Des personnels du foyer de vie pour personnes en situation de handicap de Corbeil-Essonnes, formant partie de la Fondation Serge Dassault, sont en grève depuis le début de la semaine. Des nouvelles modalités d’organisation du travail sont au centre des tensions entre une large partie des salariés et leur direction.

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Les voitures défilent, devant le grand portail blanc de la Fondation Serge Dassault. L’emblématique bâtisse, qui donne sur la rue de la Dauphine, est bien bruyante en ce lundi après-midi. Aux klaxons et signes de la mains des conducteurs répondent les slogans et la sono des grévistes. Ils sont installés depuis la matinée devant l’entrée du foyer de vie. 60 résidents sont accueillis au sein de cet institut spécialisé, plus une vingtaine dans des foyers en ville, dont les activités sont destinées à la prise en charge de personnes souffrant de déficit mental.

Pour les accompagner au quotidien, l’établissement est formé d’environ 70 professionnels, dont une majorité liée au travail social, agents médico-spécialisés, éducateurs, auxiliaires… Ce lundi, plus de la moitié ont débrayé à l’appel de leurs représentants du personnel, et d’une manière générale les salariés des services concernés par les réorganisations. Car c’est là le noeud du conflit opposant le personnel en grève et sa direction. En discussion depuis plus d’un an sur des nouvelles modalités de travail et d’organisation, les deux parties n’ont toujours pas trouvé de terrain d’entente, et la direction entend mettre en oeuvre ses dispositions au 1er avril.

Une décision contestée par les grévistes : « on n’a rien contre des évolutions, on s’est adapté aux lois de 2002, 2008 » décrit Christophe Delacourt, salarié du foyer de vie, « mais là il y a le risque que les résidents deviennent des clients, nous on deviendrait des techniciens. C’est un problème de fond, qui se pose dans tous les foyers de vie, il faut garder une dimension éducative, ce qui fait la spécificité de nos métiers ». Car les réaménagements d’horaires, l’augmentation des remplacements ou encore le management sont fortement décriés par les personnels mobilisés. « C’est anxiogène, les décisions sont arbitraires, les projets sans suivis, et sans concertation » souffle Ferroudja Joly, déléguée du personnel CGT.

Du côté de la direction cependant, on réfute les arguments des salariés grévistes. Pierre Rius, le directeur général de l’Association des amis de la Fondation Serge Dassault, conteste le constat d’exaspération de ses équipes : « on est dans une situation de gestion de changement. Il s’agit d’aménagements assez bénins que l’on a proposé, négociés durant toute une année ». Selon lui, le secteur médico-social tout entier « est en profond changement » et c’est pourquoi « il est nécéssaire que ça bouge » juge le représentant de la Fondation Serge Dassault, qui regroupe, outre Corbeil, un établissement à Mennecy et un récent ouvert dans le quartier de la Papeterie.

Après une rencontre ce mardi matin, la situation semble toujours bloquée. Les grévistes se disent « dans une action qui doit amener la médiation » mais leurs revendications ne semblent pas porter écho. Au niveau de la direction générale, on pari plutôt sur un essoufflement du conflit : « je ne sais pas si le mouvement durera, car ils perdent de leur salaire chaque jour » jauge Pierre Rius. Les résidents doivent de leur côté attendre que les choses se résolvent. « On leur a proposé un service minimum, dans le souci des résidents et familles, mais ils ont refusé » affirme la déléguée du personnel, quant à la direction, elle assure que « la Fondation fait beaucoup pour cet établissement ».