Plusieurs lieux de culte musulman en Essonne ont ouvert leurs portes au public ce week-end, ‎à l’appel du CFCM. A Massy, les visiteurs ont pu découvrir la nouvelle mosquée en travaux et rencontrer ses responsables et fidèles.

Mosquée Massy

Au micro, l’imam Abdelaziz décrit en quoi l’islam est selon lui une religion du vivre-ensemble (JM/EI)

Quelque 150 personnes ont répondu ce dimanche à l’invitation des responsables de la mosquée de Massy. Le lieu de culte musulman ouvrait ses portes ce week-end à l’initiative du Conseil français du culte musulman (CFCM)‎. Comme les mosquées des Ulis, d’Evry, Vigneux ou encore Athis-Mons, celle de Massy a participé à cette opération visant à faire découvrir l’islam et son fonctionnement, à l’heure où cette religion fait l’objet de débats et controverses dans le pays.

Avant même l’horaire de rendez-vous, quelques dizaines de curieux sont déjà dans les lieux, accueillis par des fidèles et bénévoles de la mosquée qui ont préparé thé et café. Présentant la démarche du jour, Mahmoud Ismaïl du Conseil des musulmans de Massy attire d’abord l’attention de ses visiteurs sur l’édifice en cours de finition. Il s’agit d’une mosquée construite aux normes environnementales de pointe, appelée à être unique en son genre en matière d’écologie (lire notre article). « Nous voulions un lieu à la hauteur du secteur où nous nous trouvons, ce quartier Atlantis » indique-t-il.

L’introduction de la discussion par l’imam Abdelaziz a ensuite consisté à rapprocher la démarche d’ouverture ‎du lieu de culte massicois aux préceptes de l’islam, considérant que « la clé du paradis, c’est d’aimer l’autre. Dire bonjour, c’est casser la barrière avec l’autre ». Puis poursuivant sur la nécessité de disposer de ce genre de lieu de culte, il a plaidé pour une transmission « du vrai visage de l’islam » , a contrario d’une vision pervertie prônée par « des assassins ».

Dès la fin du speech introductif de l’imam, plusieurs mains se lèvent dans l’assistance, autant de visiteurs souhaitant poser des questions ou participer au débat. La première concerne l’imam et l’organisation de son culte, celui-ci s’étant présenté comme ingénieur dans la vie civile. Comment s’organise-t-il pour gérer les offices religieux ? En quoi consiste le prêche du vendredi ? Suppléé par ses deux remplaçants, l’imam Abdelaziz conduit les prières du matin à l’aube et celle du soir avant le coucher. Et lors de la grande prière du vendredi, la mosquée de Massy fait appel à des intervenants.

Très vite, l’actualité et les sujets post-attentats viennent dans les questions et suscitent du débat entre le public et les responsables de la mosquée, tandis que d’autres rencontres ont lieu de manière informelle. « Malheureusement, certains jeunes partent en Syrie et comprennent la religion à l’envers » développe l’imam, « ces gens là n’ont pas étudié les sources de l’islam ». Il y a besoin selon lui de personnes ayant étudié profondément le coran pour conduire les prières. Sur la question de la formation des imams, il dit ainsi regretter le nombre « d’imams autoproclamés, à cause des nombreuses mosquées autodéclarées », ce qui renvoie à la question de la présence suffisante ou non de lieux de culte.

Entre sujets théologiques et rapports à la citoyenneté pour les Français de confession musulmane, des sujets géopolitiques sont également abordés par les visiteurs, comme lorsqu’un participant s’interroge sur les différences entre sunnites et chiites dans l’islam. « Les musulmans doivent se réunir, c’est essentiel, les différences sont des détails » indique l’imam en guise de réponse, préférant laisser certains sujets. Avant d’être interpellé directement sur des passages du livre saint. « Je ne connaissais pas cette religion, alors j’ai lu » raconte un visiteur du jour, « et j’ai trouvé des versets où il est répété les mots ‘combattre, périr, tuer’, comment est-il possible de dire que l’islam est une religion de paix ? »

L’imam Abdelaziz lui répond dans la logique d’interprétation qu’il est nécessaire de faire du texte sacré : « il faut se former pour comprendre, il y a par exemple 99 synonymes au mot ‘djihad’, un seul veut dire ‘combat’, il s’agit de comprendre à quelle date et dans quel contexte ces versets ont été révélés ». Il renvoie ainsi vers les livres de savants et la tradition qui pour lui, permettent de tirer des enseignements du coran.

« Je suis athée, et je crois en l’homme » témoigne ensuite une personne présente, tout en soulignant l’attrait de ce genre de démarche d’ouverture. Mahmoud Ismaïl vante en réponse « le vivre ensemble, c’est notre rôle dans ce quartier, il faut favoriser chaque pas vers l’autre ». Et de citer le collectif Abraham qui réunit à Massy les principaux cultes, dans une démarche de dialogue inter-religieux. Cette opération portes ouvertes a été en tout cas bien perçue par les visiteurs présents, jeunes comme plus anciens, familles et personnes seules qui ont passé ce moment dans cette mosquée. « En apprenant à se connaître, on casse les barrières et on brise le cercle de la peur » commente, enthousiaste, un jeune fidèle de la mosquée.