Réunis ce lundi en séance pour le vote du budget 2016, les élus départementaux ont finalement entériné un certain nombre de mesures drastiques et symboliques, comme une hausse de la taxe foncière de 29 % et des coupes dans les dépenses sociales. Les uns accusant la mauvaise gestion précédente, les autres dénonçant « des choix politiques pour se dégager des marges de manoeuvre ».

« Nous sommes aujourd’hui réunis pour une des séances les plus difficiles que notre département ait connu depuis sa création. » Au moment de la présentation du budget primitif 2016, le ton est donné par le président du Conseil départemental, François Durovray. « En l’espace de deux ans, beaucoup de choses ont été remises en cause, liste-t-il. Il y a eu une baisse des dotations de l’Etat, brutale et importante, une augmentation de nos dépenses sociales obligatoires, ajoutée à une dette d’un milliard d’euros et une dette toxique contractée par le SDIS dont nous nous sommes sortis en début d’année. »

Dans son propos, il qualifie aussi la situation du département de « faillite financière et morale. » Dans la lignée de sa volonté de « remettre l’Essonne sur les rails », la majorité (LR-UDI-Divers) annonce, en plus de drastiques mesures d’économies (lire plus bas), des décisions lourdes de sens, « compte tenu de la gravité des faits », dont une plainte contre X. « La justice déterminera les responsabilités passées », explique François Durovray avant de mentionner aussi le fait qu’il sollicitera le président de la chambre régionale des comptes, « pour qu’un contrôle budgétaire de notre collectivité soit réalisé. » Évoquée un temps, la question de la mise sous tutelle est quant à elle finalement écartée. Le tout « compte tenu de la situation catastrophique dans laquelle ça aurait plongé les Essonniens », décrit le président de l’assemblée. Avant de tirer une première conclusion : « En définitive, nous avons fait le choix du courage en remettant de l’ordre dans les dépenses du département pour résorber la cavalerie budgétaire. »

Pourtant, tout est loin d’être gagné d’avance pour la majorité de François Durovray. Avec un budget de fonctionnement en baisse par rapport à celui de l’an passé, « inédit par rapport à la situation », construit avec des mesures drastiques et sans précédent (hausse de 29 % des impôts, coupes dans la culture, économies dans le secteur social, service minimum dans les cantines, suppression de la carte jeune, et de l’aide à la carte Imagin’R pour les lycéens…), elle s’est attirée les foudres de l’opposition. Si l’on rajoute les efforts demandés aux agents du département – réductions des budgets communication, mutualisation des services, regroupement des achats et augmentation de la durée légale de travail, entre autres – qui ont conduit à une grève et une manifestation des services au moment où se tenait la séance, l’enjeu de ces près de 10 heures de débat n’aura pas été une sinécure pour l’ensemble des élus présents ce lundi.

« Les agents des services du département ne sont en rien responsables. J’entends les inquiétudes. J’ai été surpris du dénuement de certains services. J’ai souhaité m’adresser à leurs représentants pour leur expliquer les mesures », répond François Durovray, alors même que la manifestation se fait entendre à l’extérieur. Quelques agents font même irruption dans l’assemblée. « Nous faisons le choix d’efforts partagés, justifie la majorité. Aucun de ces efforts n’est facile, nous en avons bien conscience, mais ils sont le prix des errements passés. »
Une formule qui reviendra tout au long de la journée, ponctuant la plupart des interventions de la majorité. « Ce budget préserve la capacité d’investissement du département, et ses projets d’avenir, veut rassurer le président du Conseil départemental. Mais malheureusement, ces efforts ne nous empêchent pas d’épargner le contribuable : il y aura une augmentation de la taxe foncière. Les Essonniens sont capables d’accepter les efforts personnels si l’intérêt général l’exige ».

Un budget « précipité » ?

L’opposition PS-PCF-écologistes, quant à elle, regrette de n’avoir pas été associée à la réalisation de ce budget, pourtant qualifié par ses auteurs de « l’un des plus difficiles à faire ». David Ros notamment, pointe « les mots très durs employés par la majorité » , « qui participent au stylo de la caricature » : « Je vous ai écrit pour vous demander le report du budget, car vous avez jusqu’au 15 avril pour le présenter. Je crains qu’il ne soit fait de manière précipitée. Une autre voie est possible, sans avoir recours à la fiscalité et au matraquage des Essonniens. Nous ne nions pas les difficultés. »

Dominique Echaroux, vice-président aux finances, qui fait ce matin-là le rapport du budget 2016, répond : « retarder le vote du budget, c’est retarder les économies. Nous sommes obligés d’augmenter les impôts. Cet impôt, c’est « l’impôt Guedj » ». Une petite formule que reprendra Serge Dassault quelques interventions plus tard.

