Inédit. C’est le mot choisi par de nombreuses personnes pour qualifier le rassemblement de ce lundi matin. Dès 9h Place des Terrasses de l’Agora, les premiers manifestants arrivent. Plus les minutes passent, plus ils sont nombreux à s’entasser tout près de la Maison des Syndicats d’Evry. Les agents du département avaient prévenu, les voilà dans la rue afin de contester les politiques d’austérité menées par leur gouvernement. « C’est la guerre. C’est eux qui nous l’ont déclaré. Nous on avait rien demandé », peut-on alors entendre dans la foule. Si les mots semblent un peu crus, la colère des agents est pour le moins légitime. De nombreux changements sont à venir, 105 postes devraient notamment être supprimés dans les plus brefs délais.

Déjà bien garni, c’est peu après 10h que le cortège entreprend sa marche. Destination du jour, l’Assemblée départementale où se vote, ce lundi même, le budget de cette année 2016. Les premiers coups de sifflets retentissent, les agents peaufinent les derniers détails. « Travailleurs sociaux pauvres », « Agents du département en colère », « Préservons un service de qualité » : les slogans ont pris place sur les pancartes et les drapeaux flottent au-dessus des têtes. Des messages clairs, parfois parsemés d’un brin d’humour. « Pas de chocolat, pas de bras », écrivent certaines manifestantes sur leur tablier, faisant référence à la devenue célèbre réplique d’Omar Sy (« Pas de bras, pas de chocolat », dans Intouchables), et rappelant ironiquement que la direction n’a pas offert de chocolat au personnel pour ces fêtes de fin d’année.

Du gaz dans l’air, et peu d’avancée

Premier arrêt, juste à côté de la Maison du Tourisme de l’Essonne. Les klaxons résonnent de part et d’autre de la place, l’ambiance monte d’un cran, le soleil s’invite lui aussi dans la partie. Plus la manifestation avance, plus des agents viennent s’y greffer. Dans la foule on retrouve alors du personnel de santé, de la culture, des PMI, de l’Education nationale, ou même encore de Pixmania, en situation difficile depuis de nombreuses semaines. Dix minutes plus tard, c’est sous une cacophonie indescriptible que le cortège arrive devant les grilles de l’Assemblée départementale. Les forces de l’ordre, elles, ont eu pour consignes de bloquer l’accès.

« On veut rentrer, on veut rentrer », scandent les quelques 500 à 600 agents. « Nous on veut être reçus par le Président pour entamer des négociations. Il nous envoie son DG, il ne veut pas nous affronter », regrette alors Ollivier Champetier, responsable départemental de la CGT. Sous les coups de 11h, une délégation syndicale se forme à l’extérieur de l’Assemblée départementale. Sept syndicalistes vont alors pouvoir tenter de s’entretenir avec François Durovray. Dans le même temps, les conseillers départementaux de l’opposition que sont Marjolaine Rauze, David Ros et Jérôme Guedj, sortent sous les huées de la foule. « On a demandé une suspension de séance pour que la délégation soit reçue. Ça a été refusé », lance ce dernier au micro affirmant qu’il n’avait « pas connu tel mouvement social depuis 17 ans ».« Il a fallu qu’il se fasse virer pour être proche de ses agents », réplique un agent dans la foule, pointant du doigt Jérôme Guedj, ex-président du Conseil général.

Et alors que la séance va reprendre ses droits, les syndicalistes ressortent bredouille de leur périple. « Le Président a fait savoir qu’il nous recevrait dans la semaine (vendredi) », déclare l’une d’entre eux. Une réponse insatisfaisante pour les agents qui décident de poursuivre la manifestation. Les esprits s’échauffent quelques peu, certains manifestants tentent alors de forcer le passage. Les forces de l’ordre réagissent, les bombes lacrymogènes font le reste. La foule se dissipe, le calme revient peu à peu. Après quelques minutes de tergiversation, le cortège décide de se rendre devant la préfecture. « L’Essonne c’est qui ? C’est nous », reprennent-ils tous en cœur. Quelques éléments sont décrochés en chemin, et la manifestation s’achèvera deux heures plus tard, à la suite de quelques votes à mains levées statuant entre autres sur les prochaines actions à mener. Une nouvelle manifestation est par ailleurs prévue ce vendredi devant l’Hôtel du Département. Un retour au calme n’est donc pas encore d’actualité.