Ces derniers mois, le département de l’Essonne a été le témoin de nombreuses secousses. D’abord, de multiples plans sociaux ont lieu dans le département. Ensuite, plus récemment, le vote du budget de François Durovray a su marquer son lot de rebondissements. Mais cette fois, c’est un tout autre cas de figure qui se présente. Depuis près de 30 ans, l’activité de Sofinco, désormais du nom de Crédit Agricole Consumer Finance (CA-CF), se concentre sur trois sites, au nombre de deux sur la commune d’Évry et d’un sur celle d’Arcueil. Cependant, par soucis de frais de rénovation sur le site d’Évry et de communication entre ses services, la société souhaite désormais regrouper ses équipes en un seul et même lieu, situé à Massy. Une décision qui en soit n’affecte pas profondément le département, puisque la société resterait dans ce dernier, mais qui cause principalement du tort au bassin d’Évry ainsi qu’aux employés de l’entreprise. Alors pour contester cette décision de la direction, l’intersyndicale CA-CF (CGT, CFTC, CFDT , FO, SNB, UNSA) a lancé ce mardi un appel à la grève, devant le siège de l’entreprise au Bois Sauvage d’Évry. Une tentative de dissuasion que les syndicats espèrent fructueuse, face à une direction visiblement sûre de sa décision.

Le CA-CF, déterminé à délocaliser

Si le Crédit Agricole Consumer Finance fait aujourd’hui le choix d’une délocalisation à Massy, c’est avant tout pour réunir ses services, répartis pour le moment sur trois sites différents. Seulement, regrouper ses collaborateurs sur son bâtiment d’Evry semble aujourd’hui une solution inenvisageable pour l’entreprise. « Pour remettre aux normes l’établissement d’Evry, il nous faudrait débloquer de très gros fonds » explique un responsable en communication pour CA-CF. Sans compter qu’avec des bureaux à Massy, l’entreprise pourrait profiter d’un réseau de transport très développé. Jouissant d’un rayonnement international, le groupe fait en effet régulièrement l’objet de visites de collaborateurs étrangers, mais également internes, venus du nord de la France. « La fluidité serait nettement améliorée grâce à la gare TGV de Massy, l’accessibilité du siège Crédit Agricole S.A. à Montrouge ainsi que les aéroports, desservis par la ligne B du RER. » assure-t-on du côté de la société bancaire. Pourtant, bien que du côté de la direction, Massy semble être le meilleur choix de délocalisation, il en est tout autre dans les rangs des employés…

La colère des syndicats

Pour les employés du CA-CF d’Evry, relocaliser l’entreprise à Massy serait une véritable catastrophe sociale. Réunie lors d’une grève organisée ce mardi après-midi, l’intersyndicale reproche à l’entreprise de ne pas prendre en compte des centaines d’employés potentiellement menacés par un tel déménagement. « Certains salariés habitent en Seine-et-Marne. Puisque c’est à côté d’Evry c’est plus simple pour eux de s’y rendre. Mais ils ne pourront pas se rendre jusqu’à Massy. D’autres encore sont en situation monoparentale et ne peuvent pas se permettre d’être aussi loin de leur domicile  » s’insurge Pascal Sorin, délégué syndical Force Ouvrière. Pourtant, du côté du Crédit Agricole Consumer Finance, on ne semble pas vraiment convaincu par cet argument. « Il n’y a que 13 km entre Massy et Evry, ce n’est pas non plus très éloigné  » conteste la responsable communication du CA-CF.

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Mais ce que craignent aujourd’hui réellement les salariés mobilisés, c’est surtout de voir de nombreux postes supprimés. « On nous dit qu’il n’y aura pas de suppressions de postes, pourtant ces dernières six années, les employés ont déjà subi deux plans sociaux. Et je ne peux pas dire aujourd’hui que cela va s’arrêter puisque certains seront clairement dans l’incapacité de se rendre à leur lieu de travail  » affirme Pascal Sorin. Et si ce probable déménagement pose un réel problème pour les employés du CA-CF, c’est également le cas pour la ville d’Evry, et plus globalement pour l’agglomération, qui risque de voir disparaître de son territoire un grand pourvoyeur d’emplois.

