Réunis en conseil municipal, les élus d’Athis-Mons ont débattu sur le maintien d’un plat de viande de substitution les jours où du porc serait servi en cantine. Finalement, la commune a opté pour son retrait des menus au profit d’un plat de légumes. Une décision qui est loin de faire l’unanimité au sein du conseil.

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En Essonne, elles étaient deux, elles sont désormais trois. Après Wissous et Chilly-Mazarin, c’est maintenant au tour de la commune d’Athis-Mons de supprimer le repas dit « de substitution » lorsqu’il y a du porc servi à la cantine des écoles athégiennes. Plus précisément, il s’agit de « supprimer la viande servie les jours où le porc figure au menu », informe Christine Rodier, maire de la commune.

Cette décision a donc été mise au vote, puis approuvée par la quasitotalité des membres de la majorité ce mercredi 16 décembre lors de la séance du conseil municipal. Une décision qui intervient alors que le marché qui lie la commune à un prestataire sur la question de la restauration scolaire touche à sa fin le 6 janvier prochain. « Le nouveau marché ne comprend plus l’obligation pour le prestataire de proposer une protéine de substitution lorsque le plat principal est à base de porc. Ainsi, les enfants pourront soit consommer de la viande, soit consommer uniquement des légumes », précise Laure Lafond, adjointe au maire en charge de la petite enfance. Voilà donc ce vers quoi la commune d’Athis-Mons se dirige pour ce début janvier.

Le respect de la laïcité ?

Cette décision est loin de faire l’unanimité entre les conseillers municipaux, notamment dans les rangs de l’opposition de gauche. Pour son leader Patrice Sac, cette action « a une portée qui va au-delà de la simple modification » du règlement intérieur des activités péri et extra scolaires. « Pourquoi ne pas conserver le système actuel, questionne l’ancien conseiller général de l’Essonne. De cette mesure va naître un clivage artificiel entre les enfants au moment de la cantine ». Pour lui, c’est une question fortement liée à la laïcité. « La laïcité, c’est une tolérance, un respect de l’autre et des croyances. Avec ce système, il y a un vrai risque de stigmatisation de ces enfants », s’inquiète Patrice Sac.

Des propos que ne digère pas la maire d’Athis-Mons. « Je suis révoltée quand j’entends qu’on soulève ce genre de problème à ce sujet ! La laïcité, il faut l’appliquer », s’insurge Christine Rodier. Pour elle, cette mesure permettrait de mettre les enfants sur le même piédestal. Les enfants de confession musulmane ou juive pourront ainsi profiter d’un plat de légumes plus garni. « Tout le monde n’aime pas forcément le bœuf, l’agneau ou le lapin et dans ces cas-là, on se rabat sur les légumes. C’est ce que font les enfants quand ils n’aiment pas un plat. La situation sera comparable quand il y a du porc », confirme cette dernière. L’opposition craint ainsi des déséquilibres alimentaires. « Il y aura donc des menus protéinés pour les uns et non protéinés pour les autres. Ce n’est pas la meilleure des solutions », rétorque Patrice Sac. « Nous ne proposerons pas qu’une seconde portion de légumes, les menus seront plus travaillés, assure la maire. De toute manière, les menus sont affichés à l’avance. Soit ils mangent le plat sans viande, soit ils rentreront chez eux pour manger si cela pose problème ».

Est-ce là la meilleure façon d’appliquer le principe de la loi de 1905 ? Pas si sûr pour les rangs de l’opposition communale qui choisissent de grossir le trait sur cette question. « Si on prône la laïcité à la cantine, il faudrait retirer le plat du poisson toujours fixé au vendredi, car il s’agit d’une pratique chrétienne », explique Patrice Sac qui estime que la majorité instaure « une laïcité à deux vitesses ». Des propos que balaie d’un revers l’adjointe en charge de la petite enfance. « Je travaille dans une université, et cela fait trente ans que je mange du poisson chaque vendredi. Pourtant, les universités sont réputées comme étant des lieux laïcs », rapporte Laure Lafond.

Pas le bon timing ?

Si l’opposition exprime son total désaccord avec la maire, cela fait aussi réagir des membres de la majorité, comme Omar El Mourabet. Le maire-adjoint, également membre du conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), a choisi de s’abstenir dans le cadre de ce vote. « Ni l’ancienne version, ni la nouvelle ne me conviennent, notamment pour la question de consommation de la viande halal et casher. Cette mesure n’est pas la bonne solution. La laïcité, c’est avant tout la neutralité et pas la mise en avant d’une religion », confie-t-il.

Cette décision fait d’autant plus réagir qu’elle intervient dans « un contexte plus que particulier », affirme Patrice Sac. La plaie des attentats parisiens du 13 novembre n’étant pas encore totalement refermée, celui-ci voit dans cette mesure une atteinte au vivre ensemble. « Un mois après les attentats, c’est une décision inopportune. Vous devez être la maire de tous les Athégiens », lance-t-il à Christine Rodier. « Le marché a été mis en place avant les événements tragiques de novembre, complète l’adjointe en charge de la petite enfance. Nous avons choisi de le maintenir ».

Cette décision a donc finalement été entérinée ce mercredi 16 décembre, lors du dernier conseil municipal de l’année. Dès le 7 janvier prochain, les enfants athégiens n’auront ainsi plus la possibilité de demander un plat de viande de substitution quand il y aura du porc au menu.