Le Conseil départemental s’apprête à voter un budget 2016 « dans l’impasse », selon les mots de son président François Durovray. Alors que des décisions doivent être prises d’ici janvier, une seule certitude, de grosses économies voire des hausses d’impôts sont à prévoir.

Conseil départemental

Les mots sont bien choisis, précis et censés illustrer la gravité de la situation. Au sortir du Débat d’orientation budgétaire (DOB) organisé en séance publique du Conseil départemental ce lundi 14 décembre, le président (LR) de l’instance François Durovray dresse un tableau noir de la situation des finances du Département, qu’il juge « catastrophique ». « Nous disons la vérité aux Essonniens. Nous leur révélons la situation telle que nous l’avons trouvée. Cette situation est la conséquence de l’inconséquence de la précédente majorité : durant de longues années, Messieurs Guedj et Da Silva, ont laissé filé les dépenses en les finançant par de la dette. Ainsi en 17 ans, la dette a été multipliée par 4,5. Puis, quand les limites de l’endettement ont été atteintes, l’ancienne majorité a eu recours à la cavalerie plutôt que de prendre les seules mesures qui s’imposaient, à savoir, la hausse de la fiscalité et/ou la baisse des dépenses. Les conséquences de cette attitude irresponsable sont d’une part, 1 milliard d’euros d’endettement et, d’autre part, 108 millions d’euros de factures non budgétées. Il est temps d’arrêter l’insincérité budgétaire pratiquée jusque-là » annonce-t-il dans un communiqué.

La présidence explique ainsi qu’elle a saisi le préfet et la Chambre régionale des comptes sur l’état des comptes du Département. « Faute d’une solution à cette impasse budgétaire, le département de l’Essonne va vers une mise sous tutelle du préfet » assurent même les collaborateurs de François Durovray. Celui-ci indique que la question de cette mise sous tutelle « se pose véritablement mais aurait des effets catastrophiques pour notre territoire ». Citant le travail du cabinet Klopfer sur la situation présentée en septembre dernier (lire notre article), le président du CD conclut par ce cap : « la majorité travaillera jusqu’au dernier jour pour éviter cette issue dramatique ». Des arguments qui laissent pantois l’opposition, et ancienne majorité de gauche, mise en cause par la nouvelle équipe sur sa gestion, et accusée d’avoir aggravé la situation.

Président du groupe d’opposition au Département, le socialiste David Ros est remonté contre la position de la présidence, sur le fond comme sur la forme. « Premièrement le Département ne peut pas demander sa mise sous tutelle, elle est décidée par les services de l’Etat » affirme-t-il, contestant les accusations de mauvaise gestion faites à son ancienne majorité : « c’est une orchestration un peu excessive, , il n’y a pas de factures impayées, mais un glissage d’une année sur l’autre. On ne conteste pas la situation structurelle et conjoncturelle difficile, mais attention à la mise en scène. Quand ils parlent de ‘faillite’, ça a un côté science-fiction ». David Ros décrit ainsi ce DOB comme  » le deuxième étage de la fusée Durovray, le premier était l’audit, pour le troisième, il prépare une augmentation d’impôts, ou une baisse drastique des dépenses, ou les deux ».

100 millions d’euros pour 2016 et 2017

« Inquiet de la situation », François Durovray précise que le budget 2016 sera voté le 25 janvier prochain, avec un objectif clair : « il y a 100 millions d’euros à trouver en deux ans ». Lundi en séance, certaines délibérations ont fait jaser du côté de l’opposition, vu le contexte, « il y’a eu des votes pour de nouvelles dépenses en 2015 et des engagements en 2016, contestées même par Dassault et Tron » ajoute David Ros., qui tacle la nouvelle équipe à la tête du Département : « ça fait 6 mois qu’ils sont à la manoeuvre et ils n’agissent pas, par contre ils renvoient une image déplorable de l’institution, ce qui est irresponsable à plus long terme ». Au sein de la majorité en tout cas, les discussions sont ouvertes sur les dépenses qu’il va falloir raboter, ce « dans tous les services » font savoir les élus de la majorité, comme chez les pompiers qui pourraient voir certaines casernes rurales se regrouper (lire notre article). « Evidemment on va baisser un petit peu, mais par exemple sur la Culture, on ne va pas du tout la sacrifier, ça sera sur des réorganisations. Sous l’ancien mandat ils ont baissé de 38% en quatre ans ce budget, nous on fera des économies mais il restera à peu près équivalent. Par exemple on compte renforcer la médiation culturelle autour des oeuvres du fond d’art contemporain » illustre ainsi Aurélie Gros, vice-présidente à la Culture du Conseil départemental.

Et la situation n’empêche également pas François Durovray de voir grand pour l’Essonne, comme il le spécifiait au sortir des « Assises » du département où se sont réunis il y a peu des dizaines d’acteurs travaillant en lien avec le Conseil départemental. 588 propositions sont d’ailleurs ressorties des quatre séances de travail ainsi que de la restitution du 25 novembre dernier. « Il est indispensable de marier contraintes budgétaires et projets » précisait-il alors, citant l’idée de créer une « Maison de l’Essonne » à Etampes pour regrouper les différents agents du département, où encore la décision de créer un acteur public d’aménagement ou de voir construire un collège-lycée international sur le Plateau de Saclay.