Des conséquences lourdes pour l’agglomération ?

Pour Francis Chouat, maire d’Évry, la question de sa présence lors de la grève organisée ce mardi 2 février ne s’est même pas posée. Particulièrement concerné par cette délocalisation qui toucherait directement son territoire, ce dernier a tenu à s’expliquer devant le siège du CA-CF. « La société est venue me voir pour me dire qu’il fallait qu’on travaille ensemble sur la reconversion du site du Bois Sauvage. Mais je refuse de m’engager dans ce genre de discussion avec eux, le départ de 950 salariés n’est pas une solution que j’accepte » affirme fermement le maire d’Évry. Pour porter son message, Francis Chouat peut d’ailleurs compter sur le soutien des communes alentours. Employant de nombreux citoyens des villes aux environs d’Évry, la société CA-CF est en effet un enjeu pour l’agglomération toute entière. Ainsi, Francis Chouat et Stéphane Raffalli, maire de Ris-Orangis, ont exprimé leur vision commune de ce projet. « Cette décision constitue un véritable contresens par rapport au projet de territoire de notre nouvelle agglomération Grand Paris Sud Seine-Essonne-Sénart, fondé entre autre sur notre attractivité économique » expliquent les élus.

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Mais au-delà du refus, c’est surtout l’incompréhension qui règne dans l’esprit du maire d’Évry. Selon ce dernier, Crédit Agricole Consumer Finance aurait envisagé il y a quatre ans de regrouper plusieurs de ses unités franciliennes sur la ville d’Évry. Une ambition qui aurait d’ailleurs mené les deux parties à travailler ensemble sur les enjeux liés aux transports, la sécurité aux abords du site ainsi qu’à une politique soutenue de recrutement et de formation. Aujourd’hui, Francis Chouat assure donc être prêt à se battre aux côtés des employés de la société, afin de maintenir le site du CA-CF sur la commune d’Évry. Le départ de cet imposant site du Bois-Sauvage serait également une épine au pied de l’important projet urbain porté par l’agglomération dans ce secteur comprenant le futur quartier Canal-Europe et plus loin l’aménagement autour du projet de Grand stade de rugby.

Un avenir en discussion

Par cette mobilisation, l’intersyndicale espère donc bien faire entendre sa voix et empêcher le déménagement du site d’Évry vers la ville de Massy. Et pour les représentants des syndicats, le bilan de cet après-midi de grève est plutôt positif. «  C’est un milieu qui n’a pas forcément le réflexe de se mobiliser, alors avec à peu près 400 personnes présentes pour cette manifestation, nous sommes assez satisfaits du résultat » commente Pascal Sorin. Et pourtant, du côté du CA-CF, la menace ne semble pas avoir eu les effets escomptés. Contactée par téléphone, la direction n’a en effet pas l’air convaincue par ce rassemblement, jugé trop peu mobilisateur. « Seuls 230 collaborateurs, soit 7% des 3 210 collaborateurs appelés à débrayer et 18% des 1 309 collaborateurs concernés par le projet de regroupement à Massy ont répondu à cet appel » insiste-t-on du côté de la société bancaire.

Aujourd’hui, salariés et responsables de la direction semblent donc déterminés à camper sur leurs positions. Cependant, l’heure est encore à l’information et à la discussion, comme aiment à le rappeler les syndicats. « La première réunion a eu lieu le 28 janvier, maintenant nous avons 3 mois pour discuter. Nous allons déjà tenter d’allonger la durée de ces négociations  » assure Karim Branki, délégué syndical de la CGT. Aucun doute, le déménagement du CA-CF d’Évry sera donc une affaire à suivre de près ces prochains mois.