Depuis deux jours, les centres commerciaux d’Évry 2 et de Carré Sénart sont au cœur d’une rumeur faisant état d’un « sérieux risque d’attentats ». Bien que celle-ci soit « totalement infondée » selon les autorités, elle s’est tout de même profondément propagée auprès des populations, réveillant ainsi les craintes des clients.  

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« Ça fait bizarre de voir le centre avec si peu de monde. On se croirait en plein mois d’août ». Par ces mots, une gérante d’une enseigne de prêt-à-porter masculin fait état d’une drôle de journée dans le centre commercial d’Évry 2. Car oui, si les différents parkings de l’Agora sont comme d’habitude toujours aussi garnis, l’intérieur du centre affiche quant à lui un autre visage ce mercredi 18 novembre. En effet, les gens ne se bousculent pas devant les vitrines ou dans les magasins, la file d’attente au tabac est moins longue que d’habitude… Dépourvues de monde, les galeries du centre paraissent même plus grandes qu’à l’accoutumée.

Même constat durant les heures de pointe. Traditionnellement le créneau 12h-14h, très prisé des étudiants ou des salariés des entreprises du coin qui profitent de leur pause déjeuner pour venir fréquenter les restaurants du centre, est en baisse de fréquentation et ne ressemble pas à un « midi habituel ». Les files d’attente sont là encore moins fournies, et il est même inutile de procéder à une « chasse aux tables vides » qui se pratique tant habituellement. Bref, ce mercredi, il y avait comme quelque chose de différent dans ce lieu pourtant si vivant généralement.

Une alerte attentat, info ou intox ?

Une différence d’ambiance qui interpelle certains vendeurs et passants. « Les événements de ce week-end sont directement imputables à cette baisse d’affluence, estime une commerçante en prêt-à-porter. Cela me rappelle le mois de janvier dernier et les attaques à Charlie Hebdo. Nous avions connu quelques jours très calmes », se souvient-elle. Les soldes d’hiver avaient même réalisé de mauvais chiffres suite à ces événements tragiques.

Ainsi, ce chamboulement peut s’expliquer par les attaques du 13 novembre. Une version que les clients du centre confirment, mais beaucoup d’entre eux avancent un autre élément pour expliquer cet état de fait. « Il y a cette info qui court depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, annonçant qu’Évry 2 pourrait être la cible d’attentats dans les prochains jours, voire dans les prochaines heures », explique Johan, 23 ans, étudiant à l’université d’Evry-Val d’Essonne toute proche.

Et il faut dire que cette « information » est connue de la plupart des personnes interrogées ce mercredi midi. Diffusé puis repris en masse sur les réseaux sociaux Twitter et Facebook, un message court annonçant que les centres commerciaux d’Évry 2 et de Carré Sénart feraient l’objet « d’un risque très sérieux d’attentats ces prochains jours », souvent suivis de différentes mentions comme : « de sources policières », « confirmé par la gendarmerie », ou encore « source émanant de la Préfecture ».

Ainsi, par le jeu des réseaux sociaux et même des SMS, « l’information » a vite fait le tour auprès de la population. Cette rumeur s’est rapidement diffusée dans des entreprises et même dans des lycées des environs.

Problème : la gendarmerie, la police et la Préfecture de l’Essonne démentent formellement cette information. « Les rumeurs qui circulent sur un attentat à Evry2 ou à Carré Sénart sont des rumeurs sans fondement, nous en avons maintenant l’assurance de source officielle », garantit la Préfecture également sur les réseaux sociaux. « Nous sommes en état d’alerte, mais il n’y a rien de spécifique sur ces centres commerciaux », confie la gendarmerie de l’Essonne qui assure que le premier message relayé sur les réseaux sociaux ne provient pas de ses services. « C’est une rumeur comme il y en a beaucoup en ce moment ». Idem, le centre commercial d’Évry 2 confirme l’existence de rumeurs infondées circulant par SMS et rappelle que des « mesures de sécurité renforcées, imposées par la Préfecture, ont été mises en place dès lundi, avec la plus grande rigueur, pour assurer la sécurité des visiteurs ».

(JL/EI)

La rumeur d’attentat incluait aussi le centre commercial de Carré Sénart (JL/EI)

Ne pas sombrer dans la paranoïa

De simples rumeurs, qui ont pourtant fait beaucoup de bruit. Ce mercredi midi donc, les personnes au courant de ces rumeurs réagissent différemment. « Ça fait peur, assure Messaouda, 36 ans. D’autant plus que l’un des kamikazes vient de Courcouronnes. Je ne vais pas m’éterniser ici ». La peur est encore présente, mais l’envie n’est pas à la généralisation de cet état de fait. « Cette histoire de rumeur ne me fait pas rire, j’ai d’ailleurs hésité à venir, assure Ali, 47 ans. Les épreuves traversées ces derniers jours sont affreuses. Il faut pourtant que nous continuions à vivre. Ce genre de rumeurs ne va pas nous aider à repartir de l’avant, pire encore, on va tous devenir paranoïaque avec tout ça ! ». Des propos que beaucoup de passants reprennent. « Des risques, il y en a oui. À ce moment-là, on ne sort plus au cinéma, ni au restaurant, ni même en famille », surenchérit Johan, 29 ans. « C’est totalement ridicule de croire de telles choses. Si ça doit arriver, ça arrivera et ça sera pas de chance. Il faut vivre ! Cependant, je dois reconnaître que c’est agréable de manger et faire ses courses dans des conditions pareilles, sans trop de monde dans les galeries », ironise une jeune femme.

La peur est donc encore présente près d’une semaine après ces terribles événements, ce qui est normal. Dans ce contexte particulier, les rumeurs souvent infondées se propagent aussi vite que la lumière, il est donc important d’attendre l’officialisation de ces informations pour éviter qu’un phénomène de ce genre ne se reproduise.