Après les attentats qui ont frappé Paris le vendredi 13 novembre, les écoles ont ouvert lundi matin. Les élèves de CM d’une école de l’Essonne ont posé des questions à leur maîtresse, ont exprimé leur ressenti. Immersion dans une matinée mêlant hommage et travail.

« Pourquoi y a-t-il une bougie ? », demande une petite fille de CM. « C’est pour la minute de silence », lui répond fièrement une de ses camarades, alors que la petite trentaine d’élèves d’une école primaire de l’Essonne entre dans la classe.

Un peu plus tôt, l’enseignante préparait leur arrivée en allumant trois bougies, posées sur son bureau. « Chacun est maître de ce qu’il fait. On a des consignes, mais on s’adapte », explique-t-elle, le coude sur sa chaise, avant d’aller coller une affiche dans l’établissement résumant les mesures de sécurité.

Très vite installés à leur place, les élèves gardent leurs habitudes. La maîtresse réprimande les quelques bavards et commence l’appel. La salle est la même que la semaine dernière. Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, carte du monde et Petit Quotidien sont accrochés au mur. Des livres sont dans une armoire au fond de la classe.

Seules les bougies et un texte affiché sur le tableau changent. « La date de vendredi soir est peut-être une date qui entrera dans l’histoire », dit la maîtresse à ses élèves, avant de commencer la lecture du texte d’Abdellatif Laâbi, écrit le 10 janvier, juste après les attentats de Charlie Hebdo. Elle lit ces lignes de tolérance, de paix et d’humanité devant des élèves de CM attentifs, les yeux rivés sur le tableau.

Une matinée de travail presque comme les autres

« On va faire la minute de silence ? », demande une élève. « Oui, mais après la récréation », répond l’enseignante vers 8h50. Pour l’heure, place au contrôle des tables de multiplication. Très vite, les élèves sortent de leur cartable leur cahier et se mettent à écrire, devant des bougies toujours allumées. S’en suit un exercice de grammaire, puis de conjugaison. La maîtresse fait des remarques aux élèves qui font des fautes, tout en les corrigeant. Comme lors d’une matinée normale.

10h40. Les élèves sortent en récréation un à un. Ils ont gardé leur innocence. Dans la cour, ils font les mêmes activités. Une dizaine joue au foot, d’autres au ping-pong, certains discutent, assis, tandis que des garçons se chamaillent gentiment avec des filles. La vie continue, malgré la violence qui a eu cours dans la capitale vendredi soir et pendant la nuit qui a suivi.

« Pourquoi …? », se demandent unanimement les élèves

 

La joie de la récréation laisse place à l’interrogation. Après être rentrés, la trentaine d’élèves va dans une autre salle avec la maîtresse, qui préfère être en cercle pour parler d’événements comme celui-ci. « Je ne vais pas faire une leçon. Il y a besoin de les écouter », disait l’enseignante peu avant l’entrée des CM dans sa classe.

Une fois assis autour d’une bougie, le dialogue s’installe. « Pourquoi il y a des attentats ? », « Pourquoi Paris ? », « C’est qui Daesh ? », « Pourquoi tuer des personnes pour leur religion ? »… les questions fusent, la maîtresse, après avoir donné la parole aux élèves qui souhaitent apporter des tentatives de réponses, essaie de prendre le temps de répondre, ou au moins d’apporter un éclairage, à chacune de leurs interrogations. Les échanges se poursuivent sur la différence entre les djihadistes et les musulmans dans leur ensemble, les raisons qui pourraient expliquer la cible des terroristes.

« Est-ce qu’une religion écrit quelque part qu’il faut tuer des gens qui n’ont pas cette religion ? », demande-t-elle. Une de ses élèves répond « non ». « Ici, on n’a pas tous la même religion. Ça nous pose un problème pour vivre ensemble ? », poursuit-elle. La classe répond en cœur par la négative, tandis qu’une élève aux cheveux blonds ajoute : « Ça ne sert à rien de vouloir convertir les gens par la force. Si on a sa religion, même sous la torture, on ne peut pas se convertir ».

Une petite fille avec une queue de cheval prend alors la parole. « Quand est-ce que ça va s’arrêter ? », demande-t-elle, la voix presque tremblante. L’enseignante ne peut bien sûr pas lui apporter de réponse. « Honnêtement, je n’en sais rien. Personne n’en sait quoi que ce soit. C’est aussi ce qui fait un peu peur », résume-t-elle, les bras croisés autour de ses genoux. Le débat s’installe alors, tandis que celle qui a posé la question écoute, visiblement captivée. « Je ne pense pas que ça va s’arrêter. Il y a déjà eu des attentats empêchés cet été », scande un garçon avec un pull bleu, tandis qu’une fille ajoute, en se méprenant à moitié : « Il y a un terroriste qui a dit à la télé qu’ils allaient recommencer ».

S’il est certain que cette classe de CM se pose beaucoup de questions, la peur s’est également installée dans leurs esprits. « Dans le noir, je m’imagine que quelqu’un avance vers moi », dit un jeune garçon. Une de ses camarades explique : « J’ai très peur pour mes parents. Ils sont allés à Paris samedi et veulent y retourner pour voir un spectacle ». La maîtresse acquiesce en expliquant qu’elle aussi a peur, certains jours.

Une minute de silence respectée

 

Si une grosse dizaine de mains sont encore levées, l’enseignante met fin au débat pour laisser place à la minute de silence, vers 11h45. « On essaie de rester dans ses pensées », recommande-t-elle aux élèves.

La plupart des enfants sont têtes baissées. De son côté, une petite fille blonde prie les mains ouvertes, puis les mains croisées. Sans larmes mais avec émotion, d’autres élèves se couvrent la tête avec leurs mains. Puis, à la fin d’une longue minute, les élèves repartent dans leur classe pour corriger l’exercice qu’ils avaient laissé en suspens. La vie normale d’une classe de CM reprend ainsi son cours. L’enseignement reste debout.