Mais pour l’opposition de gauche, une autre voie est possible. Avec 26 amendements, et sans passer outre le besoin d’économies, elle a présenté un contre-budget sans hausse d’impôts. En accord avec près de 7 millions d’euros d’économies présentées par la majorité, elle ajoute à cela près de 15 millions d’efforts dans des domaines aussi variés que les subventions pour les communes et les intercommunalités (5,5 millions d’euros sur l’aide exceptionnelle de 22 millions votée en juin dernier par le Département), la culture à ramener dans les petites communes avec des artistes locaux, le sport et les bases de loisirs, 400 000 € de baisses d’indemnités des élus, la communication (Marjolaine Rauze propose, notamment, de supprimer le magazine départemental)…

Un seul amendement sera cependant voté par l’ensemble de l’assemblée : celui qui propose que le Sdis (les services des pompiers) maintienne la formation aux premiers secours dispensée aux collégiens, un temps vouée à disparaître.


Georges Tron se démarque

Après plus de dix heures de discussions, le vote tant attendu se profile enfin. L’horloge indique 19h passées de quelques minutes, les conseillers départementaux en finissent avec le traitement des différents amendements présentés par l’opposition et passent maintenant au vote du budget. À l’approche de ce moment, l’ambiance se tend quelque peu parmi les membres de l’Assemblée départementale. Quelques instants avant le vote, chaque camp a pu s’exprimer sur ses raisons de vote, mais aussi, et certainement pour tenter de rallier à leur cause les quelques indécis, s’il en restait. David Ros, le leader de l’opposition est le premier à s’exprimer sur cet épineux sujet. « Nous ne nions pas les difficultés, mais cette hausse de la fiscalité va faire de l’Essonne le premier département d’Île-de-France en matière de pression fiscale », insiste ce dernier qui assure qu’un autre budget « sans augmentations d’impôts était possible ». Résultat, les douze membres du rassemblement de la gauche et des écologistes choisissent de s’opposer à ce programme qui prévoit notamment la hausse de 29% des impôts pour les propriétaires essonniens.

L’opposition de gauche n’est cependant pas la seule à remettre en cause ce nouveau budget. Le binôme yerrois composé d’Olivier Clodong (DLF) et de Martine Sureau a également fait part d’apathie sur ce budget primitif. « Nous sommes favorables à 95% avec le budget présenté, mais le vrai souci concerne cette hausse de 29% des impôts. Pour les Yerrois, cela ne se chiffrera pas en dizaines d’euros sur la feuille d’impôt, mais bien en centaines d’euros supplémentaires », s’inquiète Olivier Clodong. Le bras droit de Nicolas Dupont-Aignan à Yerres et sa binôme ont donc choisi de voter contre ce budget également.

Pourtant membre de la majorité, Georges Tron fait à nouveau état de son désaccord. « Ce soir, je pense à ces hommes et à ces femmes qui nous ont fait confiance en mars dernier, auxquels nous sommes en train de dire que nous avons toutes les bonnes raisons de les trahir avec ce vote, s’emporte le conseiller départemental draveillois. Nous allons plonger ces personnes dans les pires difficultés. Cela me met mal à l’aise », conclut-il en insistant sur le fait qu’il y avait d’autres solutions avant d’en arriver là. Des propos relayés par Christine Rodier, elle aussi membre de la majorité. « Je suis dans une situation inconfortable, mais je ne pouvais pas faire autrement, admet celle qui est aussi la maire d’Athis-Mons. Mon canton a connu 65% d’augmentation d’impôt en dix ans. Une nouvelle augmentation n’est pas possible pour moi », commente cette dernière. Aux côtés de Georges Tron et de son binôme Pascal Picard, Christine Rodier a choisi de s’abstenir pour ce vote.

« C’est par respect pour les Essonniens que nous prenons ces décisions »

La majorité de François Durovray se fissure donc quelque peu avec ce vote d’importance capitale. Un fait qu’a choisi de relever Jérôme Guedj. « Ce n’est pas anecdotique qu’un budget ne soit pas voté par toute une majorité. Il s’agit d’un vote fondateur pour une majorité, surtout en début de mandat », fait remarquer l’ancien président du Conseil général de l’Essonne. De son côté, François Durovray tente de clarifier la situation. « Il y a des gens qui votent pour et d’autres contre. Oui, ce sont des décisions difficiles à prendre, mais il faut que quelqu’un les prenne, confirme-t-il. C’est d’ailleurs par respect des Essonniens que nous avons pris ces décisions, afin de les protéger ».

Finalement, le verdict tombe peu avant 20h. Bien qu’accouché dans la douleur, le budget est approuvé avec une belle avance, avec 25 votants pour, 14 contre et 3 abstentions. Fier de ce budget « maîtrisé et équilibré, qui rétablit la sincérité budgétaire et qui met un terme à la cavalerie », Dominique Echaroux, vice-président en charge des finances annonce ainsi que dans « les prochains jours, il y aura d’autres choses meilleures à vivre », pour faire référence aux débats houleux de la soirée. Une conclusion que ne partage pas Jérôme Guedj. « C’est une mauvaise journée pour l’Essonne. Nous resterons attentifs à l’évolution de tout cela, mais la grande question reste : ‘’comment va vivre ce budget dans les prochains mois, notamment auprès des ménages ?’’ ». « Ce budget fera en sorte de nous faire redevenir le premier département d’Île-de-France en terme de bonne gestion des finances avant la fin de mon mandat », certifie François Durovray. Sur ce sujet, seul l’avenir nous le dira.