Retour dans le quotidien pour des milliers d’Essonniens en ce début de semaine après ces terribles attentats. Parce qu’il faut bien comme chaque matin reprendre son RER.

Quelque chose a changé. Ce lundi matin, en prenant le RER D à Evry, puis la ligne C à Juvisy, impossible de ne pas s’en rendre compte. Jamais ces gares, pourtant fréquentées de la même manière que d’habitude, n’ont parues aussi calmes. On s’était dit, à tort, qu’après un week-end comme celui-là, où tout paraît irréel, où la douleur et l’incompréhension hantent les regards des amis, où on a du mal à réaliser ce qu’on vient de vivre, que le lundi la vie reprendrait son cours et qu’on laisserait derrière nous ces heures cauchemardesques. On s’était trompé. Ce lundi matin, dans les gares de l’Essonne, prendre les transports a un côté déstabilisant.

Les messages d’informations de la SNCF ont laissé place, sur tous les écrans de la gare, à un message de deuil sur fond noir. Mais peu de monde y fait attention.

Chaque voyageur, les yeux rivés sur son portable, a le visage fermé. Réseaux sociaux, sites d’info, vidéo des attaques… Comment penser à autre chose ? Le silence règne. Sur un quai, à l’heure de pointe, dans une des gares les plus fréquentées d’Ile-de-France, le silence est assourdissant.

Dans le wagon, même ambiance d’anesthésie générale. Même si, comme d’habitude, on est serrés, mal à l’aise et trop nombreux pour éviter des bousculades. Seule une dame âgée, les yeux dans le vide, laisse échapper une larme en reniflant.

Pas d’ados qui rient fort, pas de bavard au téléphone en train de se disputer avec la Terre entière, pas de conversations passionnées entre collègues. La vie normale semble avoir suspendu son cours. Pour combien de temps ? Comment gérer le deuil, un deuil comme celui-là ? Les victimes sont franciliennes, Parisiennes, étrangères. Beaucoup d’entre nous ont un lien de près ou de loin, avec les blessés ou tués. Combien de ces personnes, qui partagent pour une quinzaine de minutes la même rame, ont été impactées par ce qu’on appelle, maintenant, les « attentats de Paris » ?

A cela s’ajoute la perte de repères, des habitudes. Des lignes de bus détournées. Les concerts annulés. Les soirées en famille, entre amis, avec lesquels on a bien du mal à trouver un autre sujet de conversation. Les JT en boucle, qui nous font revivre à chaque instant ce terrible vendredi soir, comme si le reste du monde n’existait plus. Montrer patte blanche dès que l’on veut entrer dans un lieu public. Les rues si moroses, bariolées par du ruban blanc et rouge. La police partout, la suspicion qui s’installe à mesure que les perquisitions se multiplient. Comment envisager l’avenir lorsque le temps semble s’être arrêté ?

Le quotidien reprend peu à peu ses droits

Pendant longtemps il sera peut-être un peu plus pesant que d’habitude. Dans les prochains jours, on risque de voir de plus en plus de mesures de sécurité dans les transports franciliens. Ce mardi, Jean-Paul Huchon a notamment annoncé une augmentation des agents de sécurité du GPSR de la RATP, et de la Suge de la SNCF.

Alors oui, ça va prendre un peu de temps et peut-être qu’au début ça aura un goût amer. Mais on ressortira boire des coups dans Paris après le travail, on retournera voir des matches de foot, au Stade de France, à Juvisy, Evry ou ailleurs. On retournera voir des concerts au Plan, à Paul B ou dans les salles parisiennes. En pestant contre les touristes lents à Châtelet, les voisins de train bruyants et en râlant, comme avant, parce que le RER est en retard.