Redoutée pour ce premier tour des élections régionales, l’abstention n’a finalement pas manqué son rendez-vous. Pour autant, celle-ci est moins forte qu’en 2010, date des précédentes élections.  

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« Le premier parti de France, c’est l’abstention ». Avec ces mots, Aurélien Véron, président du Parti libéral démocrate et tête de liste régionale pour la liste « Aux urnes citoyens » annonçait la couleur. « Elle gagne du terrain d’élection en élection », confiait-il récemment. Déjà conséquente en Essonne lors des élections départementales de mars dernier avec 52,53%, certains redoutaient que l’abstention soit de nouveau au rendez-vous ce dimanche 6 décembre pour le premier tour des élections régionales. Finalement, elle était bien là. Le clan des abstentionnistes l’emporte d’une courte tête face à celui des votants. La participation s’élève ainsi en fin de soirée à 47,68% en Essonne. C’est toutefois mieux qu’en 2010, lors du précédent scrutin régional qui avait vu la gauche l’emporter pour la troisième fois. Il y a six ans, la participation avoisinait les 45%, soit 2,43 points de moins que cette année. Un résultat qui était difficile à déterminer, tant cette campagne a été particulière.

Un « sursaut républicain » ?

Particulière, c’est le mot. En effet, alors même qu’elle devait s’accélérer, celle-ci fut stoppée par les terribles attentats qui ont touchés la capitale le 13 novembre dernier. Interrompue pendant quelques jours, celle-ci a repris non sans mal. « Cela a totalement cassé les dynamiques, analyse Nicolas Dupont-Aignan, tête de liste régionale de Debout La République. Il n’était pas si facile que cela de relancer la machine après ce drame ».

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Pour autant, les fusillades parisiennes auront permis de « remobiliser quelques personnes », comme le confirme Geneviève. Cette dernière, électrice yerroise, n’aurait « peut-être pas voté sans ces événements ». Egalement concerné par cela, Alain, 50 ans, habitant de Saint-Pierre-du-Perray, affirme que « ces attentats [lui] ont fait prendre conscience qu’il fallait voter aujourd’hui. A mon sens, le meilleur moyen de lutter contre le terrorisme, c’est de faire confiance à notre République et d’aller voter », assure ce dernier. « Dans le contexte actuel, justement il faut aller voter pour montrer qu’on est français. C’est un droit, un devoir », indique Houssou, 43 ans, un votant de Massy

Ce sursaut républicain aurait donc permis à l’abstention de régresser quelque peu par rapport à 2010, même si au total plus d’un électeur sur deux n’est pas venu voter.

Un désintérêt croissant ?

Il s’agit donc d’un léger regain de participation et les événements du mois dernier n’auront pas bouleversé la donne. Car oui, les abstentionnistes sont toujours très nombreux en Essonne. Cela pour plusieurs raisons. « Je ne me suis pas senti concerné par les différents discours des candidats, lâche Jean-Claude, 42 ans. Habituellement, je me déplace dans les bureaux de vote mais là,  impossible de me faire une vraie idée. Les débats ne portaient pas forcément sur les enjeux de la région, mais plus sur une guerre entre candidats. Les médias sont fautifs de ce suivi biaisé ».

Une campagne mal négociée pour certains, et mal située pour d’autres dans le calendrier. « Je ne vais pas voter car cela se passe à quelques jours de Noël. Je travaille tous les jours sauf le dimanche, et c’est mon seul jour pour finir mes achats », commente José, 41 ans, qui arpente les allées du centre commercial de Carré Sénart. Un centre qui a été d’ailleurs très fréquenté lors de cette ouverture exceptionnelle. « Cela ne m’intéresse pas », déclarait simplement une partie des clients du centre commercial à la question de savoir s’ils avaient voté ou non. Parmi ces abstentionnistes, de nombreux jeunes. « Il y a pas mal de jeunes qui ne vont pas voter, qui pensent que ça ne sert à rien. C’est ce que j’entends autour de moi. Que ce soit la gauche ou la droite, ils disent qu’on ne fait rien pour eux  », reprend Houssou.

Ainsi, ce possible désintérêt de la vie politique s’exprime notamment en chiffres. A l’issue du premier tour, même si les résultats sont meilleurs qu’en 2010, certaines communes ne décollent pas en termes de participation. Quelques-unes d’entre elles stagnent autour de la barre des 30%. C’est le cas à Evry. Dans la ville préfecture, le taux de participation approche les 36% avec 35,86%. A Grigny enfin, moins d’un électeur sur trois s’est déplacé (31,06%).

Même s’ils existent, ces scores ne sont pas encore monnaie courante dans le département. Reste maintenant à savoir si ces résultats se réitéreront dimanche prochain lors du second tour.