Qui sont les migrants arrivés il y a peu à Champcueil, dans ce centre de la Croix-Rouge ? Au delà de toutes polémiques, Essonne Info s’est rendu sur place et a rencontré deux d’entre eux. Leur traversée de la Méditerranée, leur voyage jusqu’à Paris, leur demande d’asile et leur nouvelle vie dans le Sud-Essonne : petit aperçu de chacune de leur histoire.

Cet après-midi, au centre d ‘hébergement de Champcueil, le temps est ensoleillé. Une dizaine d’hommes, la plupart entre 20 et 30 ans, profitent du ciel bleu depuis la terrasse du grand bâtiment en béton. C’est là, au milieu des bois, à la sortie de la petite ville, qu’ils ont été installés depuis presque un mois. Il n’y a pas grand chose à faire. Les uns discutent, les autres fument une cigarette, d’autres sont partis se promener dans la campagne environnante, écouteurs vissés aux oreilles.

Avec chaque jour, des départs et des arrivées, il est difficile de faire le point et d’établir un nombre précis de ces migrants, qui ont tous une histoire différente. Si la plupart vient du Soudan et d’Afrique Australe, il y a aussi des Tunisiens et des Libyens. Tous des hommes loin de leur famille, qui partagent un rêve commun : une vie stable, dans un pays en paix.

Ayoub, 25 ans, est arrivé en Essonne avec un premier groupe, en bus, après avoir passé des semaines à Paris. Notre rencontre se fait à l’extérieur du bâtiment, à l’orée du parc. Dans l’enceinte de ce centre qui appartient à la Croix-Rouge, on est un peu frileux sur les interviews et les photos.

Dans le quartier parisien du Télégramme, Ayoub a pu bénéficier de quelques cours de français, donnés par des bénévoles dans une école du coin. Soudanais, il est arrivé en France par la mer, comme la plupart de ceux qui l’accompagnent aujourd’hui. « J’ai quitté mon pays, en guerre, il y a un an, raconte-t-il. Beaucoup de gens sont morts devant mes yeux. Je suis passé par la Libye, mais là-bas il n’y a pas de paix, ni de président… J’ai pris un bateau, puis j’ai fait étape à Vintimille et Nice. Je suis arrivé à Paris en décembre. »

Ayoub était étudiant au Soudan, quand sa mère et son petit frère ont été tués. C’est à ce moment-là qu’il a décidé de partir. « Je voudrais continuer mes études », précise-t-il lorsqu’on lui demande comment il voit l’avenir. « On m’a dit : « il y a la paix en France », c’est pour ça que j’ai décidé d’y venir. » Le pays ressemble à ce qu’Ayoub imaginait. Mais depuis son arrivée, Ayoub va de désillusions en désillusions. A Champcueil, il regrette qu’il n’y ait pas de cours de français, que le médecin ne soit toujours pas venu, et que les repas soient les mêmes tous les jours.

Pour rentrer dans le centre, il faut montrer patte blanche

Régulièrement, les migrants doivent se rendre à Paris pour se renseigner sur leur demande d’asile. Mais sans titre de transport et avec un seul bus par jour, les procédures administratives sont peu facilitées. Pourtant, l’encadrement est bien présent : Ayoub, montrant une carte plastifiée avec sa photo, explique que les résidents du centre n’ont pas l’autorisation d’y pénétrer sans montrer cette dernière.

Kadar, 23 ans, vient d’Éthiopie. Comme Ayoub, il a traversé la Libye puis la Méditerranée pour venir en France ; lui en passant par l’Italie. Il a perdu son père pendant son périple. « Dans un bateau international, explique-t-il calmement. Il y avait 150 personnes à bord, et 50 sont mortes noyées en essayant de fuir un contrôle. » Le jeune homme, qui espère lui aussi obtenir le droit d’asile en France, est dans la même situation que tous les migrants de Champcueil : il vit au jour le jour, se rendant une fois par semaine à Evry dans l’espoir d’une réponse sur sa régularisation. Et d’une vie un peu plus confortable.

En attendant des réponses, le centre d’hébergement aura ses portes ouvertes pendant un mois encore.