Ce lundi 2 novembre, quelques dizaines de migrants récemment transférées en Essonne à proximité de l’hôpital de Champcueil, ont manifesté pour dénoncer de mauvaises conditions d’accueil. En cause, la potabilité de l’eau et le manque de soutien pour entamer les démarches de demande d’asile.

Ce lundi 2 novembre, une vingtaine de migrants a protesté contre les conditions de vie dans leur centre d'accueil. (JL/EI)

Il y a maintenant près de deux semaines, plusieurs centaines de migrants ont été transférées dans des centres d’accueil dispatchés dans toute l’Île-de-France. Cette opération conduite le 23 octobre par la préfecture de la région ou encore par la ville de Paris aura permis la mise à l’abri humanitaire de 1 318 migrants vivants dans des conditions jugées « indignes et dangereuses » par les services préfectoraux, sur le site du lycée Jean Quarré dans le XIXème arrondissement de Paris.

Une partie d’entre eux a été aiguillée vers l’Essonne, à Champcueil, situé à mi-chemin entre Mennecy et Milly-la-Forêt. Ce 23 octobre, 130 personnes ont été installées dans l’ancienne maison d’accueil spécialisée (MAS) de la Briancière, qui jouxte l’hôpital Georges Clémenceau. Sur ce total, aucune femme ni enfant n’est présente. Seuls des hommes aux origines multiples ont été redirigés vers ce site géré par la Croix-Rouge. La plupart d’entre eux est originaire d’Afrique. Dans cet établissement, de nombreux Erythréens côtoient des Soudanais ou encore quelques réfugiés afghans. Quelles que soient leurs origines, tous ont un objectif : régulariser leur situation le plus rapidement possible pour débuter une nouvelle vie.

Seulement, près de deux semaines après leur arrivée dans le département, tout ne semble pas aller pour le mieux. Constatant une dégradation de leurs conditions de vie dans ce « refuge », une partie de ces demandeurs d’asile a choisi de manifester pour faire bouger les choses.

Une manifestation pour alerter

Car oui, pour une vingtaine d’entre eux, les conditions de vie seraient loin de ce à quoi ils s’attendaient. Sur le point de la santé et de l’hygiène, les objectifs ne seraient pas remplis par l’association qui est en charge sur place. « L’eau n’est pas potable ici, les sanitaires sont détériorés », s’indigne Ayoub, un jeune Soudanais de 25 ans. « Quelques-uns d’entre nous sont malades, et nous manquons de médecins pour les soigner », renchérit Kadir, un Erythréen du même âge. Soutenus dans leur démarche par l’association Bureau d’Accueil et d’Accompagnement aux Migrants (BAAM), ces derniers se sont rendus devant la mairie de Mennecy pour faire-part de leur situation.

Au niveau des démarches administratives, cela semble s’apparenter à un vrai chemin de croix pour ces personnes. « Ils n’ont pas le soutien juridique souhaité pour remplir leurs dossiers de demande d’asile », assure Héloïse Mary, présidente de la BAAM. Pour elle, l’isolement de ce centre d’accueil est un inconvénient supplémentaire. « A Champcueil, il n’y a pas de gare. Les migrants ne bénéficient pas de titres de transport, donc ils doivent faire un trajet de près de 10 km à pied pour rejoindre le RER. Ça n’aide pas quand on doit se rendre soit à Évry, soit à Paris ».

Tous ces éléments expliquent selon elle que le site soit peu à peu déserté par les réfugiés. « Aujourd’hui, le bâtiment est occupé par à peine plus de 90 personnes. Chaque jour, quelques-uns quittent définitivement le centre pour rallier la capitale. Tout se passe là-bas pour eux ».

Afin de tenter d’améliorer les conditions de vie de ces personnes, le milieu associatif a réussi à obtenir un rendez-vous avec la préfecture de l’Essonne quelques instants après leur manifestation devant les portes de la mairie de Mennecy.

Pas de nouveau transfert

 

Améliorer les conditions de vie sur place, voire leur proposer un nouveau port d’attaches, voici quels étaient les enjeux de ce rendez-vous en préfecture. « Il ne faut pas que le centre de Champcueil propose plus d’inconvénients à ces personnes que leur ancien hébergement au lycée Jean Quarré », affirme Héloïse Mary.

Directement pointée du doigt par les migrants et les associations, la Croix-Rouge a réfuté ce discours de contestation. « Nous assurons nos missions en termes de santé ou encore d’aide », garantit Françoise Bousquet, membre de la Croix-Rouge et directrice de la filière de lutte contre les exclusions en Île-de-France. « Bien sûr, je comprends les inquiétudes des gens, et dès qu’il y a une rumeur qui se met en place, cela peut être très rapidement anxiogène comme pour le cas de l’eau, reprend cette dernière qui rappelle que seules 20 personnes se sont plaintes des conditions de vie. Nous nous alimentons sur le même réseau que celui de l’hôpital. On a quand même diligenté une expertise de l’eau et en attendant, nous avons mis des bouteilles d’eau pour rassurer tout le monde ».

Au niveau de la santé, la Croix-Rouge se justifie également. « Depuis leur arrivée, ils ont vu l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), le centre départemental d’action et de prévention, un dermatologue et des psychologues. Il y a un travailleur social présent sur place. Il les aide dans leurs démarches administratives », précise Françoise Bousquet avant d’ajouter que la Croix-Rouge mettra en place via leur réseau de bénévoles, un « travail d’alphabétisation ».

Au final, pour la Croix-Rouge et la préfecture de l’Essonne, « toutes les conditions d’accueil sont assurées sur le site ». La préfecture affirme ainsi qu’à la suite de cette manifestation, « aucune autre proposition de site ne sera faite ».