer à ce spectacle en avant-première au mois de Décembre dernier. Pour le collectif, c’était un premier test, « pour tester les minuteurs et pour tester l’impact sur le public », disent-ils. Trois classes de lycéens ont pu assister à cette performance. Diana a trouvé ça impressionnant. « Le spectacle est bien fait, c’est quelque chose de très bien, formidable », dit-elle. Sa vision à elle du projet, c’est un spectacle qui montre la manière dont on se comporte en tant qu’être humain, comment on évolue dans le temps, la manière dont on court toujours derrière nos activités et après la montre. « Or, c’est impossible, on pense que les nouvelles technologies nous aident, mais on voit dans le spectacle que ça provoque de l’angoisse, et qu’on est en réalité constamment sous pression. C’est un spectacle qui permet de prendre du recul, on essaie de comprendre pourquoi on ne prend pas le temps de faire une chose à la fois », ajoute Diana.

Essonne Info : Quelle a été votre première réaction post-Minuterie ?

Diana  : « Si je suis comme ça dans la vie de tous les jours, c’est pas bon du tout ! ».

Essonne Info : Ce spectacle a-t-il changé quelque chose dans votre quotidien ?

Diana : « Je ne suis pas très organisé dans ma vie, j’essaie de tout faire en même temps. Je suis actuellement en prépa, comprenez classe préparatoire, il faut essayer de tout maîtriser, on n’a pas assez de temps. De voir ce spectacle, ça m’a permis d’être mieux organisée dans ma vie. Je me dis maintenant que si j’ai un truc à faire, je fais uniquement cette chose et non plein de choses à la fois. Si je veux réussir, il faut que je prenne le temps de faire chaque chose correctement, mieux vaut aller doucement mais surement », acquiesce Mathieu d’un hochement de tête.

Et pour l’avenir ? 

Pour l’avenir, ils aimeraient amener ce spectacle un peu partout. Faire prendre conscience au maximum de personnes du fléau de notre société. Des corps des rails, c’est également des ateliers pour enfants pour chacune de leur production. Des ateliers permettant de faire découvrir aux enfants (et éventuellement aux adultes), leur création autrement. En préparation actuellement, un duo de danse sur Hitchcock, et une création sur le monde arabe, avec toujours le même souhait : un public au centre de leurs projets.

Minuterie quant à lui, se joue vendredi 26 février à la salle Bizet de l’Opéra de Massy. Trois représentations sont prévues : 19h, 20h et 21h. Entrée gratuite mais réservation obligatoire à l’adresse mail suivante : contact@dcdr.fr