Depuis septembre 2013, la communauté de communes du Pays de Limours a réhabilité l’ancien site TDF des Molières. Depuis, ce ne sont pas moins de 25 artistes qui occupent les lieux. Entre créations et partages artistiques, les baux précaires du site se terminent en avril 2016…

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C’est un endroit atypique pour rencontrer des artistes mais, en plein coeur de la verdure essonnienne, l’ancien site de la TDF (TéléDiffusion de France) prend à nouveau vie. Depuis septembre 2013, la CCPL (Communauté de Communes du Pays de Limours) a réhabilité ce site pour des artistes, et apporte son soutien à ce projet culturel fort. En effet, ce bâtiment regroupe dans un même lieu des artistes venant de milieux artistiques différents. 1000m2 sont à la disposition de ces peintres, photographes ou sculpteurs. A l’époque, c’est Pascal Mollet, peintre, qui cherchait un endroit pour créer. « Pascal cherchait un atelier et il a loué ici. Puis, peu à peu, l’idée d’y accueillir d’autres artistes lui est venue naturellement » explique Joel Austin, photographe.

C’est donc dans ce bâtiment chargé d’histoire que les artistes ont pu prendre place et se sont vu attribuer des alvéoles, un espace de création pour chacun d’eux. Dès lors, les baux précaires qu’ils signent sont de 23 mois. Pourtant, il y a quelques mois de cela, les baux ne sont plus aussi longs ; la prochaine date butoir de la cession des baux étant pour avril 2016. La raison ? La CCPL a le projet de créer une Zone d’Activité Economique (ZAE) et ce ne sont pas moins de cinq hectares qui seront urbanisés pour créer une économie d’entreprises plus forte. Ainsi, les conventions d’occupations précaires seront résiliées au 15 avril 2016, le terrain sera vendu et divisé en plusieurs lots. Une situation qui attriste profondément les artistes. «  Je ne comprends pas que ça s’arrête. On a plein de beaux projets pour cet endroit. On pourrait donner des cours, faire des expositions, créer un café d’artistes mais ils considèrent qu’on ne générerait pas assez de profit dans la zone d’activité économique. Pourtant, il y a un grand intérêt à garder cet endroit d’art et de culture » affirme Pascal Mollet. Ce dossier reste complexe sur de nombreux points et la CCPL doit discuter  prochainement du sujet pour prendre une décision.

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L’art pour tous

C’est une aventure artistique avant tout pour les personnes se trouvant sur l’ancien site de la TDF. Ce sont des passionnés, des créateurs, des artistes souhaitant mettre en avant la culture du territoire. Ce site de 1000m2 accueille 25 artistes environ, avec, en plus, des résidents. Dans ce lieu où l’art est aux premières loges, la plupart des ateliers, dit alvéoles, sont occupés ; peintres, sculpteurs, photographes et bien d’autres ont l’occasion d’avoir un endroit pour laisser libre court à leur imagination. Sur les murs, la trace des graffeurs est encore présente. « Ils étaient venus ici pour une exposition et depuis, ils ont laissé leurs traces  » explique Joel Austin. Ce qui devait être une belle aventure voit maintenant son avenir de manière floue : les baux précaires arrivant à terme en avril 2016 et la CCPL ayant décidé de ne pas les renouveler avec ce un futur projet d’une Zone d’Activité Economique.

Depuis le changement de Président de la CCPL, les artistes se sentent laisser pour compte. «  l’ancien président Christian Schoettl soutenait ce projet. Il a participé à son lancement. Il nous a amené l’électricité, l’eau et il nous a aidé à nettoyer. La CCPL a mis pas mal d’argent pour qu’on puisse rester là » confie Pascal Mollet. « Depuis le changement de Président, tout à coup, il y a eu un autre état d’esprit ». Pourtant, les artistes ne cherchent en aucun cas le conflit. « Ca vient naturellement du fait qu’ils veulent que nous partions. C’est pas un squat, nous sommes locataires ».

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Un village d’artistes

Le bâtiment qu’il occupe est, certes, chargé d’histoire mais reste tout de même très précaire. En effet, l’isolation est inexistante, chacun a donc dû faire ses propres travaux dans ses alvéoles. « Ca reste simple mais on fait ce qu’on peut petit à petit. La CCPL a arrêté de nous aider donc on se débrouille  ». Question finance, le loyer est de 3€ le m2. De plus, les baux prévoient que le public ne pas être accueilli dans l’enceinte du bâtiment. « On est confidentiel, censuré. On ne peut pas accueillir de public, ni faire de la pub car on est en conflit avec les riverains à proximité ». En effet, pour accéder au site, il faut emprunter une route privée. A l’époque, la CCPL avait annoncé la création d’une nouvelle route pour éviter tout conflit mais elle n’a pas vu le jour.

Le projet de la ZAE reste problématique pour ces artistes qui cherchent diverses solutions pour rester dans cet endroit. Ils sont informés, par le biais du Maire des Molières, Yvan Lubraneski. « Il nous donne des nouvelles et nous soutient  dans notre démarche » affirme Pascal Mollet. Ces artistes souhaitent intégrer pleinement le projet de cette zone d’activité, ils souhaitent accueillir du public, donner des cours. «  Il y a des gens qui vivent de ça mais dans les baux, il est notifié qu’on ne peut pas recevoir de public pour donner des cours, alors que pour certains, c’est une source de revenus ». Créer une université populaire est également l’une de leurs idées. « On pourrait faire un village d’artistes et apporter culturellement tout en étant autonome. On ne refuse pas la ZAE mais on veut s’inscrire dedans. Ce serait de plus un super projet pour l’Essonne » poursuit Pascal Mollet. Le problème de ces artistes, c’est le manque de solution pour la suite. S’ils doivent partir, ils n’ont aucune solution de secours. « On est plusieurs ici à recevoir des gens, des clients : on a quand même une activité économique. Si on doit partir, la moitié se retrouveront sans emploi et sans moyen de travailler artistiquement » explique Pascal Mollet. C’est le désarroi pour tous les artistes occupant l’ancien site de la TDF. « On veut qu’ils comprennent l’intérêt d’avoir ce genre de structure sur le territoire. C’est un échange culturel entre artistes et à la fois une rencontre interne et externe ».

