Le premier tour des élections régionales est marqué par la présence de plusieurs listes dont l’ambition réside au delà du scrutin de dimanche. Ces « petites listes » entendent se servir des élections comme tremplin pour leurs idées ou leur mouvement.

Les panneaux de rue sont un bon moyen pour avoir de la visibilité pour ces "petits candidats"

Les panneaux de rue sont un bon moyen pour avoir de la visibilité pour ces « petits candidats » (JL/EI)

Ils ne s’attendent pas à obtenir des sièges de conseillers régionaux… quoique. Ils, ce sont les candidates et candidats de ces listes créditées de 1% ou moins de suffrages dans les différents sondages. Malgré une campagne qui n’en fut pas une (lire notre édito), où les thèmes régionaux ont laissé la place à des débats nationaux faisant suite aux attentats de Paris, ils entendent populariser leurs combats spécifiques à travers ce scrutin. Ces partis et mouvements qui se présentent ont comme chacune des 13 listes en Ile-de-France du trouver 225 candidats, dont 24 en Essonne. Ce qui leur donne déjà une existence à l’heure d’aborder ce premier tour.

Vous avez dit citoyens?

Qui a dit que les valeurs de la citoyenneté se perdaient? Pas moins de trois listes se présentent sous l’étiquette « citoyenne » en revendiquant un renouveau de la politique, hors des partis traditionnels. C’est le cas de la liste « Aux urnes citoyens » conduite par le président du Parti libéral démocrate Aurélien Véron. Le candidat explique sa démarche de mouvement citoyen : « c’est une plateforme collaborative, qui fonctionne différemment des grands partis. C’est un plan horizontal. Il y a des gens de sensibilité de gauche, de droite, bref, c’est le projet qui nous rassemble ». Il entend ainsi remettre la politique dans les mains des citoyens par le bien de référendum.

Autre liste de cette catégorie, celle de « Nous citoyens » conduite par Valérie Sachs. Ce mouvement créé par des entrepreneurs veut mettre la vie économique au coeur des mandats politiques, en promettant de « libérer les énergies » et de prendre « les bonnes idées » d’où qu’elles viennent, afin de mettre fin au « décalage entre l’engagement électoral, la parole, l’action publique et l‘acte politique ». L’Essonnien et adjoint au maire de Massy Dawari Horsfall n’est lui pas à son coup d’essai. A la tête de la « liste d’Union citoyenne », il souhaite convaincre « les Franciliens qui ne se sentent plus représentés par les partis politiques traditionnels ». Celui qui se définit « sans étiquette » a voulu présenter une liste « véritablement représentative des franciliennes et franciliens » pour ces Régionales.

Les candidats LO en Essonne

Les candidats LO en Essonne lors d’un point presse (JM/EI)

Priorité aux débats nationaux

Certaines listes visent explicitement à construire un mouvement à plus long terme. C’est le cas du parti UPR – Union populaire et républicaine créé par François Asselineau en 2007. Sa tête de liste en Essonne Isabelle Hoehne, se voit « au-dessus des clivages gauche-droite. C’est un mouvement de rassemblement large comprenant des personnes de la société civile autour de François Asselineau ». Comme sur sa profession de foi, le mouvement mise sur son programme national : « nous demandons entre autres la sortie de l’Union européenne, la sortie de l’euro et la sortie de l’OTAN. Ces thématiques sont aussi très importantes pour l’avenir de la Région, même si nous avons des propositions uniquement pour l’Ile-de-France ».

Acteurs traditionnels des scrutins locaux comme nationaux, les militants du parti trotskiste Lutte Ouvrière présentent leur liste aux Régionales, derrière leur porte-parole Nathalie Arthaud. En Essonne, c’est Jean Camonin, ancien conseiller municipal de Corbeil-Essonnes, qui conduit la liste. Ceux-ci assument d’emblée : « nous n’avons pas un programme régional, mais un programme national illustré d’exemples locaux, notre but est dans l’intitulé de la liste ‘faire entendre le camp des travailleurs ». Les candidats LO se positionnent en rapport à l’actualité sur les conflits sociaux notamment, « on dénonce les 3000 suppressions d’emploi chez Air France, alors que l’entreprise fait 500 millions d’euros de bénéfice au 1er semestre 2016 » illustre Jean Camonin.

Nouvelle coalition issue de différents groupes associatifs et politiques, le mouvement FLUO regroupe en Ile-de-France des militants LGBT, acteurs du monde des free-party, ou encore le Parti pirate. En Essonne, c’est l’ancien candidat du mouvement Cannabis sans frontières aux Européennes, Farid Ghehioueche, qui représente la liste. « Se présenter, c’est alimenter le débat » avoue cet habitué des élections, « même si la politique, on la fait tous les jours, car notre liste est composée de personnes proches des réalités quotidiennes ». Le candidat entend mettre en avant des « préoccupations fortes » rencontrées par les citoyens : « parler de sexe, de drogue ou de culture libre peut paraître bizarre dans cette période, mais à FLUO nous sommes des gens impliqués et nous savons de quoi on parle ».

2017 dans le viseur

Plusieurs de ces listes ou candidats affirment à demi-mot viser clairement les prochains scrutins nationaux, surtout les présidentielles et législatives de 2017. Pour l’UPR, Isabelle Hoelne exprime l’ambition de ce parti qui existe depuis 2007 : « nous avons déjà parcouru du chemin, en témoigne notre forte progression en termes d’adhérents. Avec cette élection, on engrange de l’expérience pour plus tard et cela nous servira d’appui, notamment pour la présidentielle ». François Asselineau n’avait pas obtenu les 500 signatures en 2012, il est déjà en campagne pour 2017. « Nous avons participé aux législatives de 2012, c’était les débuts de notre mouvement, rappelle Aurélien Véron, qui est également président du Parti libéral démocrate. Petit à petit on apprend le métier. Avec ces régionales, c’est la première fois qu’on tape aussi gros avec 7,5 millions d’électeurs. Ça va être une étape importante pour notre développement ». Sur la suite, il complète : « notre objectif pour 2017, ce sont les législatives et pourquoi pas plus. Je pense qu’on va encore grossir d’ici la présidentielle ».

De son côté, FLUO se verrait bien tracer sa voie pour ce rendez-vous majeur de la vie démocratique du pays. « L’idée serait de présenter 577 candidats aux législatives, toujours sur nos thématiques », affirme Farid Ghehioueche, pour qui la question du cannabis revêt un caractère économique et social majeur : « ça peut rapporter à tous les étages, en terme d’emploi, fiscal, mais aussi écologique, avec la ressource qu’est le chanvre, et il y a une proposition urgente, que les maladies lourdes comme les myopathies puissent être traitées avec les cannabinoïdes ». Enfin, la liste de l’Union des musulmans démocrates français propose un programme de vivre-ensemble, avec une liste qui veut « une Ile-de-France qui rassemble ».