Ce mardi 26 janvier, une grève nationale contre la réforme du collège est prévue. Les enseignants sont appelés à manifester pour réclamer l’abrogation de cette réforme attendue pour septembre 2016 et déjà en cours de mise en oeuvre…

C’est une grève nationale qui attend les collèges ce mardi 26 janvier. En effet, les enseignants du secondaire sont appelés à faire grève pour que leurs mots soient entendus : la fin de la réforme du collège, présentée en mars 2015 et adoptée en avril 2015. Le corps enseignant et les syndicats sont en colère. Pour la quatrième fois depuis mai, les enseignants sont donc invités par une large intersyndicale, dont le SNES-FSU, la CGT, SUNDEP-Solidaires ou encore SUD, à cesser le travail pour tenter de mettre en échec la réforme voulue par le gouvernement.

Initiée par la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem, cette réforme ne fait pas l’unanimité. Pourtant, la ministre souhaite renforcer « le maillon faible » du cursus scolaire. Pas assez individualisé, pas assez de soutien, le collège est une période déterminante pour l’avenir d’un élève. Entre la fin de l’enfance et le début de l’adolescence, c’est un passage complexe pour les élèves qui, s’ils ne sont pas bien encadrés, peuvent se trouver en échec scolaire. Cette réforme doit, en théorie, améliorer et encadrer beaucoup mieux les collégiens pour une arrivée plus sereine au lycée.

Mais que dit cette réforme et que fait-elle pour les collégiens ? Qu’elles sont les limites de celle-ci ? Et surtout, est-elle applicable ?

Une réforme qui résorbera les lacunes ?

Depuis l’année dernière, le gouvernement a dû faire face à une vague de mécontentement. Trois mouvements de grève ont déjà eu lieu pour protester contre ces nouvelles mesures. Mais qu’impliquent-elles ?

A compter de la rentrée 2016, différents points seront à mettre en place. Le premier, et pas des moindres, les EPI, pour Enseignements Pratiques Interdisciplinaires. Donc, dès la 5e, les collégiens devront assister à ces modules de trois heures par semaine maximum. Ils croisent plusieurs disciplines autour de thématiques transversales. Huit thèmes seront abordés :« développement durable », « information, communication et citoyenneté », « langues et cultures de l’Antiquité », « langues et cultures étrangères ou régionales », « monde économique et professionnel », « corps, santé, sécurité », « culture et création artistique » et enfin « sciences et société ». Les élèves devront au moins suivre deux de ces modules par an, soit six thématiques abordées sur les huit à l’issue de leur scolarité au collège. Pas question que cela empiète sur le temps du tronc commun qu’est le français, les maths ou encore la physique. Ce sera un temps utilisé de manière différente puisque ces enseignements sont transdisciplinaires, ils ne vont pas prendre la place des autres matières. 

Autre point important, un accompagnement personnalisé. Destiné à soutenir la capacité d’apprendre à améliorer leur performance, les collégiens pourront dès la 6e bénéficier de ce soutien. Concrètement, il s’agit de soutien à la carte pour les élèves. Les élèves auront trois heures par semaine d’accompagnement personnalisé et au moins une heure en 5e, 4e et 3e. Tous les collégiens pourront en bénéficier et il se déclinera en petits groupes et éventuellement par niveaux. Bien entendu, ces heures seront inclues dans la grille horaire déjà existante et c’est le conseil pédagogique de chaque collège qui décidera niveau par niveau, voire classe par classe si ces heures sont consacrées à de la méthodologie, à du soutien en maths ou à de l’aide aux devoirs.  

Autre nouveauté, les langues seront mises à l’honneur. Bien que les horaires de la première langue vivante ne changent pas – quatre heures en 6e puis trois heures dans les autres classes – c’est la LV2 qui observe quelques changements. Au lieu de commencer sa pratique en 4e, elle débutera en 5e. Les collégiens auront 2h30 de LV2 en 5e et autant en 4e et 3e soit 7h30 au total contre 6 heures aujourd’hui. Mais ce n’est pas tout. La réforme touche aussi d’autres classes. Les sections bilingues, européennes et internationales seront supprimées, jugées trop élitistes par la Ministre. Cette mesure a pour but que tous les élèves bénéficient du même nombre d’heures, exception faite pour les élèves qui ont étudié l’allemand ou l’espagnol en primaire plutôt que l’anglais? Cest souvent le cas dans les zones frontalières : ils pourront suivre deux langues vivantes (leur première langue et l’anglais) dès la 6e.

Enfin, le latin sera lui aussi impacté. Initialement, il devait devenir une option pour être intégré à l’EPI « Langues et cultures de l’Antiquité ». Cependant, face à la fronde des professeurs de langues anciennes, le Ministère l’a finalement rétabli en tant qu’« enseignement de complément » (en plus de l’EPI). Les élèves pourront le suivre à raison d’une heure en 5e, de deux heures en 4e et en 3e– moins que les heures instaurées actuellement-. Seul bémol : le latin n’est pas inscrit dans la grille horaire et n’a pas de financement spécifique ; pour le mettre en place, les collèges qui le souhaitent devront prendre des heures sur leur marge d’autonomie.