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Un dossier complexe

Du côté de la Communauté de Communes du Pays de Limours, c’est l’incertitude. Le projet est intéressant, culturellement enrichissant mais une grande question se pose : Que faire pour les artistes occupant l’ancien site de la TDF. « En tant que maire des Molières, je n’ai pas la décision finale et le pouvoir de décider s’ils peuvent rester sur le site » explique Yvan Lubraneski, maire des Molières. « Ce sont 14 villages qui décident de ce qu’il en adviendra ». Le maire et vice-président de la CCPL, chargé de la vie culturelle, sportive et du patrimoine n’a pas le pouvoir de décider. Pourtant, il soutient le projet. « En tant que maire des Molières, je les soutiens. Je pense qu’il est précieux d’avoir une telle synergie culturelle. Même s’ils se rassemblent dans un bâtiment précaire, ces conditions peuvent être améliorées » poursuit-il. La grande question est de savoir que faire pour ce dossier complexe et sensible. «  Il y a plusieurs possibilités à ce problème » d’après le maire des Molières. Deux solutions sont possibles selon lui : la première, si la CCPL est prête à retirer trois lots de son futur projet de la ZAE et donc laisser le bâtiment aux artistes ; la seconde, qu’ils puissent réhabiliter le bâtiment de manière à pouvoir continuer leur activités culturelles. Le problème étant le financement. « On est favorable au projet, je pense que c’est conciliable. Le seul bémol, c’est le financement. Qui finance la réhabilitation du bâtiment ? Il faut que le site soit rénové pour qu’ils puissent accueillir du public, ne serait-ce que pour recevoir des écoles ou lors d’expositions. Les Molières ne peuvent assumer un tel investissement. C’est bien trop lourd. Ca va coûter des milliers d’euros donc, difficile pour l’instant de trouver une solution à ce dossier » poursuit Yvan Lubraneski.

Que faire alors pour la CCPL pour résoudre cette question épineuse? Jean-Raymond Hugonet, Président de la communauté de communes et maire de Limours prend ce dossier très au sérieux. « Cela a été géré de manière très particulière et c’est une situation minée. Lorsque j’ai pris la présidence, deux semaines après, j’ai dû régler un contentieux entre les riverains et la CCPL, et j’ai suspendu ces conflits intelligemment » explique-t-il, rappelant qu’il est artiste lui aussi. Avec son costume assis derrière son bureau, qui pourrait imaginer qu’il peut se retrouver sur scène à jouer ou à improviser ? « Je connais ce monde et j’ai un profond respect pour ces personnes ». Ce dossier lui tient particulièrement à coeur bien que complexe et difficile à démêler. « Je n’ai pas de visibilité sur le dossier car ça a été mal géré. Je veux qu’on arrive à trouver une solution, ensemble avec les artistes et la CCPL qui convienne à tous ». Tout d’abord, tous les baux ne se terminaient pas à la même date, Jean-Raymond Hugonet a dû les faire modifier pour des raisons de pratique. Concernant la fermeture des ateliers d’artistes, il n’est pas catégorique. Même si les baux se terminent le 30 avril 2016, cela ne signifie pas à l’en croire que tout va s’arrêter d’un coup. « Au 30 avril, nous n’aurons pas les capacités de déployer ce dossier en donnant une solution. Il y a tout un processus avant d’y arriver ». La signature de nouveaux baux sera même possible après avril mais pour une durée qui n’excèdera pas un an, car ce ne serait pas logique pour la CCPL de faire une longue durée avec un projet tel que la ZAE. « Je suis ouvert à la discussion avec les artistes, je les ai même rencontrés. Ils peuvent nous fournir un projet pour que nous l’étudions et faire une opération groupée pour que nous puissions avancer. Pouvoir discuter avec un interlocuteur. Je pense que la zone d’activités et les artistes peuvent co-exister  ».

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Le problème du financement revient tout de même sur le tapis. En effet, à l’heure actuelle, avec la baisse des dotations de l’état, l’argent reste le problème principal. La CCPL a déjà aidé les artistes à réaliser des travaux en amenant l’électricité, l’eau, mais à quel prix ? « Il faut aussi qu’ils comprennent que le loyer n’a pas fini de rembourser les travaux que nous avons effectués à l’intérieur ». Mais les machines ne tournent plus pour le moment. Ce dossier n’étant pas la priorité, ce projet reste en suspens. L’avenir demeure flou quant à la réhabilitation du site. Jean-Raymond Hugonet se dit ouvert aux discussions, mais ne peut rien dire sur l’avenir. «  Nous avons plusieurs directions. Ils peuvent racheter le site ou proposer un projet, mais il faut que nous en parlions à la CCPL. Nous leur répondrons. C’est un dossier complexe ».

Avec de tels problèmes à résoudre, le sujet de l’avenir de ce lieu artistique semble au point mort. Entre financement à trouver, des solutions justes et une culture à défendre, les points de vues seront-ils conciliables pour que vive un tel lieu ?

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