Une opération coup de poing a été menée ce samedi 31 octobre sur le Plateau de Saclay à propos de la future ligne 18 du métro du Grand Paris. L’objectif de cette manifestation pour les membres associatifs et les élus locaux, revenir sur la création de voies ferrées aériennes.

Au matin du samedi 31 octobre, les grandes et immenses plaines du Plateau de Saclay sont encore plongées dans un épais brouillard. Il est même difficile d’en apercevoir la fin. Pour autant, un curieux édifice fait de bottes de paille arrive à se faire une place dans cette brume automnale persistante à l’entrée de la petite commune de Villiers-le-Bâcle. Haute de près de 6 mètres, cette construction érigée dans la matinée attire l’œil des passants et des automobilistes de la RD 36. Cet édifice n’est autre qu’un « totem de paille », construit au matin du 31 octobre, comme il y a trois ans,  pour sensibiliser et alerter la population sur un enjeu de développement du territoire. Celui de la ligne 18 du métro du Grand Paris.

Car le Plateau de Saclay doit être traversé d’ici dix ans par une ligne de métro, devant relier le pôle aéroportuaire d’Orly à la gare de Versailles Chantiers. Comme le confirme la Société du Grand Paris qui pilote le projet, sa mise en service est prévue en deux temps. « À l’horizon 2024 pour la partie située entre la gare de l’Aéroport d’Orly et la gare qui dessert le CEA à Saint-Aubin, et 2030 jusqu’à Versailles Chantiers ». Au total, il s’agit d’une ligne de 35 km pour un coût global s’élevant « à 2,7 milliards d’euros », indique Antoine Dupin, directeur territorial à la Société du Grand Paris. Cette dernière s’inscrivant dans le projet du Grand Paris Express chiffré à hauteur de 23 milliards d’euros.

Toutefois, ce métro ne fait pas l’unanimité. Si sur le fond, beaucoup voient d’un bon œil l’arrivée d’un tel transport dans cette région, les divergences apparaissent sur des questions de forme. En effet, le métro 18 comporte 13 km de voies ferrées à l’air libre, situées entre 6 et 11 mètres du sol.

Enterrer le métro ?

« Le métro circulera à cette hauteur », s’inquiète Olivier Boucharlat, membre du collectif Enterrez le métro en faisant référence à la hauteur du totem de paille fraîchement installé dans la matinée. Par le biais de cette opération, les riverains opposés au projet d’un métro aérien ont pu faire passer leurs messages. Affichés en grand sur chaque pan de l’édifice de paille, différents slogans viennent rappeler les inquiétudes et les craintes des proches riverains. « Il faut dire que la création d’un métro aérien à quelques 90 mètres des premières habitations engendrera des nuisances sonores et visuelles. Ça impactera d’une manière négative sur leur quotidien. Quid des terres agricoles ? », poursuit Olivier Boucharlat.

Des messages évocateurs sont présents sur chaque pan de l'édifice de paille. (JL/EI)

Des messages évocateurs sont présents sur chaque pan de l’édifice de paille. (JL/EI)

Des propos relayés par les élus locaux venus soutenir cette action en nombre. Il faut dire que sur les 13 km de voies ferrées aériennes, beaucoup de communes sont directement concernées, parmi lesquelles Villiers-le-Bâcle, Saint-Aubin, Saclay pour l’Essonne, ou encore Châteaufort et Magny-les-Hameaux pour les Yvelines. « À Villiers-le-Bâcle comme à Châteaufort, nous aurons tous les inconvénients du métro 18, car il passera à proximité des habitations, alors même que nous n’avons pas de gare », s’emporte Patrice Pannetier, le maire de la commune de Châteaufort. Pour autant, une partie des élus et des membres associatifs présents ce samedi matin ne souhaite pas forcément voir le projet disparaître des tablettes. « Nous ne sommes pas contre le projet en soit, mais ce qui nous gêne, c’est qu’il ne soit pas enterré, peste le maire de Villiers-le-Bâcle, Patrice Gilbon. C’est d’ailleurs ce qui avait été avancé au début des concertations, mais étant donné que de nouvelles gares ont été rapportées au projet, il a fallu faire des économies. Voilà pourquoi nous avons un métro aérien et non souterrain ».