Des enseignants en colère

Cette réforme va donc beaucoup remanier l’organisation du collège. Et ce n’est pas pour plaire aux enseignants. En effet, depuis l’annonce de cette réforme, le mécontentement grandit dans les rangs des enseignants. « Il y a un très fort taux de rejet pour cette réforme » explique Sophie Vénétitay, secrétaire départementale du SNES-FSU 91. Ce mardi 26 janvier marque la quatrième grève contre cette réforme. Les enseignants luttent pour les mêmes motifs : « La réforme ne va pas résoudre les problèmes du collège. Cela va même les aggraver  » affirme-t-elle. « Pour la mise en place des EPI, dans les faits, c’est impossible et très difficile à organiser. Cela ne correspond en rien à la réalité. Faire travailler deux enseignants ensemble, ce n’est pas possible ». Il est vrai que la mise en place de ces EPI risquent de prendre du temps et d’être complexe à mettre en vigueur et à organiser. Les enseignants estiment que l’interdisciplinarité ne doit pas être systématique et leur demandera beaucoup de temps de travail collectif, difficile à réaliser.

Et en plus, les établissements ne seront pas tous au même rythme. « Chaque établissement aura son propre fonctionnement et nous ne serons pas au même niveau, ce qui va créer de fortes inégalités d’un collège à un autre » poursuit Sophie Vénétitay. Bien que l’organisation soit floue, le principal souci ne réside pas là. « C’est la nature même du dispositif qui pose problème ». Ainsi, les grévistes veulent faire passer un message à la ministre, c’est un appel pour que cette réforme soit révisée. «  Si elle est maintenue, comment l’appliquer ? Etant difficilement applicable, comment faire ?  » se demande Sophie Vénétitay. « C’est un problème pour les enseignants, mais aussi pour les élèves » termine-t-elle.

Un projet viable ?

Dans certains établissements cependant, la réforme semble plutôt être bien acceptée. Au collège Montesquieu d’Evry, qui met déjà en avant des enseignements d’ouverture, le 18 janvier dernier, la semaine de la citoyenneté mettait à l’honneur la réforme du collège dans le cadre d’une table-ronde réalisée sous la forme d’une web-radio. Plusieurs intervenants ont donné leur vision de la réforme du collège.

Bien que ce projet soit refusé par une partie du corps enseignant, l’Education nationale maintient ses positions : cette réforme est bien fondée. « Les projets conduits par les élèves pourront être valorisés, à partir de la rentrée 2016. Il s’agit d’acquérir une méthodologie tout au long de la vie, de faciliter l’insertion professionnelle et sociale » explique Brigitte Rougier, inspectrice de l’Education nationale. Cette réforme met en avant l’encadrement plus poussé, mais aussi une plus grande autonome.

« Il y aura du temps dédié aux élèves. Ce qui auparavant n’était que des options sera maintenant généralisé. Le but est de faciliter la porosité entre les acteurs, l’Education nationale, les entreprises, les associations et les collectivités locales » affirme pour sa Henri Lequerré, chargé de mission école-entreprise à la DSDEN de l’Essonne, en référence aux possibilités d’ouverture des collèges vers l’extérieur dans le cadre de ces projets des élèves.

Ainsi, la réforme permettra, avant tout, de dynamiser le collège qui est une étape parfois difficile à passer et rendra les élèves plus curieux tout en étant autonomes. Elle permettra aussi de mettre en avant un travail de groupe, parfois nécessaire dans certaines disciplines. « La réforme apporte une méthodologie, introduit un mécanisme où les élèves deviennent co-acteurs. Cela permet de mobiliser les savoirs, les savoirs-faire, le savoir-être et le travail en équipe » argumente Marie Ros-Guezet, de la mission école-entreprise du groupe Thalès.

Du côté de la FCPE 91 (Fédération des Conseils de Parents d’Eleves), on soutient aussi cette réforme. « Le collège souffre et cette réforme est attendue depuis longtemps » indique Carla Dugault, présidente de la FCPE 91. « De nombreuses avancées sont proposées : la mise en place de nouvelles pratiques pédagogiques, le développement de l’interdisciplinarité, la généralisation de l’accompagnement personnalisé pour tous et le renforcement des langues…  ». Bien que cette réforme apporte beaucoup, les «  parents FCPE seront exigeants et vigilants sur les moyens accordés à la mise en place de la réforme  »

La réforme du collège met en avant les points faibles du système actuel. Pourtant, il est difficile de croire qu’appliquer toutes les nouveautés soient possibles. Cela demanderait une organisation sans faille et des contraintes réelles. Alors, applicable ou pas ?