Les solutions d’accueil ou d’hébergement sont encore loin de satisfaire les besoins des Gens du voyage de passage en Essonne. En témoigne notamment la situation vécue par cette communauté de « Voyageurs » à Bièvres. Les élus s’expliquent sur les raisons de ces carences.

Légende. (CD/EI)

Les élus et les associations se sont rassemblés pour discuter de l’avenir des familles de Bièvres. (CD/EI)

La question de l’accueil des Gens du voyage est un dossier épineux en Essonne. Et pour cause, le département est régulièrement en incapacité de répondre aux besoins de cette communauté de « Voyageurs » qui transitent dans la région par vague. Cela s’exprime souvent par un manque de structures pouvant accueillir des caravanes. Un manque de places dans les aires d’accueil qui oblige les Gens du voyage à investir d’autres lieux, pas forcément voués à être un lieu de vie, même temporaire, et pas non plus équipés pour cela. Ces situations provoquent parfois des conflits entre les élus locaux et la communauté des Gens du voyage, comme c’est actuellement le cas à Villabé.

Dans d’autres cas, ce sont les terrains alloués aux Gens du voyage qui seraient « inadaptés ». Par exemple, ce fut le cas du côté de Bièvres. Sédentaire depuis près de 20 ans, une famille tout entière qui occupait un terrain privé s’est faite expulsée par les autorités locales, car « l’occupation de ce terrain pose de réels problèmes de sécurité, notamment en cas d’incendie ou d’inondation », se justifiait alors la Préfecture de l’Essonne.

Seulement, la question de l’attribution d’emplacements ou de relogements dans certains cas fait souvent défaut. Une situation qui ne laisse pas insensible à tous les niveaux.

Pas de solutions pérennes pour les « expulsés de Bièvres »

Mardi 10 novembre, à 7h du matin, les forces de l’ordre sont venues déloger des familles, toutes sédentaires et habitant Bièvres depuis plus de 20 ans. Avec cette expulsion forcée, et après des discussions avec la maire, Anne Pelletier-Le Barbier, aucune solution de relogement acceptable pour les familles n’a été proposée. Dans l’urgence, elles ont, tout de même, pu investir un terrain vague juste à côté de l’aire d’accueil de Jouy-en-Josas. Pourtant, cette solution ne répond pas forcément à tous les critères de cette famille, notamment sur la question de la scolarité des enfants. Tous scolarisés à Bièvres, ces derniers se sont vus interdits d’accès à l’école par les policiers et les autorités préfectorales présentent à ce moment-là.

Pour montrer leurs mécontentements et avec l’aide d’élus et d’associations, une conférence de presse a alors été organisée le vendredi 13 novembre sur le terrain vague qu’occupent à présent les familles. En présence de leur comité de soutien et d’élus tels que le conseiller régional écologiste Jacques Picard, la conseillère départementale Anne Launey ou encore la première adjointe à Orsay Marie-Pierre Digard, les débats ont pris la direction de l’indignation. « Il est inconcevable que des personnes avec des cartes d’identité où il est noté qu’elles sont domiciliées à Bièvres soient expulsées de chez eux, lance Jacques Picard. Il faut se battre pour trouver un nouveau terrain ». Car en plus de cela, le terrain proposé aux familles n’est que provisoire. Ces personnes doivent ainsi rapidement trouver une aire d’accueil sur laquelle elles pourront s’installer. Or, les aires avoisinantes sont toutes surchargées. Les élus, mais aussi les associations ont donc décidé de mener plusieurs actions pour arriver à trouver une solution. Ayant engagé une avocate, le comité de soutien et les familles iront le plus loin possible pour arriver à trouver de nouveaux emplacements à Bièvres. « On saisira la Cour européenne s’il le faut », explique l’avocate qui également envoyé une lettre au Gouvernement.

Pourquoi de telles carences en termes d’accueil ?

Trouver des places sur des aires d’accueil ou des solutions de relogements n’est donc pas chose facile. « Le problème, c’est qu’il n’y a pas assez de places pour pouvoir accueillir tout le monde », constate Françoise Gouttefarde de l’ADGVE, comprenez l’association départementale de soutien aux Gens du voyage. « Le schéma départemental d’accueil des Gens du voyage n’est pas respecté. Seuls 50% des aires d’accueil de moyenne capacité ont été réalisées dans les villes de plus de 5 000 habitants, comme le prévoit la loi. Ne parlons pas des aires de grand passage (Ndlr : l’Essonne en compte une seule, à Lisses, alors que le schéma prévoyait la création de cinq de ces aires). C’est inacceptable », poursuit la membre de l’ADGVE. Un constat que partage le Préfet de l’Essonne, Bernard Schmeltz. De son propre aveu, celui-ci affirmait en septembre dernier que le premier schéma départemental s’apparentait presque à un échec. « J’avais lancé la concertation avec les EPCI (Ndlr : intercommunalités), mais ça n’a pas produit de résultat », confirmait-il il y a peu.

Un second plan a donc été lancé. Directement pointés du doigt par les associations de soutien aux Gens du voyage, les élus locaux reconnaissent le retard pris sur ce dossier, tant sur la création d’aires d’accueil moyennes, ou encore d’aires de grand passage. « Faudrait-il qu’il y ait encore des terrains disponibles », répond Jean-Raymond Hugonet, maire de Limours et président de l’union des maires de l’Essonne (UME). Pour lui, la question du foncier pose problème, notamment sur le cas des aires de grand passage. « Dans l’élaboration des dossiers, le Préfet identifie des terrains. Le problème, c’est quand ils n’appartiennent pas au domaine public ou privé de la commune. On doit alors procéder à des réquisitions de ces terrains, voire à des expropriations. Cependant, le juge des expropriations met un temps astronomique pour s’occuper de cela, car il est tout seul à gérer ces questions », explique Jean-Raymond Hugonet.

Seulement, il n’impute pas que l’administration et sa lenteur comme facteurs du non-développement de ces zones d’accueil. Il y a aussi des questions d’ordre financier. « Les communes et les intercommunalités sont au régime sec. Les investissements sont fortement ralentis. Cela peut refroidir quelques élus dans leur prise de décision », résume ce dernier. La solution s’inscrit donc certainement dans la durée. Pour autant, Jean-Raymond Hugonet s’annonce pessimiste sur la réussite du second schéma d’accueil des Gens du voyage. « Il faut savoir que cela tombe au plus mauvais des moments. La plupart des élus doivent d’abord gérer le dossier des fusions des intercommunalités. La question des aires d’accueil passera certainement après ».

Vous l’aurez compris, la situation pour les Gens du voyage en Essonne ne semble pas prête de s’arranger…