Du côté de la Société du Grand Paris, on reconnaît que la solution souterraine n’est pas forcément la meilleure, notamment sur le plan économique. « Nous avons fait des études sur la question, or, enterrer toute la ligne reviendrait à un surcoût sur le budget initial d’un milliard d’euros, note Antoine Dupin. Si nous nous concentrons juste sur le tronçon de Villiers-le-Bâcle et de Châteaufort, cela reviendrait à un surcoût de 250 millions d’euros. Mais pour le moment, nous avons choisi de nous en tenir au budget initial », insiste ce dernier.

Quant aux questions de nuisances sonores et visuelles et de l’impact sur les terres agricoles protégées, la Société du Grand Paris assure « être conscient qu’il faille mettre en place un certain nombre de protections pour éviter que cette réalisation n’impacte négativement sur le quotidien » des riverains proches, indique Antoine Dupin.

Des projets de substitution ?

Néanmoins, la « bonne solution » pour les membres associatifs et élus locaux reste celle de  l’ensevelissement du métro. « Enterrer le métro coûterait 250 millions d’euros. Ce n’est rien par rapport au budget avancé », assure Patrice Gilbon. « Encore faudrait-il creuser au bon endroit », annonce Guillaume Sebilleau, co-fondateur du collectif du quartier de la Bretonnière à Voisins-le-Bretonneux (Yvelines). « C’est à cet endroit que le métro deviendrait souterrain. Seulement, le tracé passe sous nos maisons dans un sol très argileux et très friable. Le passage du métro 18 provoquera des impacts sur nos maisons », s’effraie ce dernier qui aimerait que le tracé soit déplacé de quelques centaines de mètres sous une voie de transport en site propre, « afin d’éviter tout risque ».

D’autres associations sont cependant plus catégoriques avec la ligne 18. Certaines remettent en cause le bien-fondé même de la venue du métro sur le Plateau. Citant une étude réalisée par le Cercle des Transports, un groupement d’experts de la question (Moderniser le réseau ferroviaire francilien) préconisent une desserte en téléphérique plateau-vallée pour rabattre les usagers sur le RER B. Une remise en question du métro qui selon les associatifs « arriverait 5 ans après les établissements sur le Plateau, alors qu’on peut faire moins cher et plus rapide ». Cette hypothèse de téléphérique ne semble pourtant pas prioritaire pour les élus du territoire, comme le président de l’agglo et maire de Gif-sur-Yvette, Michel Bournat. Lors d’une soirée de présentation du nouveau Contrat de développement territorial (CDT) le 15 octobre dernier, ce dernier a écarté l’idée sans fermer la porte à de futures liaisons : « l’hypothèse du téléphérique n’a pas été retenue, même si pour une liaison de proximité elle est toujours envisagée le long de la RN 118 ».

Vous l’aurez compris, il est bien difficile de trouver la solution qui conviendrait à tous sur ce sujet. Pour autant, c’est bien vers l’option d’un métro aérien que se dirige la Société du Grand Paris. Une enquête publique sera tout de même organisée à propos de cette fameuse ligne en mars/avril prochain. Peut-être un moyen de faire bouger les lignes du projet ? « Cette consultation sera le juge de paix », garantit Antoine Dupin. « Pas si sûr… Tout semble déjà ficelé », râle un membre d’un collectif. « Nous ne nous laisserons pas faire », rétorque le maire de Villiers-le-Bâcle qui prévoit même de porter le dossier au tribunal administratif s’il n’obtenait pas gain de cause.

Article mis à jour avec les propos d’Antoine Dupin, directeur territorial à la Société du Grand Paris, mercredi 4 novembre à 11h20.